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L'eau potable, bien rare dans un Venezuela touché par le virus Zika

  • PubliĂ© le 30 janvier 2016 Ă  10:39
Un homme remplit un bidon avec de l'eau de la montagne Guaraira Repano Ă  Caracas, le 21 Janvier 2016

Au pied de la montagne Avila qui entoure Caracas, Yurman Torres fait la queue pour remplir son bidon d'eau, un bien devenu rare au Venezuela, obligeant les habitants à en stocker chez eux, ce qui pourrait accélérer la propagation du virus Zika.


"Que peut-on y faire? Nous devons venir tous les jours", raconte cet homme de 36 ans, qui vient remplir ses deux bidons le matin, avant d'aller au travail.
DĂ©sabusĂ©, il semble s'ĂȘtre habituĂ© Ă  cette pĂ©nurie qui s'ajoute Ă  celles, quotidiennes, de biens aussi basiques que le cafĂ©, l'huile ou le riz.
Mais alors que le Venezuela compte dĂ©jĂ  4.700 cas suspects du virus Zika, une maladie qui touche 23 pays ou territoires du continent amĂ©ricain et inquiĂšte l'Organisation mondiale de la santĂ© (OMS), le manque d'eau pourrait ĂȘtre un terreau fertile pour l'expansion de la maladie.
Tranmis par le moustique tigre et le moustique Aedes aegypti, également vecteurs de la dengue ou du chikungunya, le virus est en apparence bénin, s'accompagnant de symptÎmes grippaux, mais il est soupçonné de provoquer une grave malformation congénitale, la microcéphalie (taille réduite de la boßte crùnienne, néfaste au développement intellectuel).
Selon le docteur Julio Castro, professeur à l'Institut de médecine tropicale de l'Université centrale, la difficulté de trouver de l'eau potable est un facteur de risque : nombre d'habitants se voient obligés à recueillir et stocker de l'eau chez eux, créant ainsi le terrain idéal pour le moustique, qui prolifÚre dans les eaux stagnantes des zones humides et tropicales.
Il estime que les chiffres officiels sont largement inférieurs à la réalité, évaluant à au moins 250.000 le nombres de cas de Zika enregistrés au Venezuela ces derniers mois.
"Ma belle-fille s'est réveillée ce matin avec ce qui me semble les symptÎmes", raconte Maryori Magallanes, enseignante de 50 ans, tandis que les autorités procÚdent à la fumigation de sa maison pour tuer les moustiques.
"J'ai une niĂšce qui est enceinte et ils disent que c'est assez risquĂ©", s'inquiĂšte-t-elle, dans ce pays en pleine crise Ă©conomique oĂč les mĂ©dicaments font aussi cruellement dĂ©faut.
- 45% de pluies en moins -
La situation est telle que le Parlement, contrÎlé depuis peu par l'opposition, vient de voter un accord pour chercher des solutions au manque d'eau, s'inquiétant que "les 18 plus grands réservoirs de fourniture d'eau potable du pays sont proches du niveau minimum".
Dans l'ouest de Caracas, des files de camions citernes se forment face à un déversoir destiné normalement à l'arrosage des jardins publics, mais désormais consacré à la consommation.
"Nous mettons du temps Ă  remplir et des queues se forment", se plaint l'un des camionneurs, qui ne veut pas donner son nom.
Le gouvernement impose un sévÚre rationnement d'eau, le justifiant par le retard pris par la saison des pluies, pour la troisiÚme année consécutive, un effet du phénomÚne météorologique El Niño.
"Le volume de pluies depuis 2013 est inférieur de 45% aux années antérieures", a expliqué le ministre de l'Eau Ernesto Paiva. "Il faut prendre des mesures dans l'attente de la saison des pluies, prévues pour avril".
Mais le problÚme n'est pas nouveau, rappelle José Maria de Viana, ex-président de Hidrocapital, gestionnaire public des aqueducs de la région nord.
L'Etat "a arrĂȘtĂ© de faire les investissements nĂ©cessaires pour amĂ©liorer l'infrastructure qui permettrait de garantir la fourniture" d'eau potable, regrette-t-il.
Le Venezuela compte pourtant l'un des fleuves au débit plus important du continent américain, le fleuve Orinoco, mais au cours des 18 derniÚres années, seuls deux nouveaux réservoirs ont été construits, un nombre insuffisant compte tenu de la croissance démographique.
"Les entreprises d'eau potable (toutes publiques, ndlr) sont trĂšs faibles institutionnellement, avec un Ă©quilibre financier prĂ©caire qui leur empĂȘche d'investir", note JosĂ© Maria de Viana.
La sécheresse frappe particuliÚrement le nord du pays, éloigné des sources principales, notamment l'Etat de Falcon (nord-ouest), placé en état d'alerte depuis juillet dernier.

- © 2016 AFP
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