"La pire destination possible... Juan Carlos aggrave la crise": le choix de l'ancien roi d'Espagne de s'installer aux Emirats arabes unis pour s'Ă©loigner d'un scandale de corruption directement liĂ© aux pays du Golfe n'a fait qu'attiser la tempĂȘte qui souffle sur la monarchie.
MĂȘme le quotidien ABC, le plus royaliste du pays, a dĂ©plorĂ© mardi le coup portĂ© Ă l'image de l'ex-souverain de 82 ans par l'annonce, faite lundi, de sa prĂ©sence Ă Abou Dhabi depuis le 3 aoĂ»t, quand son exil a Ă©tĂ© annoncĂ© et prĂ©sentĂ© comme une façon de laisser son fils Felipe VI exercer ses fonctions sereinement.
"C'est un bon choix pour lui, mais un trÚs mauvais choix pour la Maison royale et pour l'image de la Couronne", a déclaré mardi à l'AFP le journaliste Alberto Lardies, auteur d'un livre sur la monarchie.
"On parle non seulement de pays oĂč les droits de l'Homme ne sont pas respectĂ©s (...), mais aussi de l'endroit oĂč il est soupçonnĂ© d'avoir jouĂ© un rĂŽle d'intermĂ©diaire pour le versement de commissions, tout en se goinfrant lui-mĂȘme au passage", explique-t-il.
Le silence de la classe politique espagnole, oĂč les principaux partis serrent les rangs avec la Maison royale, contraste avec la polĂ©mique mĂ©diatique.
"Le pÚre du roi a commis une grave erreur (...) qui laisse transparaßtre un défi à l'opinion publique espagnole, à son propre fils le roi et, ce qui n'est pas moindre, au gouvernement", écrit mardi dans le journal en ligne El Confidencial José Antonio Zarzalejos, bon connaisseur de la monarchie.
"De tous les endroits possibles pour s'exiler, Juan Carlos 1er a choisi le pire (...) Il y sera certainement l'objet de toutes les attentions mais il risque d'y perdre tout dévouement", ajoute dans un éditorial le directeur adjoint d'ABC, Agustin Pery.
Longtemps trÚs apprécié en Espagne pour son rÎle dans la transition pacifique vers la démocratie aprÚs la mort du dictateur Francisco Franco en 1975, le "roi émérite", a vu sa réputation se ternir à vitesse grand V ces derniÚres années.
La révélation d'un safari au Botswana avec sa maßtresse Corinna Larsen alors que l'Espagne était en plein marasme économique, puis le scandale de corruption autour de son gendre Iñaki Urdangarin, aujourd'hui emprisonné, l'avaient déjà poussé à abdiquer en juin 2014 en faveur de son fils Felipe VI.
- 'Retour sur la scĂšne du crime' -
Mais ce sont les soupçons autour de la fortune cachĂ©e que lui attribue cette mĂȘme ancienne maĂźtresse, objet d'enquĂȘtes en Suisse et en Espagne, qui ont fait dĂ©border le vase. Au centre du scandale, un virement de 100 millions de dollars que, selon le journal La Tribune de GenĂšve, Juan Carlos aurait reçu en 2008 sur un compte suisse, de la part de l'Arabie saoudite.
Les procureurs de la Cour suprĂȘme espagnole cherchent eux Ă savoir si la conclusion en 2011 d'un contrat pour la construction d'un train Ă grande vitesse en Arabie saoudite a donnĂ© lieu Ă des commissions illĂ©gales et si Juan Carlos en a bĂ©nĂ©ficiĂ©.
"Comme on dit dans les romans policiers, c'est un retour sur la scÚne du 'crime'", écrit José Antonio Zarzalejos. Juan Carlos "est pris dans une spirale qui détruit ce qui lui restait de réputation".
Pour Alberto Lardies, l'opération laisse "dans une situation trÚs difficile" Felipe VI, qui a donné son aval au départ de son pÚre. "Il aurait dû l'abandonner à son sort. Mais il a participé à la décision, il s'est mouillé dans une affaire dont il aurait dû se tenir à distance", estime le journaliste.
Les Emirats arabes unis ont un traitĂ© d'extradition avec l'Espagne. Son utilisation ne devrait pas ĂȘtre nĂ©cessaire puisque Juan Carlos a fait savoir en partant qu'il restait Ă la disposition de la justice.
Ami du défunt roi Fahd d'Arabie saoudite, qui lui avait offert son premier yacht, Juan Carlos est également proche de son frÚre le roi Salmane.
Parmi ses fréquents voyages dans la région, l'un des derniers, en 2018, avait suscité la polémique car l'ex-roi s'était laissé photographier avec le prince héritier Mohammed ben Salman, quelques semaines aprÚs l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi que le prince aurait commandité.
AFP

