44 ans aprÚs la fin du régime

L'Espagne exhume le dictateur Franco de son mausolée monumental

  • PubliĂ© le 24 octobre 2019 Ă  15:36
  • ActualisĂ© le 24 octobre 2019 Ă  15:56
Des membres de la famille du dictateur espagnol Francisco Franco transportent son cercueil hors du mausolée monumental du Valle de los Caidos prÚs de Madrid, le 24 octobre 2019

Le dictateur Francisco Franco, qui a dirigé l'Espagne d'une main de fer de 1939 jusqu'à sa mort en 1975, a été exhumé jeudi de son mausolée monumental prÚs de Madrid, 44 ans aprÚs la fin d'un régime dont les plaies ne sont toujours pas refermées.

Le cercueil contenant sa dépouille embaumée est sorti peu avant 11H00 GMT de l'imposante basilique creusée dans la roche du mausolée du "Valle de los Caidos", selon les images de la télévision nationale.

Il était porté par huit membres de sa famille dont son arriÚre petit-fils Louis de Bourbon, cousin éloigné du roi d'Espagne Felipe VI et considéré par les légitimistes comme le prétendant au trÎne de France.

Les descendants du vainqueur de la sanglante guerre civile (1936-1939) ont criĂ© "Vive l'Espagne" en plaçant dans le corbillard la dĂ©pouille qui va ĂȘtre transfĂ©rĂ©e par hĂ©licoptĂšre au cimetiĂšre de Mingorubbio dans le nord de Madrid, oĂč repose l'Ă©pouse du dictateur.

Environ 200 nostalgiques l'y attendaient malgré l'interdiction d'une manifestation par les autorités. "Franco ne mourra jamais", a déclaré à l'AFP Miguel Maria Martinez, retraité. "Il a sauvé l'Eglise et nous a tenu à l'abri du communisme", a affirmé pour sa part José Martinez.

Au cimetiÚre de Mingorubbio, un office religieux sera célébré par le fils d'Antonio Tejero, auteur en 1981 d'une tentative de coup d'Etat dans le Parlement espagnol.

Le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a fait du transfert de la dĂ©pouille du "Caudillo" une prioritĂ© dĂšs son arrivĂ©e au pouvoir en juin 2018, pour que ce mausolĂ©e, sans Ă©quivalent dans d'autres pays d'Europe occidentale ayant Ă©tĂ© dirigĂ©s par des dictateurs, ne puisse plus ĂȘtre un "lieu d'apologie" du franquisme.

Promise pour l'Ă©tĂ© 2018, l'opĂ©ration a Ă©tĂ© retardĂ©e de plus d'un an par les recours en justice successifs des descendants du dictateur, qui avait pris en 1936 la tĂȘte d'un soulĂšvement militaire contre le gouvernement rĂ©publicain Ă©lu et menĂ© une rĂ©pression sanglante aprĂšs sa victoire.

A moins de trois semaines des législatives du 10 novembre, les détracteurs de M. Sanchez à droite comme à gauche l'accusent d'en faire un argument électoral, alors qu'une semaine de manifestations violentes en Catalogne ont mis le socialiste en difficulté.

- Tombe toujours fleurie -

Ordonnée par Franco en 1940 pour célébrer sa "glorieuse Croisade" catholique contre les républicains "sans Dieu", la construction du "Valle de los Caidos" ("La vallée de ceux qui sont tombés") a duré prÚs de 20 ans et été réalisée par des milliers de prisonniers politiques.

Ce complexe monumental est surplombé d'une croix de 150 mÚtres de haut, visible à des dizaines des kilomÚtres à la ronde.

Au nom d'une prétendue "réconciliation nationale", le "Caudillo" y avait fait transférer les corps de plus de 30.000 victimes de la guerre civile, des franquistes mais aussi des républicains, sortis de cimetiÚres et de fosses communes sans que leurs familles en aient été informées.

Depuis sa mort en 1975, sa tombe, située au pied de l'autel de la basilique, y était toujours fleurie.

- Vote du parlement en 2017 -

Le gouvernement de Pedro Sanchez agit sur la base d'un vote en 2017 du Parlement espagnol demandant l'exhumation de Franco, resté lettre morte en raison de l'opposition du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy (Parti populaire).

Depuis l'adoption en 2007 sous l'impulsion du socialiste Jose Luis Zapatero d'une "Loi de mĂ©moire historique", la droite ne cesse d'accuser la gauche de vouloir rouvrir les blessures du passĂ© qui sont loin d'ĂȘtre refermĂ©es.

M. Rajoy, au pouvoir de 2011 à 2018, se vantait publiquement de ne pas avoir dépensé un euro pour appliquer cette loi visant à faire retirer les vestiges de la dictature, à identifier les dizaines de milliers de corps jetés dans des fosses communes et à réhabiliter la mémoire des républicains vaincus et condamnés sous le franquisme.

L'exhumation de Franco, qualifiĂ©e de "profanation" par l'extrĂȘme droite de Vox, a soulignĂ© ces divisions. "Que se passera-t-il ensuite ? (...) Les paroisses du quartier brĂ»leront-elles comme en 1936 (au dĂ©but de la guerre civile)?", s'est exclamĂ©e dĂ©but octobre la prĂ©sidente de droite de la rĂ©gion de Madrid, Isabel Diaz Ayuso.

"Aujourd'hui est un jour lors duquel la démocratie espagnole va devenir une démocratie plus parfaite", s'est félicité jeudi M. Zapatero.

AFP

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