Elle avait accueilli l'Aquarius à bras ouverts en juin et expulse désormais des migrants vers le Maroc: l'Espagne de Pedro Sanchez envoie des signaux contradictoires en matiÚre d'immigration qui la plongent dans le brûlant débat européen.
ArrivĂ© au pouvoir le 1er juin, le chef du gouvernement socialiste avait immĂ©diatement fait un coup d'Ă©clat en Europe en ouvrant le port de Valence Ă l'Aquarius, bateau humanitaire avec 630 migrants Ă son bord, que l'Italie du ministre de l'IntĂ©rieur Matteo Salvini (Ligue, extrĂȘme droite) et Malte refusaient d'accueillir.
Dans le mĂȘme temps, son gouvernement annonçait son intention de faciliter l'accĂšs des sans-papiers Ă la santĂ© publique, et de retirer les barbelĂ©s des clĂŽtures des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, sur lesquels se blessent rĂ©guliĂšrement les migrants tentant d'y pĂ©nĂ©trer depuis le Maroc.
Une politique d'ouverture vertement critiquée par l'opposition de droite qui accusait les socialistes de créer un "appel d'air" pour l'immigration illégale et de favoriser "les mafias" de passeurs.
D'autant que l'Espagne est devenue cet Ă©tĂ© la premiĂšre porte d'entrĂ©e de l'immigration clandestine en Europe, avec plus de 32.000 arrivĂ©es depuis le dĂ©but de l'annĂ©e selon l'OIM, soit plus du double que l'an dernier Ă la mĂȘme Ă©poque.
AprĂšs l'Aquarius, un autre bateau, de l'ONG Open Arms cette fois, a accostĂ© trois fois dans des ports espagnols avant que le gouvernement ne rechigne mi-aoĂ»t Ă accueillir de nouveau l'Aquarius, prĂ©fĂ©rant nĂ©gocier avec d'autres Ătats europĂ©ens la rĂ©partition de ses migrants finalement dĂ©barquĂ©s Ă Malte.
Un premier signe de revirement suivi fin août par le renvoi vers le Maroc d'une centaine de migrants au lendemain de leur entrée à Ceuta lors d'un passage en force de la clÎture particuliÚrement violent, le deuxiÚme en moins d'un mois.
Deux migrants, soupçonnĂ©s d'ĂȘtre les responsables d'une autre entrĂ©e violente fin juillet, ont Ă©tĂ© placĂ©s mercredi en dĂ©tention provisoire.
"Nous ne permettrons pas la migration violente qui attaque notre pays et nos forces de l'ordre", a justifié mercredi le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska.
Salvini jubile
"Le gouvernement n'a raison que quand il recule", a raillé le numéro un du Parti populaire (droite) Pablo Casado aprÚs cette expulsion.
Du cÎté de la gauche et des ONG, les critiques pleuvent désormais. Helena Maleno, figure de proue de la défense des migrants, a dénoncé lundi cette mesure, signe selon elle d'une "politique raciste et colonialiste, un tournant terrible" de Pedro Sanchez.
"Nous n'avons pas varié d'un centimÚtre", a soutenu la vice-présidente du gouvernement Carmen Calvo, en assurant que la politique d'immigration de l'Espagne suivait deux principes: "le respect des droits de l'homme et la sécurité des frontiÚres".
"Je suppose qu'ils ont voulu faire un exemple et montrer qu'ils prennent des décisions, pour qu'on ne dise pas que c'est le paradis des entrées libres", analyse Gemma Pinyol, chercheuse spécialiste des migrations interrogée par l'AFP.
L'extrĂȘme droite europĂ©enne s'est emparĂ©e de cette expulsion collective.
"L'Espagne montre comment s'y prendre avec les immigrés illégaux !", a fanfaronné sur les réseaux sociaux Alice Weidel, dirigeante du parti antimigrants allemand AfD.
Et Matteo Salvini a lui savouré sa revanche sur Twitter : "Si c'est l'Espagne qui le fait, ça va, mais si c'est moi qui le propose, je suis raciste, fasciste et inhumain".
De quoi embarrasser Pedro Sanchez. "Il avait donné des signes d'une politique plus cohérente, plus ambitieuse, et cela le contredit à tel point que cela lui fait perdre sa crédibilité", a affirmé à l'AFP la politologue Cristina Monge.
Mal préparés
"Je crois qu'on s'est précipité en pensant que les choses changeraient radicalement" par rapport au précédent gouvernement de Mariano Rajoy, qui n'a pas tenu ses engagements en matiÚre d'accueil des migrants, pense de son cÎté Gemma Pinyol.
L'Ătat espagnol a d'ailleurs Ă©tĂ© condamnĂ© en juillet par la Cour suprĂȘme pour n'avoir accueilli que 13% des demandeurs d'asile que Rajoy avait promis de recevoir en 2015, en pleine crise migratoire.
Selon Gemma Pinyol, l'Espagne s'est surtout mal prĂ©parĂ©e pour recevoir les migrants. "Le systĂšme d'accueil aurait dĂ» ĂȘtre actualisĂ©. Les centres de Ceuta et Melilla sont toujours saturĂ©s", dit-elle.
Vendredi, le gouvernement a annoncé une subvention de 18,7 millions d'euros à la Croix Rouge pour l'aide aux migrants et un total de 6,4 millions pour l'accueil des mineurs étrangers isolés à Ceuta et Melilla.
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© 2018 AFP



