Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a annoncé jeudi que les 200 narcotrafiquants les plus dangereux seraient emprisonnés dans la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), à partir du 31 juillet, suivie mi-octobre de celle de Condé-sur-Sarthe (Orne).
"Nous aurons deux établissements de haute sécurité cette année", "ça fait 200 narcotrafiquants qui, d'ici le 15 octobre, seront totalement à l'isolement du reste de la société", a déclaré sur France 2 le garde des Sceaux.
Ces deux prisons, toutes les deux récentes, sont déjà les deux établissements les plus sécurisés de France.
Mais le ministre a souligné qu'il fallait "rendre tout à fait hermétiques les deux établissements, renforcer les moyens, y mettre un certain nombre de personnels supplémentaires".
"A partir du mois d'avril, pour la prison du Pas-de-Calais, on sortira les détenus qui ne sont pas concernés", a-t-il encore indiqué. "On fera pendant deux mois des formations pour les agents, une sécurité totale et les travaux. Et à partir du mois de mai-juin, les nouveaux détenus rentreront".
Sont dĂ©jĂ dĂ©tenus Ă Vendin-le-Vieil Salah Abdeslam, le seul membre encore en vie des commandos jihadistes des attentats du 13 novembre 2015 Ă Paris, et le braqueur multirĂ©cidiviste RĂ©doine FaĂŻd, surnommĂ© le "roi de la belle", tous les deux placĂ©s Ă l'isolement.Â
"On va laisser sur place les personnes les plus dangereuses", a dit M. Darmanin.
- "Plus jamais une affaire Amra" -
"C'est une révolution pour les prisons françaises, pour l'administration française, on n'a jamais fait ça", s'est-il félicité, assurant qu'il ne fallait "plus jamais une affaire Amra".
Le narcotrafiquant Mohamed Amra, qui Ă©tait l'homme le plus recherchĂ© de France et a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en Roumanie, a Ă©tĂ© incarcĂ©rĂ© dans le centre pĂ©nitentiaire de CondĂ©-sur-Sarthe aprĂšs sa remise Ă la France.
Son cas, aprÚs son évasion sanglante qui a coûté la vie à deux agents pénitentiaires en mai 2024, a plusieurs fois été invoqué par M. Darmanin pour justifier la création de nouvelles prisons destinées aux trafiquants de stupéfiants, dont le régime carcéral d'isolement est inspiré de la lutte anti-mafia en Italie.
Ce "rĂ©gime de dĂ©tention trĂšs strict" a fait l'objet d'un amendement Ă la proposition de loi sur la lutte contre le narcotrafic, qui a Ă©tĂ© adoptĂ© mercredi par la commission des lois de lâAssemblĂ©e nationale.
Ce régime comprend des mesures telles que des fouilles intégrales aprÚs tout contact avec l'extérieur, des parloirs équipés d'hygiaphone ou encore un accÚs limité au téléphone.
Ces dispositions ont été dénoncées, notamment par l'Observatoire international des prisons qui les juge "attentatoires aux droits fondamentaux".
Face aux critiques, M. Darmanin a saisi le Conseil d'Etat, qui doit se réunir la semaine prochaine.
Dans ces prisons, seront affectées des personnes qui sont soit en détention provisoire, soit condamnées, a encore expliqué le ministre.
"Ce sont les services de police et de justice qui vont me dĂ©signer les personnes les plus dangereuses", a indiquĂ© M. Darmanin. "Je prendrai un arrĂȘtĂ© pour chacune des personnes et ces personnes seront mises dans cette prison". En principe, pour une durĂ©e de quatre ans, renouvelable.
Parmi les critÚres permettant de déterminer le degré de dangerosité des détenus, figurent la "capacité à corrompre", la "capacité à menacer", la "capacité à tenir une communication avec l'extérieur", "toucher de l'argent de l'étranger", "menacer des magistrats, des policiers, des journalistes, des avocats".
Pour protéger les surveillants pénitentiaires travaillant dans ces prisons, M. Darmanin a annoncé qu'il acceptait de "les anonymiser", dans les procÚs-verbaux.
Par ailleurs, seront affectés "deux ou trois gardiens pour un détenu afin qu'il y ait un contrÎle qui s'applique et qu'on ne puisse pas menacer ou corrompre les gardiens".
AFP

