Etats-Unis

Le navire Trump prend l'eau de toute part

  • PubliĂ© le 28 juillet 2017 Ă  17:59
Le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, le 27 juillet 2017

La présidence de Donald Trump prend l'eau de toute part. Le milliardaire a essuyé un échec humiliant sur la réforme de la santé, les rivalités qui déchirent sa garde rapprochée s'étalent au grand jour et l'affaire russe empoisonne son mandat.


Il aura suffi de trois sénateurs du parti présidentiel pour torpiller des mois d'efforts et sept ans de promesses des républicains de mettre bas l'Obamacare honnie.

Vers 01H30 vendredi, c'est John McCain, le vieux sénateur, héros de la guerre du Vietnam atteint d'un cancer du cerveau, qui a tué les derniers espoirs des républicains d'abroger et de remplacer rapidement la réforme phare de Barack Obama.

Une heure plus tard, Donald Trump, qui avait pourtant promis de régler l'affaire en deux temps trois mouvements en arrivant à la Maison Blanche, semblait se distancier du désastre. "Trois Républicains et 48 Démocrates laissent tomber le peuple américain. Comme je l'ai dit depuis le début, laissez l'Obamacare imploser, puis négociez", a-t-il tweeté.

Le président - et les dirigeants du parti - ont été incapables de conclure l'affaire et de réconcilier les positions de l'aile la plus conservatrice et des modérés. Les premiers voulaient une suppression pure et simple d'Obamacare et les seconds refusent de lùcher la proie pour l'ombre et craignent pour leurs administrés dont une vingtaine de millions risquaient de se retrouver sans couverture santé, selon les projections officielles. Personne ne semblait savoir vendredi comment avancer.

- SchizophrĂšne paranoĂŻaque -

Mais les manoeuvres politiques au CongrÚs et les énormes enjeux humains et économiques liés à la réforme du systÚme de santé ont dû céder la place jeudi aprÚs-midi à un extraordinaire déballage des querelles intestines qui déchirent la Maison Blanche.

Le nouveau directeur de la communication de la Maison Blanche Anthony Scaramucci s'en est pris avec une extrĂȘme vulgaritĂ© Ă  ses collaborateurs de la prĂ©sidence, dont son rival le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral Reince Priebus, qualifiĂ© de "putain de schizophrĂšne paranoĂŻaque". Le tout Washington avait du mal Ă  en croire ses yeux en dĂ©vorant l'interview au New Yorker de celui qui devait incarner le nouveau visage de la prĂ©sidence aprĂšs le dĂ©part de Sean Spicer, le porte-parole de la Maison Blanche, dont les maladresses avaient lassĂ© le prĂ©sident.

M. Scaramucci, furieux du tweet d'un reporter du magazine, l'a appelé et a déversé une bordée d'injures sur ses collÚgues sans prendre la précaution élémentaire de demander à ce que la conversation reste confidentielle.

Il s'en est pris aussi Ă  Steve Bannon, proche conseiller du prĂ©sident et personnage controversĂ© de l'extrĂȘme droite amĂ©ricaine, dans un vocabulaire Ă  caractĂšre sexuel extrĂȘmement grossier.
Pourtant, lors de son arrivée il y a tout juste une semaine, Anthony "the Mooch" Scarramucci - comme il aime à s'appeler - avait séduit la presse avec sa success story à l'américaine.

NĂ© Ă  Long Island dans l'Etat de New York, dans une famille d'immigrĂ©s italiens de la classe moyenne, diplĂŽmĂ© d'Harvard, passĂ© par Goldman Sachs, il a fait fortune en gĂ©rant celle de ses clients. Charmant, Ă©loquent, tirĂ© Ă  quatre Ă©pingle, il laissait espĂ©rer un nouveau dĂ©part pour une communication prĂ©sidentielle plus chaotique qu'Ă  son tour, parfois Ă  cause des tweets intempestifs de Donald Trump lui-mĂȘme.

Devant le tollé, M. Scaramucci a semblé faire amende honorable: "Je m'exprime parfois avec un langage fleuri. Je m'abstiendrai dans ce cadre mais je ne renoncerai pas à mon combat passionné pour le programme de @realDonaldTrump", a tweeté le financier.

- Moscou riposte -

Pour compliquer un peu plus la vie de Donald Trump, le SĂ©nat a adoptĂ© jeudi, Ă  la quasi unanimitĂ©, des sanctions contre la Russie pour la punir de s'ĂȘtre ingĂ©rĂ©e dans l'Ă©lection prĂ©sidentielle.
Le président - qui tente depuis son élection d'améliorer les relations avec la Russie au grand dam de nombre d'élus qui voient dans Moscou un adversaire plus qu'un partenaire - peut apposer son veto mais ce serait une solution de courte durée, le CongrÚs pouvant le contourner.

En général, les présidents s'épargnent cette humiliation en apportant un soutien tardif à la législation. Et vendredi, la Russie a riposté. Moscou demande à Washington de réduire, à partir du 1er septembre, à 455 le personnel de son ambassade et de ses consulats en Russie, et suspend l'utilisation par l'ambassade américaine d'une résidence en périphérie de la capitale russe et d'entrepÎts.

Vladimir Poutine, le président russe, avait promis une réponse à "l'insolence" des Etats-Unis.
La Maison Blanche pour l'heure est muette.

AFP

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