Déjà tentaculaire, l'affaire Benalla connaßt un nouveau front: le parquet de Paris a tenté de perquisitionner Mediapart lundi, aprÚs la diffusion la semaine passée d'une conversation entre l'ancien conseiller d'Emmanuel Macron et Vincent Crase, quelques jours aprÚs leur mise en examen en juillet.
Cette nouvelle enquĂȘte a Ă©tĂ© ouverte pour "atteinte Ă l'intimitĂ© de la vie privĂ©e" et "dĂ©tention illicite d'appareils ou de dispositifs techniques de nature Ă permettre la rĂ©alisation d'interception de tĂ©lĂ©communications ou de conversations", autrement dit sur les conditions dans lesquelles cet enregistrement a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©, selon une source judiciaire.
Le mĂ©dia en ligne a indiquĂ© avoir refusĂ© lundi matin une perquisition dans ses locaux, oĂč s'Ă©taient prĂ©sentĂ©s deux magistrats du parquet et des enquĂȘteurs qui voulaient saisir les enregistrements en question dans le cadre de cette1CG7SE procĂ©dure.
"Il y a des diligences pour trouver nos sources, c'est une situation particuliĂšrement inquiĂ©tante", a dĂ©noncĂ© auprĂšs de l'AFP Fabrice Arfi, co-responsable des enquĂȘtes du journal en ligne.
Mediapart avait publié jeudi des extraits d'un enregistrement d'une conversation entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, ex-employé de LREM et gendarme réserviste.
Selon le site d'information, cette conversation a eu lieu le 26 juillet, quelques jours aprÚs que les deux hommes ont été mis en examen pour des violences sur des manifestants le 1er mai 2018 et en violation de leur contrÎle judiciaire.
Alexandre Benalla s'y targue du soutien du prĂ©sident de la RĂ©publique, alors que l'"affaire" qui porte son nom a Ă©clatĂ© quelques jours plus tĂŽt et crĂ©e des remous jusqu'au sommet de l'Ătat.
"Truc de dingue, le +patron+ (Emmanuel Macron, ndlr), hier soir il m'envoie un message, il me dit: +Tu vas les bouffer. Tu es plus fort qu'eux, c'est pour ça que je t'avais auprÚs de moi. Je suis avec Isma (Ismaël Emelien, conseiller spécial du président, ndlr), etc. On attend Le Monde, machin, etc+", dit-il dans cet extrait à la trÚs bonne qualité sonore.
Pas de plainte de M. Benalla
La source judiciaire a prĂ©cisĂ© que l'ouverture de l'enquĂȘte prĂ©liminaire est intervenue Ă la suite de la rĂ©ception par le parquet de Paris d'"Ă©lĂ©ments", dont la nature n'a pas Ă©tĂ© prĂ©cisĂ©e.
Une source proche de l'enquĂȘte a ajoutĂ© qu'elle n'avait pas Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ©e Ă la suite d'une plainte de M. Benalla.
"Comme on est dans le cadre d'une enquĂȘte prĂ©liminaire, nous avons le droit de refuser une perquisition et nous l'avons donc Ă©videmment refusĂ©e, en nous permettant de commenter cette situation inĂ©dite dans l'histoire du journal, et que nous considĂ©rons comme particuliĂšrement grave pour le journal", a Ă©galement expliquĂ© M. Arfi.
Avant Mediapart, d'autres médias ont fait l'objet de perquisitions ou de tentatives de perquisitions au cours des derniÚres années.
En 2007, un magistrat avait par exemple tenté de perquisitionner Le Canard enchaßné, dans le cadre d'une procédure pour "violation du secret de l'instruction" concernant l'affaire Clearstream. Les journalistes avaient refusé de lui donner les clés permettant d'ouvrir la salle de rédaction.
Depuis juillet, l'affaire Benalla a connu de multiples Ă©pisodes, judiciaires comme politiques, qu'il s'agisse des violences du 1er-Mai, de l'utilisation des passeports diplomatiques ou des SMS que l'ancien collaborateur prĂ©sidentiel dit avoir Ă©changĂ© avec Emmanuel Macron aprĂšs son licenciement de l'ĂlysĂ©e l'Ă©tĂ© dernier.
Mediapart affirmait également la semaine passée qu'Alexandre Benalla aurait été impliqué directement dans un contrat de sécurité signé par Vincent Crase avec Iskander Makhmoudov, un oligarque russe, "proche de Vladimir Poutine" et "soupçonné par plusieurs magistrats européens d'accointances avec l'un des pires groupes criminels moscovites".
Or, M. Benalla travaillait encore Ă l'ElysĂ©e Ă l'Ă©poque. Ce dernier et M. Crase avaient affirmĂ© le contraire devant la commission d'enquĂȘte sĂ©natoriale constituĂ©e Ă l'Ă©tĂ© 2018 aprĂšs les premiĂšres rĂ©vĂ©lations du Monde sur cette affaire.
AFP
