Condamné à 15 mois de prison ferme

L'ex président sud-africain Jacob Zuma se constitue prisonnier

  • PubliĂ© le 8 juillet 2021 Ă  03:25
  • ActualisĂ© le 8 juillet 2021 Ă  05:00
L'ex-président sud-africain Jacob Zuma à son domicile à Nkandla (Afrique du Sud) le 4 juillet 2021

L'incertitude a planĂ© jusqu'Ă  la derniĂšre minute: l'ex-prĂ©sident sud-africain Jacob Zuma, condamnĂ© Ă  15 mois de prison ferme pour outrage et qui devait ĂȘtre arrĂȘtĂ© mercredi avant minuit, s'est finalement constituĂ© prisonnier juste avant.

Une courte demi-heure avant la fin de l'ultimatum, un convoi d'une dizaine de voitures a quittĂ© Ă  vive allure la rĂ©sidence de M. Zuma Ă  Nkandla, en pays zoulou (Est), selon l'AFP sur place. Il n'a Ă©tĂ© ni vu, ni entendu mais jusque tard dans la soirĂ©e, bien aprĂšs le couvre-feu fixĂ© Ă  21 heures dans le pays, des dizaines de partisans ont chantĂ© et dansĂ©, certains hommes portant des bandeaux traditionnels en peau de bĂȘte.

C'est finalement par un tweet que la nouvelle est tombée: "Le président Zuma a décidé de se conformer à l'ordre d'incarcération. Il est en route vers un établissement correctionnel" dans la province du Kwazulu-Natal, a déclaré la fondation qui le représente. Le ministÚre de la Police a confirmé aussi sur Twitter, "l'ancien président d'Afrique du Sud, M. Jacob Zuma, a été placé en détention".

M. Zuma a Ă©tĂ© condamnĂ© la semaine derniĂšre par la plus haute juridiction du pays. Il avait jusqu'Ă  dimanche soir pour se rendre, sinon la police avait ordre de l'arrĂȘter d'ici mercredi minuit (22H00 GMT). L'ancien prĂ©sident, familier des tribunaux, a obtenu que la Cour constitutionnelle rĂ©examine sa sentence lors d'une nouvelle audience prĂ©vue le 12 juillet. Il avait aussi rĂ©clamĂ© que son arrestation soit suspendue d'ici lĂ , mais la dĂ©cision doit ĂȘtre rendue vendredi par le tribunal de Pietermaritzburg (Est).

- Semaine d'incertitude -

Ces recours en justice ont fait planer l'incertitude sur son arrestation. S'adressant dans la soirĂ©e aux fidĂšles du leader charismatique rĂ©unis Ă  Nkandla, son fils Edward Zuma a affirmĂ© que pour entrer dans la propriĂ©tĂ© il faudrait lui "passer sur le corps", ajoutant que son pĂšre Ă©tait "au meilleur de sa forme". La police elle-mĂȘme avait laissĂ© entendre ces derniers jours qu'elle risquait de renoncer Ă  arrĂȘter M. Zuma. Dans un courrier adressĂ© lundi Ă  la Cour constitutionnelle, elle avait annoncĂ© qu'elle n'interviendrait pas avant l'aboutissement des recours judiciaires.

Mais dans une volte-face mercredi matin, le ministre de la Police Bheki Cele a affirmĂ© n'ĂȘtre "pas prĂȘt Ă  affronter des accusations d'outrage Ă  la justice" pour ne pas avoir exĂ©cutĂ© l'ordre. Mettant en cause l'impartialitĂ© des juges, Jacob Zuma a invoquĂ© pour la rĂ©vision de sa condamnation un Ă©tat de santĂ© "instable", arguant qu'une incarcĂ©ration le condamnerait Ă  "une peine de mort" dans le contexte de la pandĂ©mie.

Il avait aussi prĂ©venu, devant ses soutiens samedi, qu'il fallait s'attendre Ă  des violences si la police "osait" l'arrĂȘter. Et le lendemain, il avait lancĂ© en riant: "Pas besoin que j'aille en prison aujourd'hui". M. Zuma est accusĂ© d'avoir pillĂ© les ressources publiques pendant ses neuf annĂ©es au pouvoir (2009-2018). Depuis la crĂ©ation en 2018 d'une commission d'enquĂȘte sur la corruption d'Etat, M. Zuma, mis en cause par une quarantaine de tĂ©moignages, multiplie les manƓuvres pour Ă©viter de tĂ©moigner, ce qui a lui a valu cette condamnation Ă  la prison ferme.

Le CongrĂšs national (ANC) au pouvoir, oĂč l'ancien chef de l'Etat compte encore de fidĂšles soutiens et minĂ© par une guerre de factions, avait dĂ©clarĂ© qu'il ne ferait pas d'"ingĂ©rence politique".

EngluĂ© dans les scandales, Jacob Zuma avait Ă©tĂ© poussĂ© Ă  la dĂ©mission en 2018. Son successeur Cyril Ramaphosa a fait de la lutte contre la corruption un cheval de bataille mais doit lui aussi ĂȘtre entendu par la commission anticorruption.

AFP

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