Hamas et Fatah

Les groupes rivaux palestiniens annoncent avoir trouvé un accord au Caire

  • PubliĂ© le 12 octobre 2017 Ă  14:26
  • ActualisĂ© le 12 octobre 2017 Ă  16:08
Un graffiti avec le mot "Division" en arabe sur un mur de Gaza, le 17 septembre 2017

Le mouvement islamiste Hamas et son rival palestinien du Fatah ont annoncé jeudi un premier accord sur les termes concrets de leur réconciliation aprÚs une décennie de déchirements dévastateurs, et doivent en dévoiler les termes en milieu de journée au Caire.


Dans ce qui serait une manifestation spectaculaire de ce rapprochement, le prĂ©sident palestinien Mahmoud Abbas se rendra Ă  Gaza "dans moins d'un mois", pour la premiĂšre fois depuis dix ans, a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP Zakaria al-Agha, chef du parti Fatah de M. Abbas dans la bande de Gaza. Autre avancĂ©e de la rĂ©conciliation, 3.000 policiers de l'AutoritĂ© palestinienne prĂ©sidĂ©e par M. Abbas vont ĂȘtre dĂ©ployĂ©s dans la bande de Gaza et aux frontiĂšres avec IsraĂ«l et l'Egypte, a dit Ă  l'AFP sous couvert de l'anonymat un haut responsable impliquĂ© dans les tractations.

Par ailleurs M. Abbas devrait lever "trÚs bientÎt" les mesures financiÚres prises en 2017 pour forcer le Hamas à la conciliation, a dit al-Agha. La visite de M. Abbas dans la bande de Gaza serait la premiÚre depuis 2007. Le Hamas, vainqueur des législatives en 2006 mais privé de sa victoire sous les pressions internationales, avait évincé de la bande de Gaza l'Autorité palestinienne présidée par M. Abbas ainsi que ses forces de sécurité, au prix d'une quasi-guerre civile avec le Fatah en 2007.

- "Parrainage égyptien" -

L'Autorité, entité internationalement reconnue supposée préfigurer un Etat palestinien indépendant, est dominée par le Fatah laïc et modéré. Elle n'exerce plus son pouvoir, limité, que sur la Cisjordanie, occupée par Israël et distante de Gaza de quelques dizaines de kilomÚtres. Toutes les tentatives de réconciliation ont échoué depuis 2007.

Isolé, confronté au risque d'explosion sociale mais aussi à un soutien amoindri du Qatar, le Hamas, par ailleurs soumis aux pressions du grand voisin égyptien, a fini par accepter en septembre le retour à Gaza de l'Autorité et de son gouvernement. Le raccommodement a été matérialisé en grande pompe la semaine passée avec le premier conseil des ministres se tenant à Gaza depuis 2014.

Le Hamas et le Fatah ont engagé mardi des tractations entourées du plus grand secret au Caire pour concrétiser la réconciliation. Le Hamas a annoncé jeudi matin dans un communiqué qu'un "accord (avait) été trouvé aujourd'hui entre le Hamas et le Fatah sous parrainage égyptien". Une conférence de presse est prévue dans la capitale égyptienne en milieu de journée. Les pourparlers ont porté sur les modalités pratiques du rapprochement entre les deux partis, à couteaux tirés il y a encore quelques semaines.

- Double enjeu -

Des questions aussi Ă©pineuses que le contrĂŽle de la sĂ©curitĂ© dans la bande de Gaza et le sort des 25.000 hommes du bras armĂ© du Hamas risquaient d'ĂȘtre remises Ă  plus tard. Les deux parties ont dĂ©jĂ  signalĂ© que parachever la rĂ©conciliation prendrait du temps. Les dispositions tangibles d'un partage de pouvoirs sont annoncĂ©es comme extrĂȘmement ardues tant les intĂ©rĂȘts des uns et des autres semblent contradictoires.

L'enjeu de la réconciliation, considérable, est double. Le plus immédiat est le sort des deux millions de Gazaouis, éprouvés par trois guerres avec Israël depuis 2008, les blocus israélien et égyptien, la pauvreté, le chÎmage et les pénuries d'eau et d'électricité. Au-delà, les divisions palestiniennes sont considérées comme un des principaux obstacles au rÚglement du conflit israélo-palestinien.

La légitimité du président Abbas, interlocuteur d'Israël et de la communauté internationale, est sapée par le fait que le Hamas, considéré comme terroriste par Israël, les Etats-Unis ou l'Union européenne et comme infréquentable par plusieurs pays arabes, préside actuellement aux destinées de deux cinquiÚmes des Palestiniens des Territoires.

- "L'expérience Hezbollah" -

Le Hamas attend la levĂ©e des mesures financiĂšres prises par le prĂ©sident Abbas pour le faire flĂ©chir, comme l'arrĂȘt du paiement de la facture d'Ă©lectricitĂ© gazaouie Ă  IsraĂ«l. "On reviendra dessus quand le gouvernement sera en mesure d'assumer ses responsabilitĂ©s", avait dit M. Abbas la semaine passĂ©e. Evoquant l'Ă©ventualitĂ© que le Hamas reste en charge de la sĂ©curitĂ© Ă  Gaza, M. Abbas a aussi prĂ©venu qu'il n'accepterait pas "qu'on clone l'expĂ©rience du Hezbollah au Liban".

Le Hamas a signifié de son cÎté que la question de ses armes n'était pas négociable. Les parties doivent aussi régler le sort de dizaines de milliers de fonctionnaires recrutés depuis 2007 par le Hamas. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a prévenu que son pays n'accepterait de traiter avec un gouvernement parlant au nom de toutes les factions palestiniennes que si le Hamas démantÚle son bras armé, rompt avec l'Iran et reconnaßt Israël. Des conditions a priori impossibles à satisfaire pour le Hamas.
AFP

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