Il nie la préméditation

Les mots de l'agresseur d'Yvan Colonna devant les enquĂȘteurs

  • PubliĂ© le 24 mars 2022 Ă  12:34
  • ActualisĂ© le 24 mars 2022 Ă  13:02
Drapeaux corses, bougies et fumigÚnes à l'arrivée de la dépouille du militant indépendantiste corse Yvan Colonna à Ajaccio, le 23 mars 2022

"Je n'ai agi pour le compte d'aucun groupe. J'ai agi seul...Ce n'était pas réfléchi", a déclaré le codétenu qui a agressé mortellement le militant indépendantiste Yvan Colonna, dont la dépouille est arrivée en Corse mercredi soir, selon plusieurs procÚs-verbaux d'audition consultés par l'AFP.

Franck Elong Abe, Français né au Cameroun et au parcours chaotique, purgeait une peine pour "association de malfaiteurs terroristes" à la prison d'Arles (Bouches-du-RhÎne) quand il a attaqué Yvan Colonna dans la salle de sport le 2 mars.

- Rejet de l'idée d'un acte terroriste -

"Je n'ai agi pour le compte d'aucun groupe, qu'on soit bien clair. J'ai agi seul", assure-t-il dÚs le départ. "Il n'y a rien (en) rapport avec une entreprise terroriste, j'ai vu Yvan Colonna et j'ai agi sans penser au reste".

Faisant rĂ©fĂ©rence aux magistrats devant lesquels il a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©, il ajoute se moquer "qu'ils fassent l'amalgame (..) entre un acte de foi ou un acte de terrorisme". "Vous ĂȘtes convaincu qu'il y a un mentor derriĂšre avec des complices, sauf que moi je vous ai dit la vĂ©ritĂ©, je n'ai pas de mentor".

"DÚs le départ (...) je vous ai expliqué que ce n'était pas réfléchi et que je n'étais pas dans le jihad".

- Les raisons avancées pour l'agression -

"Yvan a tenu des propos blasphĂ©matoires envers Dieu", a-t-il dit dĂšs sa premiĂšre audition par les enquĂȘteurs le 2 mars. Lorsqu'ils "abordaient le sujet de la religion", Yvan Colonna "se faisait le procureur de Dieu", a affirmĂ© Franck Elong Abe.

"Il faisait des reproches à Dieu, il blasphémait", a-t-il ajouté en accusant le condamné pour l'assassinat du préfet Erignac d'avoir tenu des paroles offensantes "cinq ou six fois sur les huit derniers mois".

"Je considÚre que Dieu a frappé Yvan Colonna à travers mes mains. Dieu s'est servi de mes mains pour riposter contre celui qui a blasphémé", a-t-il répété.

- Il nie la préméditation -

"La veille, avant l'attaque, je ne savais mĂȘme pas que j'allais le faire". "Cela m'est venu d'un coup. Moi j'appelle ça le mektoub, le destin", "quelque chose que vous ne maitrisez pas".

"J'aurais attendu tout ce temps pour commettre un acte terroriste" avec Ă  la clĂ© "au moins 10 ans d'isolement", a-t-il demandĂ© aux enquĂȘteurs avant d'ajouter: "Quelqu'un qui aurait prĂ©mĂ©ditĂ© un tel acte aurait rĂ©flĂ©chi Ă  tout ça". "J'Ă©tais dans un Ă©tat d'esprit d'agir sur l'instant".

Il prĂ©cise Ă©galement que "normalement il n'aurait pas dĂ» y avoir de dĂ©tenu dans la salle" et qu'Ă  l'heure de l'agression, "Yvan devait ĂȘtre au stade", assurant avoir "Ă©tĂ© surpris de le voir Ă  la salle de sport", parce que le Corse travaillait Ă  la prison comme "auxiliaire de sport" dĂ©diĂ© au terrain de sport extĂ©rieur.

"Oui j'ai forcément improvisé et oui j'étais parti pour lui Îter la vie", reconnait-il.

- Relation avec Yvan Colonna -

"Si un jour on m'avait dit que je devais taper Yvan Colonna, jamais je ne l'aurais cru. S'il y en a bien un que je ne voulais pas agresser (...) c'est bien lui", dit-il, ajoutant: "Avec lui au moins on pouvait partager certaines choses", notamment "courir, jouer aux boules et aux échecs".

Deux jours avant l'agression, "il a tenu des propos encore offensants envers Dieu. Je n'appréciais pas et je lui ai dit". "Il s'en est excusé".

Ils avaient également des échanges sur d'autres sujets: "j'étais contre le vaccin du Covid et lui était pour", dit-il par exemple, ajoutant "il pouvait y avoir des sujets sur lesquels nous étions d'accord, comme Poutine", le président russe.

AFP

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