L'opposition vénézuélienne a entamé jeudi sa deuxiÚme journée de grÚve générale, aprÚs de violents affrontements qui ont fait trois morts la veille, dans un contexte de montée des tensions à trois jours de l'élection d'une Assemblée constituante trÚs contestée.
Carcasses de véhicules, grilles métalliques, troncs d'arbres, blocs de pierres : Caracas s'est réveillé jeudi matin avec des rues quasiment désertes, jonchées de barricades et de décombres. Manifestants et forces de l'ordre se sont fait face jusque tard dans la nuit dans la capitale et ailleurs au Venezuela à coups de gaz lacrymogÚne et de balles en caoutchouc contre cocktails Molotov et projectiles en tous genres.
Enderson Caldera, 23 ans, a été mortellement blessé mercredi durant une manifestation dans l'Etat de Mérida (ouest), a annoncé le parquet jeudi. Il s'agit du troisiÚme mort recensé au cours de la premiÚre journée de mobilisation lancée par l'opposition.
Les antichavistes (du nom d'Hugo Chavez, prĂ©sident de 1999 Ă son dĂ©cĂšs en 2013, dont Nicolas Maduro est l'hĂ©ritier) tentent Ă tout prix d'empĂȘcher la dĂ©signation dimanche des 545 membres d'une AssemblĂ©e constituante voulue par le prĂ©sident pour réécrire la Constitution Ă son avantage.
Ce décÚs porte à 106 le nombre de morts depuis le début de la vague de manifestations contre M. Maduro, début avril. Parmi la centaines d'interpellés au cours de ces protestations, plusieurs d'entre eux ont affirmé à l'AFP avoir subi des sévices de la part des forces de l'ordre.
- Tortures -
ArrĂȘtĂ© le 4 juillet par la Garde nationale, un corps militarisĂ©, dans les rues de la capitale, Luis -nom d'emprunt- a reçu des coups de marteau et a Ă©tĂ© pincĂ© Ă l'abdomen et aux bras avec des tenailles par un membre des forces de l'ordre. "Il torturait dans le dos de certains (collĂšgues); d'autres Ă©taient complices", assure cet employĂ© de bureau fluet de 30 ans.
L'appel à la grÚve a été suivi à 92% dans le pays au cours des premiÚres 24 heures, s'est félicité la coalition de l'opposition, la Table de l'unité démocratique (MUD), à l'origine du mouvement. CÎté gouvernement, qui contrÎle la trÚs stratégique industrie pétroliÚre, on assure que la grÚve est un échec. Les principales centrales syndicales ont apporté leur soutien à la mobilisation.
Signe de la paralysie d'une partie du pays, des magasins fermĂ©s Ă©taient visibles Ă Caracas, oĂč les longues voies rapides qui traversent la capitale paraissaient presque vides. M. Maduro fait face depuis plus de quatre mois Ă des manifestations quasi-quotidiennes, souvent violentes, pour rĂ©clamer son dĂ©part.
Mais le chef de l'Etat vénézuélien, dont le mandat s'achÚve en janvier 2019, a réaffirmé sa détermination de mener à bien son projet. "Nous restons fermes et jamais nous ne nous agenouillerons!", a lancé M. Maduro mercredi soir.
"C'est l'atout majeur, le va-tout d'un gouvernement qui pour se maintenir au pouvoir doit suspendre la démocratie", juge l'analyste Colette Capriles à propos de la Constituante. L'opposition a convoqué une grande marche à Caracas vendredi et boycottera l'élection de dimanche.
- 70% de rejet -
Il s'agit des derniers soubresauts de la violente crise politico-Ă©conomique qui secoue le Venezuela depuis la victoire de l'opposition aux lĂ©gislatives, fin 2015. Les antichavistes voient dans ce projet de réécrire la Constitution un moyen pour M. Maduro de se cramponner au pouvoir, de contourner le Parlement Ă©lu, oĂč l'opposition est majoritaire, et d'Ă©viter l'Ă©lection prĂ©sidentielle de la fin 2018.
Quelque 70% des Vénézuéliens sont opposés à cette assemblée constituante et 80% rejettent la gestion de Nicolas Maduro, selon l'institut de sondage Datanalisis. Sur le front diplomatique, les Etats-Unis ont annoncé mercredi des sanctions contre 13 hauts responsables gouvernementaux vénézuéliens actuels et anciens . Leur patrimoine éventuel et leurs comptes bancaires ont été gelés aux Etats-Unis et ils ne peuvent plus commercer avec des Américains. Le président Nicolas Maduro a rejeté cette "insolente" sanction.
La responsable de la diplomatie européenne Federica Mogherini a fait part mercredi de sa "préoccupation" conernant les "violations des droits de l'Homme et l'usage excessif de la force" au Venezuela.
Treize pays de l'Organisation des Etats américains (OEA) ont enjoint à Nicolas Maduro de renoncer à son projet d'Assemblée constituante.
Par ailleurs jeudi, la compagnie aérienne colombienne Avianca a suspendu immédiatement ses vols entre la Colombie et le Venezuela, avançant ainsi une mesure prévue à l'origine pour le 16 août. Air Canada et Aéromexico dÚs 2014, Alitalia en 2015, GOL, Latam et Lufthansa en 2016, suivies de United Airlines en 2017: le départ d'Avianca s'ajoute à une longue liste de compagnies aériennes ayant quitté le pays sud-américain, toujours plus isolé.
AFP


