Trésors antiques

Les Afghans se souviennent de la destruction des Bouddhas de Bamiyan

  • PubliĂ© le 13 mars 2021 Ă  02:57
  • ActualisĂ© le 13 mars 2021 Ă  06:24
Un jeune Hazara fait voler un cerf-volant prÚs des niches qui abritaient les Bouddhas géants détruits par les talibans en 2001, dans la vallée de Bamiyan en Afghanistan le 3 mars 2021

Les gigantesques Bouddhas d'Afghanistan ont veillé sur la pittoresque vallée de Bamiyan pendant des siÚcles. Les deux statues ont survécu aux invasions mongoles et aux intempéries, jusqu'à l'arrivée des talibans qui, avec leur vision ultra-radicale de l'islam, n'ont pas hésité à anéantir ces trésors antiques.

AprÚs des années d'offensives destructrices dans tout le pays, les talibans, qui considéraient toute représentation d'une forme humaine comme un affront à l'islam, s'en sont pris aux Bouddhas de Bamiyan. Ils les ont d'abord attaqués avec des tirs d'artillerie pour finir par les faire exploser en mars 2001.

Sculptés au coeur d'une falaise au Ve siÚcle, les Bouddhas ont été délogés à la dynamite par des gens du coin engagés par les talibans.
Ghulam Sakhi, un habitant de Bamiyan, se souvient encore avec amertume du rÎle qu'il a été forcé de jouer dans cet affront à la culture préislamique du pays.

"Ce n'est pas un souvenir que l'on peut oublier", raconte-t-il à l'AFP, ajoutant avoir été attrapé sur le marché avec des dizaines d'autres pour aider à dynamiter les deux statues monumentales. "Je ne pensais qu'à sauver ma peau ce jour-là", se justifie-t-il.

La destruction des Bouddhas est considérée comme l'un des pires crimes archéologiques de l'histoire du monde. Elle a propulsé l'idéologie radicale des talibans sur le devant de la scÚne planétaire quelques mois à peine avant les attentats du 11-septembre qui ont provoqué l'intervention américaine dans le pays et la chute du régime taliban.

Mentionnées pour la premiÚre fois en 400 aprÚs JC dans les écrits d'un pÚlerin chinois, les statues rappelaient l'importante présence bouddhiste au coeur des montagnes de l'Hindou Kouch, le long de la fameuse route de la soie.

Les deux Bouddhas mesuraient 55 et 38 mÚtres de haut. Les statues, sculptées à la main dans les falaises de grÚs couleur caramel de Bamiyan, étaient entourées d'un réseau de caves, monastÚres et autres lieux saints. Aujourd'hui, on peut encore y distinguer des restes de fresques.

Pendant des générations, M. Sakhi et sa famille ont tiré fierté des trésors archéologiques qui attiraient les touristes du monde entier arpentant le célÚbre "sentier hippie" dans les années 1960 et 1970.

"Les touristes étrangers arrivaient en grand nombre pour visiter les statues et beaucoup de gens, dont mon pÚre, leur procuraient de la nourriture et d'autres choses pour de l'argent", raconte Sakhi. "Le travail marchait bien. Tout le monde,les commerçants, chauffeurs, propriétaires terriens, et autres, en bénéficiait".

Mais l'arrivée des talibans dans la vallée, avec leurs armes lourdes et leurs visions apocalyptiques, a ébranlé pour toujours le paysage de Bamiyan.

Les Bouddhas "étaient beaux à regarder, une source d'espoir pour les gens", se souvient Hamza Yosufi, un habitant témoin de la destruction des statues. L'énorme explosion, filmée, a été ressentie dans la vallée entiÚre, l'emplissant de poussiÚre et fumée. "C'était terrifiant... J'en ai eu le coeur complÚtement brisé, comme tout le monde", déplore-t-il.

- 'Ils vont tout détruire' -

En Afghanistan, peu de lieux ont profité autant que Bamiyan de la chute du régime taliban. La population locale, majoritairement chiite, a reconstruit des écoles, accueilli l'aide humanitaire à bras ouverts et remis sur pied l'un des rares sites attirant encore des touristes étrangers malgré la guerre qui continue de ravager le pays.

La vallée, reculée, est considérée comme l'un des lieux les moins dangereux du pays. "Si les Bouddhas étaient encore debout, l'industrie touristique aurait aujourd'hui prospéré", regrette Ishaq Mowahed, directeur du département pour la culture de Bamiyan. Malgré tout, les niches vides dans la falaise attirent toujours des touristes, insiste-t-il, tout comme les paysages idylliques de Bamiyan, propices à la randonnée.

Mais la lente renaissance touristique de la vallée est menacée par les craintes d'un retour au pouvoir des talibans aprÚs la signature d'un accord entre les insurgés et Washington l'an dernier entérinant le retrait des troupes étrangÚres d'ici mai 2021.

Rares sont ceux qui pensent que les forces afghanes peuvent faire face aux talibans sans la protection des forces aĂ©riennes et forces spĂ©ciales amĂ©ricaines. "Si les talibans reviennent avec la mĂȘme idĂ©ologie qui a menĂ© Ă  la destruction des Bouddhas, ils vont dĂ©truire tout ce qui reste", s'inquiĂšte M. Mowahed.

Dans un communiquĂ© le mois dernier, les talibans se sont pourtant engagĂ©s Ă  protĂ©ger l'hĂ©ritage culturel du pays. Personne n'a le droit "d'excaver, transporter ou vendre des antiquitĂ©s oĂč que ce soit, ou de les emmener hors du pays sous un autre nom", ordonne ce texte. Mais Ă  Bamiyan, il reste difficile de faire confiance aux talibans. "C'Ă©tait un crime et le monde ne peut et ne doit pas pardonner ou oublier", explique Anar Gul, 23 ans et diplĂŽmĂ© en archĂ©ologie de l'UniversitĂ© de Bamiyan.

AFP

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