[VIDEO] Ces mutilations génitales sont pratiquées depuis des générations

L'excision, cauchemar des fillettes en Indonésie

  • PubliĂ© le 3 avril 2017 Ă  00:55
Une fillette indonésienne préparée pour l'excision à Gotontalo, en Indonésie, le 20 février 2017

La petite Salsa Djafar porte une couronne en or, un ruban et une robe pourpre pour une fĂȘte de famille particuliĂšre : la cĂ©lĂ©bration de son excision, dans une rĂ©gion isolĂ©e d'IndonĂ©sie. Mais pour cette fillette d'un an et demi, comme pour d'autres, c'est un cauchemar.

Dans une modeste maison dans la province de Gorontalo (centre), une guĂ©risseuse recouvre le bĂ©bĂ© d'un drap blanc puis passe sa tĂȘte en dessous, un petit couteau Ă  la main. Soudain, elle coupe le capuchon qui recouvre le clitoris de la fillette, ainsi que les petites lĂšvres, faisant aussitĂŽt hurler l'enfant.

La guĂ©risseuse prend ensuite les petits morceaux coupĂ©s et les plante dans un citron avec son couteau. Ce geste marque la fin d'un rite censĂ© dĂ©barrasser la petite Salsa des pĂ©chĂ©s et signaler qu'elle est officiellement musulmane. "C'est dur de la voir crier comme ça, mais c'est la tradition", dit Ă  l'AFP le pĂšre du bĂ©bĂ©, Arjun Djafar, un ouvrier de 23 ans, lors de cette cĂ©rĂ©monie sur fond de musique locale, un rituel qui se fĂȘte en famille.

Les mutilations génitales féminines (MGF) - expression médicale qui désigne l'ablation partielle ou totale des organes génitaux externes d'une femme - sont pratiquées depuis des générations en Indonésie, pays musulman le plus peuplé au monde. Pour de nombreuses familles, c'est un rite obligatoire. Mais les méthodes ancestrales sont dénoncées avec force par les opposants, qui exigent leur interdiction.

 

 

Le gouvernement indonĂ©sien a souvent changĂ© d'avis sur les mĂ©thodes d'excision Ă  adopter ou non, crĂ©ant de la confusion. Un temps, il a essayĂ© d'interdire l'excision, condamnĂ©e par les Nations Unies, mais la forte rĂ©sistance opposĂ©e par les autoritĂ©s religieuses de cet archipel d'Asie du Sud-Est oĂč l'islam joue un rĂŽle important rendent un tel bannissement impossible. Il essaie dĂ©sormais plutĂŽt de convaincre de cesser cette pratique, considĂ©rĂ©e au niveau international comme une violation des droits fondamentaux des filles.

 

- Opposition croissante -

Nulle part ailleurs dans le pays l'excision n'est aussi populaire qu'Ă  Gorontalo, rĂ©gion trĂšs conservatrice. La province affiche le taux le plus Ă©levĂ© d'ablations d'organes gĂ©nitaux. A Gorontalo, plus de 80% des filles ĂągĂ©es de moins de 11 ans ont subi des mutations gĂ©nitales, contre 50% environ Ă  l'Ă©chelle de ce pays de 255 millions d'habitants, selon une enquĂȘte gouvernementale.

MalgrĂ© les souffrances causĂ©es par ces ablations et l'opposition croissante dans le pays, les habitants de la province, peuplĂ©e pour l'essentiel de paysans pauvres, considĂšrent l'excision comme une obligation. Pour la guĂ©risseuse traditionnelle Khadijah Ibrahim, qui a pris la succession Ă  Gorontalo de sa mĂšre dĂ©cĂ©dĂ©e il y a quelques annĂ©es, les filles qui ne sont pas excisĂ©es risquent d'ĂȘtre atteintes de "problĂšmes mentaux et handicaps".

Des dirigeants locaux estiment, eux, que cette pratique évite plus tard aux filles de céder aux moeurs légÚres. Et les habitants sont nombreux à penser que les musulmanes n'ayant pas subi de mutations génitales ne seront pas acceptées par Dieu. L'excision n'est pas seulement une pratique courante dans les régions isolées de l'archipel, elle l'est aussi à Jakarta. Mais dans la capitale indonésienne, la procédure se limite à un geste symbolique: une personne pique une aiguille dans le clitoris de la fillette, évitant ainsi les douleurs liées à une ablation.

- 'Procédures néfastes' -

Les Nations Unies ont déjà adopté deux résolutions encourageant à renoncer à ces pratiques d'un autre ùge. L'ONU considÚre les MGF comme des "procédures néfastes aux parties génitales féminines sans raison médicale". Non seulement elles n'ont aucun avantage pour la santé, mais peuvent au contraire créer beaucoup de problÚmes comme l'infertilité et un risque accru de complications à la naissance d'un enfant, souligne l'ONU.

En IndonĂ©sie, les dĂ©bats autour de l'excision ont pris de l'ampleur ces derniĂšres annĂ©es. MĂȘme certaines organisations musulmanes sont dĂ©sormais contre, telle Muhammadiayh, la deuxiĂšme du pays, qui dissuade ses partisans de recourir Ă  cette pratique. Un avis partagĂ© par Khorirah Ali, une membre de la commission nationale contre la violence faite aux femmes: "Je pense que dans ma religion il n'y a aucun verset qui autorise l'excision fĂ©minine, ce n'est pas dans le Coran", a-t-elle dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP

Mais la plus importante organisation musulmane indonésienne, Nahdlatul Ulama, et le Conseil des oulémas, la plus haute instance religieuse du pays, restent eux favorables à l'excision. Malgré les oppositions, la fin de l'excision a peu de chance d'arriver en Indonésie, dit à l'AFP Jurnalis Uddin, expert en mutations génitales féminines. "Vouloir se débarrasser totalement de cette pratique, c'est comme nager contre le courant".
 

AFP

guest
2 Commentaires
Une affaire secrĂšte
Une affaire secrĂšte
9 ans

Pas seulement en Indonésie... Il y a des femmes excisées... à La Réunion. Petites filles, elles ont subi cette horrible mutilation ailleurs qu'à La Réunion. Et cette tradition, voulue par des hommes, des religieux, est perpétuée par des femmes ! Heureusement et de plus en plus, soutenues par des hommes, certaines osent se rebeller et se mobilisent.

Toto
Toto
9 ans

Mutilation et non pas mutation il me semble (Vous avez tout à fait raison. L'erreur a été réparée grùce à votre remarque. Merci et bonne journée à vous - webmaster ipreunion.com)