C'est vraiment fini

Les Etats-Unis officialisent leur sortie de l'accord de Paris sur le climat

  • PubliĂ© le 5 novembre 2019 Ă  01:47
  • ActualisĂ© le 5 novembre 2019 Ă  05:45
La centrale thermique au charbon de Longview à Maidsville (Virginie-Occidentale, Etats-Unis) le 21 août 2018

La lettre Ă©tait attendue depuis 2017 mais ne pouvait ĂȘtre envoyĂ©e pour des raisons juridiques jusqu'Ă  lundi: les Etats-Unis de Donald Trump ont notifiĂ© les Nations unies de leur intention de se retirer de l'accord de Paris sur le climat, confirmant le dĂ©ni climatique amĂ©ricain.

"Aujourd'hui, les Etats-Unis entament le processus de retrait de l'accord de Paris. Conformément aux termes de l'accord, les Etats-Unis ont soumis une notification formelle de leur retrait aux Nations unies. Le retrait sera effectif un an aprÚs la notification", a déclaré le chef de la diplomatie Mike Pompeo dans un communiqué.

Les Etats-Unis sont le seul pays à se désengager de ce texte signé par 197 pays, jusqu'à la Corée du Nord. "L'heure est venue de quitter l'accord de Paris", avait déclaré le 1er juin 2017 le président républicain, qui avait ajouté: "J'ai été élu pour représenter les habitants de Pittsburgh, pas de Paris."

Depuis cette dĂ©claration, en rĂ©alitĂ©, les AmĂ©ricains continuaient Ă  occuper leur siĂšge, discrĂštement, pour influencer les discussions techniques autour de l'application concrĂšte de l'accord, dans le cas oĂč, un jour, Washington le rĂ©intĂ©grerait. Selon le texte de l'accord nĂ©gociĂ© fin 2015 par Barack Obama, aucun pays ne pouvait sortir avant le troisiĂšme anniversaire de son entrĂ©e en vigueur, le 4 novembre 2016. C'est-Ă -dire lundi.
En outre, le retrait ne sera effectif que dans un an, ce qui repoussera la sortie au lendemain de la prochaine élection présidentielle américaine, dans laquelle Donald Trump brigue un nouveau mandat.

D'ici lĂ , les AmĂ©ricains enverront des dĂ©lĂ©gations aux grands sommets climatiques de l'ONU, Ă  commencer par la "COP" de dĂ©cembre, en Espagne, a confirmĂ© Ă  l'AFP le dĂ©partement d'Etat. Le retrait amĂ©ricain ne change donc rien immĂ©diatement, mais il est lourd de sens, mĂȘme si peu doutaient que la Maison Banche confirmerait cette Ă©tape. "L'administration Trump montre qu'elle se fiche de la science et de l'Ă©conomie", a rĂ©agi Andrew Steer, prĂ©sident du World Resources Institute. "Elle est mue par une vision obsolĂšte datant du siĂšcle prĂ©cĂ©dent, quand on croyait que l'action climatique Ă©tait coĂ»teuse et dĂ©truirait des emplois."

- Election en 2020 -

La raison officielle du retrait est que Washington considÚre l'accord injuste pour les Etats-Unis, bien que la philosophie du texte soit que les pays fixent librement leurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le but alors annoncé par Barack Obama était d'ailleurs moins ambitieux que ce que réalisent d'autres pays ou l'Union européenne, par exemple.

Dans son communiqué, Mike Pompeo a de nouveau invoqué "le fardeau économique injuste imposé aux travailleurs, entreprises et contribuables américains". Politiquement, Donald Trump pourra faire valoir à ses électeurs qu'il a tenu sa promesse. Les ONG et experts, de leur cÎté, ont dénoncé l'égoïsme du deuxiÚme émetteur mondial, alors que la Chine reste engagée dans le processus.

"L'abandon de l'accord de Paris est une abdication de leadership à laquelle une majorité d'Américains est opposée", a déclaré Michael Bloomberg, ancien maire de New York qui finance une grande campagne pour la fermeture des centrales à charbon et contre les candidats aux élections américaines opposés à l'action climatique.

La dĂ©cision de M. Trump n'a pas créé l'effet domino que certains craignaient dans des pays comme l'Australie et le BrĂ©sil. Elle a mĂȘme galvanisĂ© de multiples acteurs amĂ©ricains non-fĂ©dĂ©raux: Etats gouvernĂ©s par les dĂ©mocrates, grandes villes, et entreprises. Nombre de ces entitĂ©s se sont volontairement engagĂ©es Ă  la neutralitĂ© carbone d'ici 2050, ou Ă  passer Ă  100% d'Ă©nergies renouvelables dans la production d'Ă©lectricitĂ©. Cela compensera en partie l'inaction fĂ©dĂ©rale.

Au total, l'accord de Paris ne s'est pas effondré, renforcé par la mobilisation des jeunes pour le climat observée depuis l'an dernier.
Le rĂ©sultat de l'Ă©lection de 2020 pourrait ĂȘtre plus dĂ©terminant. "Si jamais on repart dans une administration Trump pour quatre ans, les consĂ©quences seront trĂšs, trĂšs diffĂ©rentes", dit Ă  l'AFP David LevaĂŻ, du centre de rĂ©flexion Iddri. "La soliditĂ© de cette gouvernance demeure, tant que le retrait amĂ©ricain n'est qu'une parenthĂšse".

Tous les adversaires démocrates potentiels de Donald Trump se sont engagés à revenir dans l'accord, ce qu'ils pourront faire à leur prise de fonction, le 20 janvier 2021.

AFP

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