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L'Espagne est si jolie, pourquoi la casser : une autre voix catalane

  • PubliĂ© le 27 septembre 2015 Ă  19:26
Bureau de vote lors des élections régionale espagnoles à Barcelone en Catalogne, le 27 septembre 2015

Le "oui" a le vent en poupe, mais le "non" existe bien: en Catalogne (nord-est de l'Espagne), oĂč les Ă©lecteurs Ă©taient appelĂ©s dimanche Ă  se prononcer sur une feuille de route censĂ©e la mener vers l'indĂ©pendance, certains seraient prĂȘts Ă  partir si la rĂ©gion faisait sĂ©cession.


Santa Coloma de Gramenet, grande banlieue ouvriĂšre de 120.000 habitants vivant Ă  flanc de colline, en bordure de Barcelone, est un bastion du "non".
La moitié des habitants qui peuplent ces petits immeubles en brique rouge, construits dans les années 1960, ne sont pas catalans d'origine, qu'ils soient étrangers ou nés ailleurs en Espagne. Ils ont des liens avec le reste du pays, comme les trois-quarts des Catalans dont au moins un grand-parent est né en dehors de la région.
Conchi Santiago, 63 ans, et Cayetano Ruiz, 66 ans, sont de Porcuna, au coeur de l'Andalousie, d'oĂč viennent 700.000 habitants de la Catalogne. Le premier est arrivĂ© Ă  13 ans avec ses six frĂšres et soeurs et leurs parents, qui n'arrivaient plus Ă  nourrir la famille.
"On a pris le train l'aprÚs-midi et on est arrivés le lendemain soir, avec des valises en bois", se souvient Conchi. "On est venus ici, dans notre Santa Coloma, parce que maintenant, elle est à nous", ajoute ce retraité, sorti avec son épouse et leur petite-fille de sept mois, souriante sur les genoux de sa grand-mÚre.
"On a grandi ici. J'ai travaillĂ© avec des Catalans, je n'ai jamais eu le moindre problĂšme", poursuit-il. "Ce sont les politiques qui emmĂȘlent les choses. L'Espagne est trĂšs jolie et ils veulent la casser", dĂ©plore-t-il.
Un autre couple, croisé peu avant, est tout à fait d'accord avec eux. Pour moi, "c'est un non catégorique", explique Francisco Serrano, 70 ans, ancien ouvrier dans la construction. Une victoire du oui ? "Na bueno": "Cela n'apportera rien de bon", dit-il avec son accent andalou qui mange la fin des mots.
"Cela ira moins bien", contrairement à ce que dit le président catalan sortant, Artur Mas, figure de proue des indépendantistes. "Ce type est un menteur", lùche Francisco. "Ici, nous sommes tous des travailleurs pauvres et lui n'a rien amélioré", argumente-t-il, évoquant la politique d'austérité de M. Mas, un conservateur.
Si la Catalogne se dĂ©clare indĂ©pendante, "je rentre dans mon village, oĂč j'ai encore la maison de mes parents", jure Francisco.
- 'Petite' Catalogne -
Dans l'une des allées principales de Santa Coloma, les conversations électorales vont bon train.
Un homme attablé à une terrasse sous le doux soleil d'automne regarde son smartphone et informe du taux de participation, en hausse de 5% par rapport au dernier scrutin en 2012.
Quelle que soit leur opinion, les habitants rencontrés par l'AFP semblent mobilisés : ils ont presque tous voté. C'est le cas de David Ruiz, 39 ans et Victoria, 36, qui préfÚre ne pas donner son nom, en couple.
Lui est "espagnoliste", et l'affiche en portant le maillot rouge de la sélection espagnole de football. Elle est plutÎt indépendantiste. "C'est bien que chacun puisse voter ce qu'il veut", dit David, conciliant.
"Mais j'aurais aimé que cela soit plus organisé, qu'il y ait un référendum", explique-t-il, regrettant que le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy l'ait toujours refusé.
Selon les sondages, prÚs de la moitié des Catalans souhaitent éviter une séparation.
"Le gouvernement a eu recours Ă  la peur et, du coup, il y a des secteurs trĂšs vulnĂ©rables qui sont effrayĂ©s", estime Maria Gabriela Serra, une candidate de la CUP (Candidature d'unitĂ© populaire, extrĂȘme gauche, indĂ©pendantiste), rencontrĂ©e prĂšs de la mairie, dans un quartier plus indĂ©pendantiste.
A 17 ans, Maria Angeles Flores est trop jeune pour voter, mais ses idées sont claires : "On a beau avoir beaucoup d'argent, la Catalogne est petite (avec ses 7,5 millions d'habitants, ndlr). Si l'Union européenne s'est construite, c'est aussi parce que (les pays) étaient mieux ensemble", dit-elle. "Plus on est nombreux, mieux c'est", résume-t-elle.

- © 2015 AFP
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