Le chef du gouvernement espagnol a convoqué d'urgence mercredi les patrons des principaux partis aprÚs les scÚnes de guérilla urbaine qui ont marqué une rupture dans la contestation en Catalogne à la suite de la condamnation des dirigeants indépendantistes.
Au troisiÚme jour des manifestations contre les lourdes peines de prison infligées à neuf séparatistes pour leur rÎle dans la tentative de sécession de 2017, la mobilisation se poursuivait mercredi avec des marches devant converger vendredi à Barcelone, jour de "grÚve générale" et de manifestation massive. Des routes et des voies ferrées étaient toujours coupées.
Barricades en flammes, policiers chargeant, manifestants casqués ou masqués: les images des violences vécues dans la nuit dans un quartier central et chic de Barcelone s'étalent à la Une des principaux quotidiens qui titrent "Bataille rangée".
Des centaines de militants ont affronté les forces de l'ordre aprÚs une manifestation ayant réuni 40.000 personnes dans la grande métropole catalane, dénonçant la police catalane et réclamant la démission du ministre de l'Intérieur régional. Des troubles ont aussi eu lieu à Gérone, Tarragone ou Lérida.
Lundi dĂ©jĂ , des heurts violents avaient eu lieu lors du blocage de l'aĂ©roport de Barcelone par plus de 10.000 manifestants, juste aprĂšs que la Cour SuprĂȘme avait condamnĂ© neuf indĂ©pendantistes, dont l'ancien numĂ©ro deux du gouvernement rĂ©gional Oriol Junqueras, Ă des peines allant de neuf Ă 13 ans de prison.
- 125 blessés -
AprÚs avoir dénoncé dans la nuit la "violence généralisée", le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a annoncé des consultations mercredi avec les patrons de la droite, du centre libéral et de la gauche radicale sur la réponse à donner. "Une minorité veut imposer la violence en Catalogne et rompre la coexistence", a répété le gouvernement, affichant sa fermeté.
Selon le ministĂšre de l'IntĂ©rieur, 51 personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es aprĂšs ces violences dont 29 dans la province de Barcelone. Entre forces de l'ordre et manifestants, 125 personnes ont Ă©tĂ© blessĂ©es, selon les services d'urgence.
Dans le centre de Barcelone, les stigmates des violences de la nuit étaient encore visibles mercredi matin, certaines rues étant toujours coupées. Ailleurs en Catalogne, des milliers de personnes ont entamé des "marches de la liberté" devant arriver vendredi à Barcelone.
"C'est une grande dĂ©monstration de force. Nous ne devons pas nous arrĂȘter", a dit Ă l'AFP Jordi Soler, Ă©tudiant de 25 ans, parti de GĂ©rone sac sur le dos. Cette manifestation "est trĂšs pacifique et c'est bien (...) mĂȘme si des fois, il faut ĂȘtre plus dur", a-t-il ajoutĂ© en rĂ©fĂ©rence aux violences de la veille.
- "Non retour" -
NĂ©es de la frustration d'une partie du mouvement indĂ©pendantiste, deux ans aprĂšs l'Ă©chec de la tentative de sĂ©cession, ces batailles de rue marquent un tournant. Le mouvement sĂ©paratiste se targue jusqu'ici d'ĂȘtre non-violent.
Sur la façade d'une boutique de montres de luxe de Barcelone, un graffiti "Torra, traßtre", en référence au président catalan Quim Torra, montrait la rupture entre les militants les plus radicaux et le gouvernement régional séparatiste.
"Nous avons pris un chemin sans retour", ont indiqué dans un communiqué les Comités de Défense de la République (CDR), adeptes des actions coup de poing. "Ne tombons pas dans le piÚge de ceux qui veulent nous démobiliser", ont-ils ajouté en appelant le gouvernement régional séparatiste à "faire un pas en avant en rompant avec l'Etat espagnol".
La droite, qui accuse sans cesse Pedro Sanchez de ne pas ĂȘtre assez ferme avec les indĂ©pendantistes catalans dont les dĂ©putĂ©s avaient contribuĂ© Ă le porter au pouvoir en juin 2018, a rĂ©clamĂ© un tour de vis. "Sanchez doit activer la loi de sĂ©curitĂ© nationale. (...) Il est urgent de garantir la sĂ©curitĂ© et l'ordre public", a dit le chef du Parti Populaire, Pablo Casado.
Le gouvernement catalan a appelé au calme pour éviter la réaction de Madrid. "Ne leur offrons pas ce qu'ils veulent", a dit son numéro deux Pere Aragones en appelant les militants à se tenir à l'écart des violences.
 AFP


