Italie : Pour marteler le discours anti-immigration

Le nouveau ministre de l'Intérieur en Sicile

  • PubliĂ© le 3 juin 2018 Ă  11:56
  • ActualisĂ© le 3 juin 2018 Ă  12:03
Le nouveau ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini, le 1er juin 2018 à Rome

Matteo Salvini, le patron des souverainistes italiens devenu cette semaine ministre de l'Intérieur, se rend dimanche en Sicile pour marteler le discours anti-immigration qui l'a porté au pouvoir.

Le rendez-vous Ă©tait pris de longue date: le chef de la Ligue (extrĂȘme droite) Ă©tait jeudi en Toscane et en Ligurie, samedi soir en VĂ©nĂ©tie, et vient dimanche en Sicile pour soutenir des candidats de son parti Ă  une sĂ©rie d'Ă©lections municipales partielles prĂ©vues le 10 juin.

Il tient en effet à jouer de sa popularité grandissante pour faire progresser la Ligue dans le Sud, alors que cet ancien parti sécessionniste n'a pendant longtemps pas eu de mots assez durs contre ces régions défavorisées. Mais maintenant qu'il est aussi vice-Premier ministre chargé de l'Intérieur dans le gouvernement d'union formé par la Ligue et le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystÚme), il a ajouté à son programme un passage par le centre d'identification (hotspot) de Pozzallo.

Ce port du sud de la Sicile est en premiÚre ligne: c'est principalement à Pozzallo et dans les ports de l'est de la Sicile (Augusta, Catane, Messine) que les navires militaires ou humanitaires qui les ont tirés de l'eau viennent les débarquer.

Certes, les arrangements controversĂ©s de l'ancien gouvernement de centre gauche avec les autoritĂ©s et des milices libyennes ont permis de faire chuter les arrivĂ©es de plus de 75% depuis l'Ă©tĂ© 2017, mais depuis le dĂ©but de l'annĂ©e, les autoritĂ©s italiennes ont quand mĂȘme enregistrĂ© plus de 13.500 arrivĂ©es. La derniĂšre arrivĂ©e remonte Ă  vendredi soir, quelques heures aprĂšs la prestation de serment de M. Salvini: 158 personnes, dont neuf enfants, sont arrivĂ©s Ă  Pozzallo aprĂšs avoir Ă©tĂ© secourus au large de la Libye par un navire humanitaire, dans une opĂ©ration coordonnĂ©e par les gardes-cĂŽtes italiens.

Mais désormais, "le bon temps pour les clandestins est fini: préparez-vous à faire les valises", a prévenu M. Salvini samedi soir lors d'un meeting à Vincenza (nord).

"Vice-passeur"

"Les Etats doivent recommencer Ă  faire leur travail et plus aucun vice-passeur ne doit accoster dans les ports italiens", a-t-il aussi prĂ©venu, dans une attaque claire contre les ONG de secours en mer, qu'il accuse rĂ©guliĂšrement de complicitĂ© avec les rĂ©seaux de passeurs. Luigi Di Maio, le chef de file du M5S, a lui aussi traitĂ© ces ONG de "taxis de la mer", mĂȘme si le discours de son mouvement reste plus tempĂ©rĂ© que celui de la Ligue sur l'immigration.

Pour accélérer les expulsions -- il y en a eu seulement 6.500 en 2017 --, M. Salvini devra multiplier les centres de rétention et les accords avec les pays d'origine, dont beaucoup ne sont pas pressés de voir revenir leurs citoyens. Pour trouver rapidement des fonds, il réclame "un bon coup de ciseaux dans les cinq milliards d'euros" consacrés chaque année à l'accueil des demandeurs d'asile.

En 2017, l'ancien gouvernement avait annoncé un budget de 4,2 milliards d'euros pour les migrants, dont 18% pour les secours en mer, 13% pour l'assistance sanitaire et 65% pour les centres d'accueil pour demandeurs d'asile, qui hébergent encore actuellement prÚs de 170.000 personnes.

Ce sont surtout ces centres que dénonce M. Salvini. Ils sont payés en moyenne 35 euros par jour et par personne pour fournir gßte, couvert, cours d'italien, soutien juridique et psychologique... Beaucoup s'y emploient et génÚrent ainsi une floraison d'activités qui ont redonné vie à des communes rurales en déshérence. D'autres rognent sur tous les frais pour augmenter leurs bénéfices.

Et au-delĂ  des efforts en Italie, M. Salvini est attendu mardi Ă  Luxembourg pour une rĂ©union des ministres de l'IntĂ©rieur de l'Union europĂ©enne. Au menu: la rĂ©vision de l'accord de Dublin, qui oblige les migrants Ă  dĂ©poser leur demande d'asile dans le premier pays europĂ©en oĂč ils arrivent.

Cet accord pĂ©nalise fortement l'Italie, qui a vu arriver plus de 700.000 migrants depuis 2013. D'autant que si la majoritĂ© poursuivaient quand mĂȘme leur pĂ©riple vers le nord les premiĂšres annĂ©es, l'UE a imposĂ© une procĂ©dure d'identification Ă  l'arrivĂ©e en Italie et les pays frontaliers ont mis en place des contrĂŽles systĂ©matiques.
 

 - © 2018 AFP

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