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Les dirigeants de Volkswagen offusquent l'Allemagne en s'accrochant Ă  leurs bonus

  • PubliĂ© le 12 avril 2016 Ă  13:56
Matthias MĂŒller Ă  Detroit, le 11 janvier 2016

Vont-ils renoncer à leurs millions d'euros? Six mois aprÚs l'éclatement de l'affaire des moteurs truqués, l'Allemagne a les yeux rivés sur les dirigeants de Volkswagen, dont certains se braquent manifestement contre la suppression de leurs juteux bonus.


Objet du litige: la composante variable de la rĂ©munĂ©ration des neuf membres du directoire de Volkswagen que, pour Ă©riger un exemple en ces temps de vaches maigres, plusieurs membres du conseil de surveillance voudraient voir supprimĂ©e. Le patron de Volkswagen Matthias MĂŒller, l'un des bĂ©nĂ©ficiaires, a proposĂ© de la rĂ©duire de 30%, selon la presse.
Son prédécesseur Martin Winterkorn, parti précipitamment en septembre dernier, a été plusieurs années de suite le patron le mieux payé d'Allemagne, empochant plus de 15 millions d'euros par an. En 2014, 13,9 millions sur un total de 15,8 millions étaient du bonus. Les autres membres du directoire ont perçu chacun entre 4 et 7 millions d'euros de rémunération variable cette année-là.
Qu'en sera-t-il pour 2015? Théoriquement, les dirigeants auraient le droit à un bonus calculé sur la base de la performance sur plusieurs années.
Mais dans le contexte actuel, il serait plus avisĂ© d'y renoncer, considĂšre l'Etat rĂ©gional de Basse-Saxe, actionnaire du groupe, qui a "une conscience aigĂŒe du problĂšme des bonus variables".
- Des milliards de provisions -
AprÚs tout Volkswagen, qui a avoué en septembre dernier avoir truqué les moteurs diesel de 11 millions de voitures dans le monde pour les faire paraßtre moins polluantes qu'elles ne sont en réalité, va afficher pour l'année 2015 une perte, vraisemblablement de plusieurs milliards.
La faute à des provisions que la société doit constituer pour faire face aux coûts liés à ce "dieselgate". Ces coûts recouvrent la remise aux normes des voitures concernées ainsi que les indemnités et pénalités à prévoir dans plusieurs pays, dont l'ampleur n'est pas encore connue.
Le groupe, qui publiera ses résultats annuels le 28 avril, pourrait aussi priver ses actionnaires de dividende, une premiÚre depuis le début des années 1980. Propriétaire de douze marques et avec 200 milliards d'euros de chiffre d'affaires, il a longtemps été un fleuron de l'industrie allemande.
M. MĂŒller a prĂ©venu dĂšs l'an dernier que les employĂ©s allaient devoir se "serrer la ceinture, sur tous les plans, depuis la direction jusqu'aux employĂ©s". "Le directoire entend ĂȘtre un modĂšle", est la ligne officielle du groupe ces jours-ci.
Selon l'agence allemande DPA mardi, les membres du directoire consentiraient finalement à une réduction de leur bonus.
- Le mal est fait -
Mais en termes d'image, le mal est fait. "Volkswagen est un exemple effrayant de l'Ă©loignement qui rĂšgne entre les managers et le reste de la sociĂ©tĂ©, et mĂȘme de leurs actionnaires", a commentĂ© le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung, se demandant si le patron de Volkswagen Ă©tait "la bonne personne au bon endroit".
Maintenir les bonus serait "une gifle" pour les 600.000 salariés de Volkswagen, a critiqué le député de Die Linke (gauche, opposition) Herbert Behrens.
MĂȘme le ministre des Finances Wolfgang SchĂ€uble s'est fendu d'un commentaire lundi soir: "il y a des discussions Ă  propos desquelles on ne comprend pas que les intĂ©ressĂ©s ne rĂ©alisent pas Ă  quel point elles ne sont pas compatibles avec certaines valeurs".
La discussion tombe d'autant plus mal que l'inquiĂ©tude gagne les salariĂ©s de Volkswagen. "Nous avons l'impression que le scandale des moteurs diesel peut ĂȘtre utilisĂ© par derriĂšre pour procĂ©der Ă  des coupes de personnel, dont il n'Ă©tait pas question jusqu'Ă  il y a quelques mois", s'est Ă©mu dans un courrier adressĂ© Ă  la direction la semaine derniĂšre le comitĂ© d'entreprise de la marque Volkswagen, la principale du groupe.
En réponse à ces interrogations, direction et comité d'entreprise se sont entendus lundi sur une feuille de route de négociations sur "des mesures de garantie pour les sites" et une stratégie de long terme pour la marque VW.

Par Sarah BENHAIDA - © 2016 AFP
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