Ils ne regardent pas à la dépense et adorent l'Europe, en premier lieu la France: plus de 12 millions de Chinois ont visité l'an passé le Vieux continent, qui entend apprendre à cajoler cette clientÚle.
L'année du tourisme Union européenne-Chine a été lancée vendredi à Venise, en Italie. Un lieu qui n'a pas été choisi au hasard, puisque la cité des doges est un des symboles de la route de la soie et la ville natale de Marco Polo. La Chine est le premier pays sur la planÚte en ce qui concerne le tourisme à l'étranger, avec 129 millions de voyageurs, soit un cinquiÚme du total mondial, et 261 milliards de dollars dépensés, contre 123 milliards pour les Etats-Unis. Et l'Europe espÚre bien continuer à profiter de cette manne.
En 2017, 12,4 millions de Chinois ont voyagĂ© en Europe (+17,5% sur un an), selon l'ETC (European Travel Commission), et ils devraient ĂȘtre 20,8 millions dans cinq ans, estime l'AcadĂ©mie chinoise du tourisme (CTA). S'ils voyagent encore Ă 70% en groupe, la maniĂšre des Chinois de faire du tourisme Ă©volue.
- Ciels bleus -
"Il y a quelques annĂ©es, les Chinois venaient en Europe uniquement pour faire du shopping. Maintenant, ils veulent davantage connaĂźtre la culture, la nature...", explique Ă l'AFP le prĂ©sident de la CTA, le professeur Dai Bin.Festivals, cours de cuisine... "Ils veulent vivre des expĂ©riences personnelles et aller dans des endroits oĂč ils ne voient pas de Chinois", confirme le directeur exĂ©cutif de l'ETC, Eduardo Santander.
"Ils aiment la gastronomie, la musique, les ciels bleus... La majeure partie vient de la cĂŽte est, qui est extrĂȘmement polluĂ©e: quand ils viennent en Europe, pour certains, c'est la premiĂšre fois qu'ils voient un ciel bleu" et ils sont surpris de pouvoir "respirer sans tousser", raconte-t-il. Mais pour bien accueillir cette clientĂšle, il est important de comprendre ses besoins.
"Le cÎté merveilleux des Chinois c'est que leurs désirs sont simples", note Jacopo Sertoli, président de Welcome Chinese, un organisme qui certifie les entreprises du secteur du tourisme répondant aux besoins des Chinois. "On peut par exemple rendre un Chinois trÚs heureux en lui proposant un verre d'eau chaude", température à laquelle l'eau est souvent bue en Chine, explique-t-il. Autre petit plaisir: "du congee au petit-déjeuner, un riz un peu cuit laissé dans l'eau chaude".
Mettre à disposition quelques chaßnes de télévision chinoises sera aussi apprécié, tout comme le wifi pour ces accros au portable.
Et il est essentiel d'offrir des "moyens de paiement" accessibles aux Chinois, comme UnionPay (le seul émetteur de carte de crédit en Chine), WeChatPay ou Alipay, souligne M. Sertoli.
- Leçons d'éducation -
Mais pas de voyage sans vols ni visas.
"Nous espérons que l'Europe rendra les choses plus faciles pour les Chinois pour obtenir un visa. Dans certains pays, comme en Europe de l'Est, il est aisé de l'obtenir, mais dans d'autres, trÚs difficile. Or les Chinois qui viennent en Europe ne veulent pas seulement visiter un pays, ils veulent aller dans plein de pays différents", note Dai Bin.
La Chine sera elle-mĂȘme "plus souple dans l'attribution de visas, et les EuropĂ©ens pourront rester Ă PĂ©kin et Shanghai 144 heures (donc 6 jours) sans visa", promet-il. D'aprĂšs l'ETC, la France figure en premiĂšre place dans les destinations europĂ©ennes oĂč les Chinois veulent se rendre (61%), suivie de l'Allemagne (37%) et de l'Italie (28%).
Mais les itinéraires des touristes chinois ont évolué ces derniÚres années avec un boom de l'Europe de l'Est, tant en raison des visas, du développement de vols à bon prix que des attaques ayant frappé la France ou l'Allemagne. En 2016, les arrivées de Chinois ont ainsi augmenté de 173% en Serbie et de prÚs de 90% au Monténégro.
Mais si "les Chinois sont trÚs sensibles à la question de la sécurité, ils oublient beaucoup plus vite que d'autres", note M. Santander.
Appréciés pour leur facilité à dépenser --poussée en partie par la culture du cadeau--, les visiteurs chinois n'ont en revanche pas toujours été réputés pour leur savoir-vivre. Une question prise au sérieux par la Chine qui met l'accent sur "l'éducation" des voyageurs, note Dai Bin: "Certaines agences touristiques donnent des leçons aux visiteurs partant en Europe".
 AFP


