Elle n'a pas pu sauver le groupe

Le rachat de Yahoo! par Verizon signe l'échec de sa patronne Marissa Mayer

  • PubliĂ© le 12 juin 2017 Ă  09:55
Au siĂšge de Yahoo, le 17 juillet 2012, Ă   Sunnyvale, en Californie

Parmi les derniers "pionniers" de l'internet encore indĂ©pendants, Yahoo! va ĂȘtre absorbĂ© par Verizon, signant l'Ă©chec de sa patronne Marissa Mayer, qui n'a pas pu sauver le groupe et a vu son image d'enfant chĂ©rie de la Silicon Valley en souffrir.


L'opĂ©ration, annoncĂ©e l'Ă©tĂ© dernier, doit ĂȘtre finalisĂ©e mardi: Yahoo! vend Ă  Verizon, un gĂ©ant des tĂ©lĂ©coms, son coeur de mĂ©tier (portail internet, mails, rĂ©gie publicitaire...), pour 4,5 milliards de dollars. Yahoo! va fusionner avec une autre Ă©toile dĂ©chue d'internet, AOL, rachetĂ©e prĂ©cĂ©demment par Verizon, pour former une entitĂ© appelĂ©e Oath.
Marissa Mayer est donc parvenue à boucler la fusion selon le calendrier prévu en janvier, une bien maigre consolation pour celle qui était vue comme la possible sauveuse de Yahoo! à son arrivée en 2012.
Elle devrait quitter le groupe dans la foulée. Avec, en poche, selon la presse, des indemnités de départ de 186 millions de dollars.
Mme Mayer a "hérité d'une vraie pagaille, dans une entreprise qui avait déjà perdu son rÎle de leader dans la recherche internet", résume l'analyste Tim Bajarin (Creative Strategies).
Son arrivée avait suscité d'autant plus d'espoirs qu'elle venait de chez Google, au succÚs duquel elle avait largement contribué.


- Une série de rachats -


Au sein de Yahoo!, elle s'était lancée dans une série de rachats, dont le site de micro-blogging tumblr en 2013 pour plus d'un milliard de dollars. Mauvaise idée: au lieu d'aider à renouer avec les jeunes internautes, cela a plombé ses comptes.
"Tenter de résoudre (les) problÚmes en procédant à des rachats fonctionne rarement", juge Rob Enderle du cabinet Enderle Group à propos de la stratégie de Marissa Mayer.
Malgré ses efforts (priorité au mobile, à la vidéo et aux contenus), la croissance n'est pas repartie.
Yahoo! a manqué plusieurs virages, selon les analystes, notamment en échouant à monétiser ses services. Les internautes s'en sont peu à peu détournés, au profit de Google et Facebook, qui ont siphonné ses revenus publicitaires.
Symbole du déclin de la société de Sunnyvale: sa capitalisation boursiÚre n'est plus que d'environ 40 milliards et repose largement sur ses parts dans le géant chinois de la vente en ligne Alibaba, bien loin des 125 milliards de dollars de valorisation au tournant des années 2000.
Pour autant, mĂȘme si elle n'Ă©tait pas le casting idĂ©al pour ce poste, Marissa Mayer n'a pas Ă©tĂ© non plus suffisamment aidĂ©e par son conseil d'administration qui l'a mise "en mauvaise posture", sans personne pour la guider, estime Robert Enderle.
MĂȘme son dernier chantier, la vente Ă  Verizon, a Ă©tĂ© semĂ© d'embĂ»ches: le groupe a avouĂ© en 2016 que la quasi-totalitĂ© des boĂźtes mail de ses utilisateurs avaient Ă©tĂ© piratĂ©es en 2013 et 2014. Yahoo! reste d'ailleurs visĂ© par des enquĂȘtes sur la maniĂšre dont il a gĂ©rĂ© l'affaire, ainsi que par plusieurs recours collectifs d'utilisateurs et d'investisseurs.
Ces révélations, qui ont coûté son bonus à Mme Mayer, ont failli remettre en question le rachat par Verizon. Le groupe avait finalement confirmé ses ambitions, moyennant un report de l'opération et une ristourne de 350 millions de dollars, nouveau coup dur pour l'image de la patronne.
A seulement 42 ans, "niveau carriĂšre, elle est finie", juge Robert Enderle.
Née dans une petite ville du Wisconsin (nord des Etats-Unis), cette femme blonde aux yeux bleus aux allures de star a pourtant suivi un parcours exemplaire dans le monde des nouvelles technologies.
D'abord vendeuse dans une épicerie, elle a étudié l'informatique à la prestigieuse université de Stanford en Californie, avant de rejoindre Google en 1999. Elle contribuera à l'élaboration du moteur de recherche et de sa page d'accueil, avant de lancer des services phares comme Google Maps.
Ironie du sort, c'est justement Google qui a largement contribué à détrÎner Yahoo!, créé à l'origine comme un annuaire internet par deux étudiants. Son entrée en Bourse en 1996 fut à l'époque la plus importante pour une start-up de la high-tech.
L'entreprise, qui conservera les actifs financiers non rachetés par Verizon (essentiellement la participation dans Alibaba), sera rebaptisée Altaba et servira surtout de véhicule d'investissement.
Quant à l'avenir de la marque Yahoo!, les spéculations vont bon train mais il serait logique que le géant conserve la célÚbre marque, estiment les analystes.
Selon la presse amĂ©ricaine, jusqu'Ă  2.100 emplois pourraient ĂȘtre supprimĂ©s aprĂšs l'opĂ©ration.

Par Michel VIATTEAU - © 2017 AFP

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