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Les centres dentaires low cost Dentexia sur la sellette

  • PubliĂ© le 3 mars 2016 Ă  14:02
Un adolescent bénéficie d'un soin dentaire, le 4 décembre 2015 à Paris

Soins mal faits ou non réalisés, plaintes de patients en cascade, fermetures pour manque d'hygiÚne: les centres dentaires low cost Dentexia sont sur la sellette, à la veille d'une décision de justice sur leur avenir.


"J'ai tout payé en avance (13.000 euros de soins). Or l'intégralité du devis n'a pas été réalisée et tout est à refaire car mes vis d'implants, laissées en l'état, ont commencé à s'infecter", témoigne Abdel Aouacheria, à l'origine du "Collectif contre Dentexia", créé à Lyon en janvier.
Ce collectif rĂ©unit dĂ©jĂ  1.000 patients qui s'estiment lĂ©sĂ©s. "Il y a des personnes ĂągĂ©es de plus de 80 ans qu'on a laissĂ©es Ă©dentĂ©es depuis des mois et qui ne peuvent manger que de la soupe. Beaucoup d'autres ont du mal Ă  manger, Ă  mastiquer et ont la honte sociale d'ĂȘtre sans dents", poursuit-il.
Dentexia a Ă©tĂ© créé par un consultant, Pascal Steichen, sous la forme d'une association. Son concept: salarier les dentistes, les concentrer sur les soins grĂące Ă  l'emploi en nombre d'assistantes et rationaliser les actes, en regroupant notamment en un seul rendez-vous ce qui pourrait ĂȘtre fait en plusieurs. Au plus fort de son activitĂ©, Dentexia avait des centres Ă  Paris, Chalon-sur-SĂąone, Lyon et Marseille.
Mais problÚme: beaucoup de prestations n'ont pas été réalisées jusqu'au bout; certaines ont été mal faites, selon le collectif. Et les centres fermant les uns aprÚs les autres, les patients se retrouvent démunis.
Mardi, l'Agence rĂ©gionale de santĂ© (ARS) Bourgogne-Franche-ComtĂ© dĂ©cidait en effet de suspendre le centre de Chalon pour "insuffisance des mesures d?hygiĂšne et de dĂ©sinfection". DĂ©but fĂ©vrier, l'ARS Auvergne-RhĂŽne-Alpes avait fait de mĂȘme avec le centre Dentexia "TĂȘte d'or" Ă  Lyon. En consĂ©quence, il n'y a plus que deux centres en activitĂ©, un Ă  Lyon, l'autre en banlieue lyonnaise, Ă  Vaulx-en-Velin.
- 'Dentisterie sociale' -
"Si on a eu recours à eux, c'est parce qu'on s'est tous retrouvé devant des devis exorbitants. Pour ma part, des devis de 19.000 à 25.000 euros quand Dentexia me prenait pour 13.000 euros. Et beaucoup on souscrit des crédits à la consommation pour pouvoir se payer des soins", ajoute Abdel Aouacheria qui plaide pour la mise en place d'une "dentisterie sociale".
Face aux nombreuses plaintes, l'Ordre des chirurgiens-dentistes a entamé des procédures vis-à-vis de certains médecins salariés de l'association.
"Ca fait 4 ans et demi qu'on alerte les pouvoirs publics sur ces patients mal soignés", explique Alain Chantreau, président du conseil départemental du RhÎne de l'Ordre.
Selon lui, entre 2,3 et 4,5 millions d'euros d'honoraires payés en avance n'ont pas été réalisés.
Et ils pourraient ne jamais l'ĂȘtre si le tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence devait prononcer la liquidation de l'association vendredi. L'association a en effet Ă©tĂ© placĂ©e en redressement judiciaire en novembre et la justice doit dire si oui ou non un repreneur s'est fait connaĂźtre et s'il est capable de la redresser.
Dentexia - dont les lignes téléphoniques sonnent dans le vide - n'était pas joignable pour répondre à ces différentes accusations. Elle a juste déposé un mot sur son compte Facebook expliquant qu'elle était en redressement, en dénonçant au passage "la campagne de dénigrement de l'Ordre national et les actions anticoncurrentielles de syndicats professionnels".
Du cÎté du collectif, on attend avec impatience la décision de vendredi. Car si Dentexia était liquidée, que vont devenir les centaines de patients dont les soins n'ont jamais été finalisés et qui, pour certains, se sont endettés ?
Les plaintes pourraient alors se multiplier. InterrogĂ©, le procureur de Chalon-sur-SaĂŽne, Christophe Rode, a pour l'instant reçu moins d'une dizaine de plaintes de patients. Et il a lancĂ© une enquĂȘte prĂ©liminaire Ă  la suite d'une plainte de l'Ordre des chirurgiens dentistes pour exercice illĂ©gal de la profession.
Les reproches de l'Ordre: des praticiens qui n'avaient pas les diplĂŽmes nĂ©cessaires ou sans qualification, des dĂ©fauts de certification. L'enquĂȘte est toujours en cours.

Par Sandra LAFFONT - © 2016 AFP
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