Virus

Les déboires du vaccin Astrazeneca compliquent la donne

  • PubliĂ© le 22 mars 2021 Ă  07:12
  • ActualisĂ© le 22 mars 2021 Ă  09:24
Une dose du vaccin Oxford-AstraZeneca anti-Covid-19 (Covishield fabriqué en Inde) lors d'une campagne de vaccinations à Belgrade le 19 mars 2021

Les dĂ©boires du vaccin AstraZeneca, rejetĂ© par une bonne partie des EuropĂ©ens, compliquent sĂ©rieusement la donne au moment oĂč l'accĂ©lĂ©ration de la troisiĂšme vague de la pandĂ©mie de Covid-19, notamment en Europe, rend plus nĂ©cessaire que jamais d'accĂ©lĂ©rer les vaccinations.

"C'est la derniÚre ligne droite parce que nous savons que pour vaincre cette pandémie, une seule solution: se faire vacciner. Les vaccins arrivent, ils seront là", a martelé dimanche le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton.

Encore faut-il qu'ils soient en nombre suffisant et acceptés par tous. Or, le vaccin AstraZeneca, sur lequel l'Europe compte pour atteindre ses objectifs de vaccination, est perçu comme plus dangereux que sûr en Allemagne, France, Espagne et Italie, selon une étude d'opinion réalisée entre le 12 et 18 mars.

Son utilisation avait Ă©tĂ© suspendue dans plusieurs pays par crainte qu'il ne provoque des caillots sanguins, parfois mortels. Jeudi, l'Agence europĂ©enne des mĂ©dicaments (EMA) l'a jugĂ© "sĂ»r et efficace" et l'utilisation du vaccin a repris dans plusieurs pays, mais l'impact sur l'opinion publique s'est fait sentir, souligne l'institut YouGov. "Non seulement nous avons constatĂ© une augmentation considĂ©rable du nombre de personnes qui le jugent dangereux au cours des deux derniĂšres semaines en Europe, mais le vaccin AstraZeneca continue d'ĂȘtre considĂ©rĂ© comme nettement moins sĂ»r que ceux de Pfizer et Moderna", a commentĂ© Matt Smith, datajournaliste Ă  YouGov, dans un communiquĂ©.

Pourtant, l'Union europĂ©enne (UE) continue Ă  en avoir un besoin pressant, si elle entend comme le souhaite accĂ©lĂ©rer les campagnes de vaccination, afin d'atteindre d'ici l'Ă©tĂ© l'immunitĂ© collective, comme l'a indiquĂ© M. Breton. Dimanche, le ton est montĂ© entre l'UE et le Royaume-Uni oĂč le vaccin AstraZeneca d'origine britannique est en partie fabriquĂ©.

- "Contreproductif" -

Le ministre de la Défense britannique Ben Wallace a prévenu dimanche qu'il serait "contreproductif" de bloquer les exportations d'AstraZeneca comme l'a menacé la veille la Commission européenne si l'UE ne recevait pas d'abord ses livraisons. Une source dans l'entourage de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a réagi dimanche soir : "La Commission a son propre contrat avec AstraZeneca. Nous essayons simplement de le faire respecter. Le laboratoire nous a livré moins de 10% des doses prévues pour l'année par le contrat. Il est donc normal que nous demandions que ces doses soient livrées comme prévu aux Européens", a-t-elle dit.

Le vaccin AstraZeneca est produit sur le territoire europĂ©en notamment dans deux usines en Belgique et aux Pays-Bays, deux pays qui ont appelĂ© Ă  la prudence sur un durcissement des exportations alors que d'autres pays europĂ©ens, comme la France, le soutiennent. Or, le temps presse, notamment en Allemagne. Le gouvernement de Berlin s'apprĂȘte lundi Ă  prolonger, voire Ă  durcir les restrictions face Ă  une troisiĂšme vague toujours plus virulente, au risque de nourrir la grogne dĂ©jĂ  croissante de l'opinion.

La chanceliĂšre Angela Merkel et les rĂ©gions allemandes se retrouvent dans l'aprĂšs-midi pour une nouvelle rĂ©union sur la stratĂ©gie anti-pandĂ©mie. Mais alors qu'elle devait ĂȘtre consacrĂ©e il y a quelques semaines encore Ă  relĂącher la pression, l'ordre du jour a complĂštement changĂ© face Ă  la propagation du variant britannique du virus, jugĂ© plus infectieux et dangereux. Le confinement partiel dĂ©jĂ  en place en Allemagne depuis fin 2020, et programmĂ© jusqu'au 28 mars, pourrait ĂȘtre prolongĂ© au moins jusqu'au 18 avril, selon un projet gouvernemental.

- Douche froide -

Une douche froide pour l'opinion allemande, usĂ©e comme ailleurs par un an de pandĂ©mie. les restrictions sanitaires alimentent la colĂšre de certains qui les assimilent Ă  une forme de "dictature". Par milliers, ils l'ont fait savoir samedi lors de manifestations en Autriche, en Bulgarie, en Grande-Bretagne, en Suisse ou en Allemagne. "ArrĂȘtez la terreur Corona" ou "Le Covid est un canular", pouvait-on lire sur certains panneaux brandis par les manifestants, de MontrĂ©al Ă  Belgrade.

A Cassel, ville du centre de l'Allemagne, des affrontements se sont produits samedi et les forces de l'ordre ont fait usage de gaz au poivre, matraques et canons Ă  eau. A Londres, au moins 36 personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es samedi et plusieurs policiers blessĂ©s au cours d'une manifestation similaire.

La lassitude pousse aussi une partie de la population Ă  nĂ©gliger gestes barriĂšre et distanciation sociale. Quelque 6.500 personnes sans masques se sont rassemblĂ©es pour cĂ©lĂ©brer le carnaval Ă  Marseille, dans le Sud de la France. Ce rassemblement non autorisĂ© a Ă©tĂ© qualifiĂ© d'"irresponsable" par la police qui est intervenue pour disperser les fĂȘtards.

Ailleurs dans le monde, les vaccinations s'intensifient aussi dans l'espoir d'enrayer l'Ă©pidĂ©mie qui a dĂ©jĂ  fait plus de 2,7 millions de morts dans le monde. Au BrĂ©sil, oĂč l'Ă©pidĂ©mie est hors de contrĂŽle, le gouvernement a levĂ© dimanche l'obligation faite aux autoritĂ©s locales de rĂ©server des stocks de vaccins pour la 2e injection, dans le but d'accĂ©lĂ©rer la vaccination.

Aux Etats-Unis, trois millions de doses de vaccins par jour ont été administrées pour la premiÚre fois lors de deux journées consécutives, nouvelle illustration d'une campagne de vaccination qui continue de monter en puissance, selon les chiffres officiels publiés dimanche.

Et Ă  GenĂšve, l'Organisation mondiale de la santĂ© (OMS) se prĂ©pare Ă  publier, probablement cette semaine, le rapport trĂšs attendu de ses experts dĂ©pĂȘchĂ©s en janvier en Chine pour Ă©tudier les origines de la pandĂ©mie.

AFP

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