Leur condamnation pour avoir aidé des migrants sera-t-elle annulée? La Cour de cassation a examiné mercredi les pourvois de deux militants de la vallée de la Roya, dont Cédric Herrou, condamnés en 2017 à de la prison avec sursis.
L'agriculteur Cédric Herrou, devenu une figure de l'aide aux migrants, a été condamné en août 2017 par la cour d'appel d'Aix-en-Provence à quatre mois de prison avec sursis, notamment pour avoir fait passer la frontiÚre à des migrants.
La mĂȘme cour a condamnĂ© en septembre 2017 le chercheur Pierre-Alain Mannoni Ă deux mois de prison avec sursis pour avoir aidĂ© et transportĂ© trois migrantes Ă©rythrĂ©ennes. La cour d'appel l'a reconnu coupable d'avoir "facilitĂ© la circulation et le sĂ©jour" des migrantes.
La cour a estimé que l'immunité pénale qui était prévue dans certaines circonstances par la loi ne pouvait pas s'appliquer à ces prévenus car ce sont des militants. Les deux hommes ont ensuite déposé un recours devant le Conseil constitutionnel.
Le 6 juillet, ce dernier a consacré le "principe de fraternité", duquel découle "la liberté d'aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national".
Comment tirer les conséquences de cette décision et de la nouvelle loi qui en découle? La question est au c?ur de ce pourvoi en cassation.
Le Conseil constitutionnel a décidé de sortir du champ des poursuites possibles toute aide humanitaire au "séjour" comme à la "circulation" des migrants. En revanche, "l'aide à l'entrée irréguliÚre" reste illégale.
Selon la nouvelle loi votée en septembre, l'aide à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger ne peut pas entraßner des poursuites pénales, lorsqu'elle "n'a donné lieu à aucune contrepartie directe ou indirecte et a consisté à fournir des conseils ou accompagnements juridiques, linguistiques ou sociaux, ou toute autre aide apportée dans un but exclusivement humanitaire".
Mais qu'est-ce qu'un "but humanitaire"? Faut-il traiter différemment l'acte militant, qui deviendrait dÚs lors pénalement répréhensible?
Pour Patrice Spinosi, qui dĂ©fend les deux militants, "la distinction est impossible Ă mettre en ?uvre" et "ce n'est pas ce qu'a voulu le Conseil constitutionnel quand il a posĂ© la reconnaissance du principe de fraternitĂ©". Pour l'avocat, "Ă partir du moment oĂč l'aide est dĂ©sintĂ©ressĂ©e, elle n'est pas susceptible de faire l'objet d'une condamnation", quelles que soient les raisons de l'action.
L'avocat gĂ©nĂ©ral Renaud Salomon a prĂ©conisĂ© une cassation partielle de l'arrĂȘt de la Cour d'appel d'Aix-en-Provence, excluant l'aide Ă l'entrĂ©e irrĂ©guliĂšre pour laquelle CĂ©dric Herrou a Ă©tĂ© condamnĂ©.
La Cour de cassation rendra son arrĂȘt le 12 dĂ©cembre.
AFP
