Le candidat PS à l'Elysée, Benoßt Hamon, a proposé vendredi de supprimer sous conditions l'immunité parlementaire, dans le sillage des affaires touchant notamment Marine Le Pen.
Quel est ce principe, parfois assimilé à tort à une impunité, et qui se trouve réguliÚrement sur la sellette?
- D'oĂč vient l'immunitĂ© parlementaire? -
Le principe remonte à la Révolution française. DÚs juin 1789, Mirabeau, affirmant la "volonté du peuple" face à l'autorité royale, invitait la premiÚre Assemblée à assurer sa propre protection contre la "puissance des baïonnettes". Etait ainsi décrété que "la personne de chacun des députés est inviolable".
DÚs l'origine, il y a eu deux catégories d?immunité. L'irresponsabilité soustrait les parlementaires à toute poursuite pour les actes liés à l?exercice du mandat. L'inviolabilité entend éviter que le mandat ne soit entravé par des actions pénales concernant des actes accomplis comme simples citoyens.
L'article 26 de la Constitution de 1958 reprend cette distinction, pour dĂ©putĂ©s et sĂ©nateurs. Les mĂȘmes dispositions s'appliquent aux reprĂ©sentants français au Parlement europĂ©en, puisque chaque eurodĂ©putĂ© dĂ©pend de la loi Ă©lectorale de son pays.
- Que couvre-t-elle? -
L?irresponsabilité couvre tous les actes de la fonction parlementaire: interventions et votes, propositions de loi, rapports, questions... mais pas les propos à un média par exemple.
Aucune procédure ne permet de lever cette immunité-là . Pour leurs interventions dans l'hémicycle, les parlementaires restent soumis aux régimes disciplinaires de leurs assemblées pour injures, menaces...
Avec l'inviolabilité, un parlementaire ne peut faire l?objet d?une arrestation ou de toute autre mesure privant ou restreignant sa liberté (contrÎle judiciaire, etc) sans autorisation du bureau, plus haute instance collégiale de chaque assemblée. Sauf crime, délit flagrant ou condamnation définitive.
- Comment ça marche? -
Les demandes de levée d'immunité sont transmises par le garde des Sceaux au président de l'assemblée concernée. Le bureau se prononce sur le caractÚre "sérieux, loyal et sincÚre" de la demande, non sur le fond.
Mais, à n'importe quel stade d'une procédure, chaque assemblée peut replacer un de ses membres sous protection de l?inviolabilité.
Quelques dizaines de parlementaires ont vu leur immunité levée depuis le début de la Ve République, dont ces derniÚres années Gaston Flosse (divers droite), Sylvie Andrieux (PS), Georges Tron (LR), Jean-Noël Guérini (ex-PS), Patrick Balkany (LR).
Mais le bureau de l'AssemblĂ©e a par exemple rejetĂ© en fĂ©vrier une demande concernant Gilbert Collard (app. FN) pour diffusion de photos du groupe Etat islamique, la requĂȘte judiciaire ne lui paraissant pas "suffisamment prĂ©cise".
- Quid des candidats FN et LR? -
Marine Le Pen comme François Fillon, visés dans des dossiers notamment de possibles emplois fictifs, dénoncent des opérations politiques avant les élections.
M. Fillon s'est rendu le 14 mars Ă la convocation des juges, auxquels il a fait une dĂ©claration. Une levĂ©e d'immunitĂ© n'Ă©tait ainsi pas nĂ©cessaire. Le dĂ©putĂ© de Paris leur a affirmĂ©, avant d'ĂȘtre mis en examen, qu'il n'est pas possible, "sans violer (la) sĂ©paration des pouvoirs, de porter un jugement sur le travail d'un parlementaire et la maniĂšre dont celui-ci s'organise avec ses collaborateurs".
Mme Le Pen a refusĂ© le 10 mars de rĂ©pondre Ă une convocation judiciaire pendant la campagne. "Si l'immunitĂ© parlementaire existe, c'est prĂ©cisĂ©ment parce que les lĂ©gislateurs sont conscients que le pouvoir peut ĂȘtre amenĂ© Ă se servir de la justice pour tenter de gĂȘner ou de persĂ©cuter un opposant politique", a arguĂ© la dĂ©putĂ©e europĂ©enne.
- Idée récurrente -
Un seul candidat a avancĂ© jusqu'alors la proposition d'une suppression, qui figure dans la charte Ă©thique pour la prĂ©sidentielle de l'association de lutte contre la corruption Anticor. BenoĂźt Hamon veut ainsi "en finir avec le principe de l'immunitĂ© parlementaire, si c'est pour empĂȘcher le travail libre de l'autoritĂ© judiciaire".
Face Ă la dĂ©fiance grandissante envers les Ă©lus, le sĂ©nateur PS Alain Anziani voit le maintien de l'immunitĂ© comme "une erreur politique" et pointe le "retard" français, en rĂ©fĂ©rence aux Etats-Unis notamment, oĂč la protection est restreinte.
En 2014, un premier rejet, par un vote Ă bulletin secret, de levĂ©e d'immunitĂ© de l'UMP Serge Dassault, dans le cadre d'une enquĂȘte sur des achats prĂ©sumĂ©s de voix, avait provoquĂ© un tollĂ© et suscitĂ© dĂ©jĂ la proposition de suppression. Depuis, les votes du bureau du SĂ©nat sont Ă main levĂ©e.
- © 2017 AFP


