Etats-Unis

Les affaires Manafort et Cohen, une victoire pour le procureur spécial

  • PubliĂ© le 22 aoĂ»t 2018 Ă  19:40
  • ActualisĂ© le 22 aoĂ»t 2018 Ă  20:47
Le procureur spécial Robert Mueller, le 21 juin 2017 à Washington

Les dĂ©boires judiciaires de l'ex-chef de campagne et de l'ancien avocat personnel de Donald Trump renforcent la lĂ©gitimitĂ© de l'enquĂȘte du procureur spĂ©cial Robert Mueller, au grand dam du prĂ©sident.

La dĂ©claration de culpabilitĂ© de Paul Manafort par un jury populaire pour fraude bancaire et fiscale et le plaider-coupable de Michael Cohen, survenus quasi-simultanĂ©ment mardi, n'ont nĂ©anmoins pas mis un terme Ă  la croisade prĂ©sidentielle contre M. Mueller, qui enquĂȘte sur une possible collusion entre l'Ă©quipe de campagne du milliardaire et la Russie lors de l'Ă©lection prĂ©sidentielle de 2016.

Depuis la nomination du procureur spĂ©cial il y a quinze mois, M. Trump n'a de cesse de qualifier son enquĂȘte de "chasse aux sorciĂšres" - encore mercredi matin -, pour tenter notamment de dissuader toute initiative de le traduire lui-mĂȘme en justice.

Pour des experts, chaque victoire remportée compte pour M. Mueller et plus son tableau de chasse se remplira, plus il assiéra sa légitimité et il obtiendra la coopération des témoins.

Avec les cruciales Ă©lections parlementaires de novembre qui se profilent, le prĂ©sident amĂ©ricain cherche Ă  tout prix Ă  convaincre les Ă©lecteurs que l'enquĂȘte est biaisĂ©e politiquement, afin de protĂ©ger sa majoritĂ© au CongrĂšs.

Sa premiĂšre rĂ©action Ă  l'issue des deux affaires mardi a Ă©tĂ© d'insister sur le fait que, selon lui, l'enquĂȘte du procureur spĂ©cial Ă©tait infondĂ©e: "Je ne suis pas impliquĂ©... Cela n'a rien Ă  voir avec une collusion russe. On continue la chasse aux sorciĂšres".

- Collusion ? Obstruction ? -

Outre enquĂȘter sur une possible collusion avec Moscou, M. Mueller cherche Ă©galement Ă  dĂ©terminer si le prĂ©sident amĂ©ricain a fait obstruction Ă  la justice en tentant de faire dĂ©railler ses travaux.

Paul Manafort Ă©tait le premier Ă  ĂȘtre jugĂ© du fait de l'enquĂȘte Mueller mais pour des faits non liĂ©s Ă  la campagne de 2016.
MĂȘme chose pour Michael Cohen, qui a plaidĂ© coupable de fraude fiscale et bancaire et de violation des lois sur le financement des campagnes Ă©lectorales. Des faits dĂ©busquĂ©s par l'enquĂȘte de Robert Mueller mais sans lien avec la Russie.

Sauf que M. Cohen a impliqué le président en affirmant avoir versé avant le scrutin de 2016 de l'argent à deux femmes pour qu'elles taisent leurs relations présumées avec M. Trump, "à la demande du candidat". Ceci pour préserver ses chances électorales.

Reste que le dénouement de ces deux affaires illustre le fait que le procureur spécial n'inculpe pas à tout-va contrairement à ce qu'affirment ses détracteurs depuis des mois.

"La condamnation de Manafort montre que l'enquĂȘte de Mueller est trĂšs loin d'ĂȘtre une chasse aux sorciĂšres", estime Adam Schiff, parlementaire dĂ©mocrate. "Elle montre aussi que sa campagne et son administration Ă©taient bourrĂ©es de gens ayant dans leur passĂ© des actions peu scrupuleuses en affaires et des connexions inquiĂ©tantes avec des intĂ©rĂȘts Ă©trangers", a-t-il ajoutĂ©, au sujet de Donald Trump.

- Rapidité et efficacité -

Ces affaires démontrent aussi que l'ancien patron de la police fédérale (FBI), un homme taciturne de 74 ans, travaille avec rapidité et efficacité. Depuis sa nomination en mai 2017, M. Mueller n'a livré aucun commentaire public sur l'avancée de ses investigations ni répondu aux attaques presque quotidiennes du président.

En revanche, il a inculpé 33 personnes, dont 25 Russes, et trois sociétés.

A titre de comparaison, il avait fallu quatre ans au procureur spécial Kenneth Starr pour inculper le président Bill Clinton dans les années 1990.

Pour Michael German, un ancien agent du FBI dĂ©sormais au Brennan Center for Justice, le verdict contre Paul Manafort marque une Ă©tape importante pour Robert Mueller. "Chaque victoire est un Ă©lĂ©ment majeur vers l'aboutissement ultime de l'enquĂȘte", a-t-il estimĂ©. "Il est plus facile d'obtenir la coopĂ©ration de tĂ©moins ou des accords de plaider-coupable si vous affichez une liste de succĂšs". "Cela met davantage la pression sur les gens", a-t-il ajoutĂ©.

Ce qui n'empĂȘche pas la Maison Blanche d'affirmer que le procureur spĂ©cial est Ă  la traĂźne. "Nous avons dit clairement que non seulement nous, mais aussi le peuple amĂ©ricain, voulons que cela soit bouclĂ©", a commentĂ© Sarah Sanders, porte-parole de l'exĂ©cutif, la semaine derniĂšre.

L'ancien procureur fĂ©dĂ©ral Renato Mariotti a relevĂ© la menace constante de Donald Trump de mettre lui-mĂȘme un terme Ă  cette enquĂȘte, au risque de dĂ©clencher une crise constitutionnelle. Selon lui, "Ă  coup sĂ»r, Mueller doit s'inquiĂ©ter de savoir s'il pourra achever ses investigations".

AFP

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