Fusillade dans une synagogue

Les Etats-Unis pleurent les onze victimes de la pire tuerie antisémite de leur histoire

  • PubliĂ© le 28 octobre 2018 Ă  20:28
  • ActualisĂ© le 28 octobre 2018 Ă  20:33
Des personnes viennent rendre hommage aux victimes au lendemain de la fusillade dans synagogue "Tree of Life" de Pittsburgh, le 28 octobre 2018

Les Etats-Unis, endeuillĂ©s par la pire attaque antisĂ©mite de leur histoire, affichaient dimanche leur soutien Ă  la communautĂ© juive de Pittsburgh, oĂč un tireur a abattu onze fidĂšles dans une synagogue en hurlant son "dĂ©sir de tuer des juifs".

Drapeaux en berne dans le pays, veillées d'hommage à Pittsburgh et ailleurs, messages de solidarité: tout le pays manifestait son émotion alors que l'identité des victimes a été révélée lors d'une conférence de presse dans cette grande ville industrielle de Pennsylvanie.

Trois femmes et huit hommes, ĂągĂ©s de 54 Ă  97 ans, ont succombĂ© sous les balles de Robert Bowers, arrĂȘtĂ© Ă  l'issue de sa virĂ©e meurtriĂšre. Parmi les victimes se trouvaient deux frĂšres, ainsi qu'un couple de fidĂšles octogĂ©naires, ont prĂ©cisĂ© les autoritĂ©s, qui espĂšrent pouvoir rendre certains corps Ă  leur famille dĂšs dimanche. Six personnes ont Ă©galement Ă©tĂ© blessĂ©es dans la fusillade. Preuve de l'ampleur du drame: il faudra une semaine pour examiner et nettoyer la scĂšne du crime.

Robert Bowers, armé de trois pistolets Glock et d'un fusil d?assaut semi-automatique AR-15, a semé la mort dans trois endroits distincts de la synagogue "Tree of Life", qui abritait plusieurs offices religieux en ce jour de chabbat, le repos hebdomadaire juif. Lors de son attaque, cet homme de 46 ans, auteur de nombreux messages antisémites sur les réseaux sociaux, a "fait des déclarations au sujet du génocide et de son désir de tuer des juifs", a déclaré le procureur Scott Brady. Selon plusieurs médias, il a crié: "tous les juifs doivent mourir".

ArrĂȘtĂ© aprĂšs un Ă©change de tirs avec des policiers, dont quatre ont Ă©tĂ© blessĂ©s, il a dĂ» ĂȘtre opĂ©rĂ© et restait hospitalisĂ© dimanche dans un Ă©tat stable.
Inculpé de 29 chefs d'accusation, il sera jugé au niveau fédéral et encourt la peine de mort.

- "Le coeur brisé" -

Au lendemain de l'attaque, le quartier de Squirrel Hill, coeur de la communauté juive de Pittsburgh, était totalement abasourdi. Comme chaque dimanche, Alyia Paulding, 37 ans, est venue vendre ses savons sur un petit marché. Mais cette fois, elle confie avec émotion avoir "le coeur brisé". "Aujourd'hui, le marché est bien silencieux, tout le quartier semble éteint..."

Le maire, Bill Peduto a toutefois affirmĂ© sa confiance en l'avenir. "Nous savons que la haine ne l'emportera jamais, que ceux qui essaient de nous diviser Ă  cause de la façon dont nous prions ou de l'origine de nos familles dans le monde vont perdre." L'Ă©lu dĂ©mocrate a Ă©galement relancĂ© l'Ă©pineux dĂ©bat sur les armes Ă  feu, alors que les fusillades endeuillent rĂ©guliĂšrement les Etats-Unis. "J'ai entendu le prĂ©sident dire qu'il faudrait armer des gardes dans nos synagogues", a-t-il dĂ©clarĂ©. "Notre approche devrait plutĂŽt ĂȘtre: comment retirer les armes Ă  feu - qui sont le dĂ©nominateur commun de toutes les fusillades en AmĂ©rique - des mains de ceux qui veulent exprimer leur haine raciste avec des meurtres ?"

- "Antisémitisme normalisé" -

Donald Trump a fermement condamné la tuerie, "une chose terrible". En meeting samedi soir, il a a appelé les Américains à se tenir aux cÎtés de leurs "frÚres et soeurs juifs pour vaincre l'antisémitisme et les forces de la haine". Il a toutefois estimé que la fusillade était l'oeuvre d'un "cinglé" et qu'il ne fallait pas changer "nos vies ou nos emplois du temps".

Mais pour l'Anti-Defamation League, la principale organisation de lutte contre l'antisĂ©mitisme aux Etats-Unis, la tuerie s'inscrit dans un contexte global dĂ©lĂ©tĂšre. "Nous sommes Ă  un moment oĂč l'antisĂ©mitisme est presque normalisĂ©", a dĂ©plorĂ© sur la chaĂźne NBC son directeur Jonathan Greenblatt, en rappelant avoir enregistrĂ© une hausse de 57% des actes antisĂ©mites (menaces, violences, insultes...) en 2017 dans le pays. Pour lui, certaines personnalitĂ©s politiques ont contribuĂ© Ă  banaliser le discours antisĂ©mite, Ă  commencer par le prĂ©sident Trump "qui a utilisĂ© la rhĂ©torique des suprĂ©matistes blancs".

Plus globalement, de nombreuses voix ont déploré une détérioration du débat public à l'approche des élections législatives du 6 novembre et craignent que les attaques verbales entre candidats n'encouragent le passage à l'acte de personnes dérangées. Un homme a ainsi envoyé des engins piégés la semaine derniÚre à une dizaine de personnalités démocrates ou détracteurs du président républicains.

- © 2018 AFP

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