Radio France

L'heure du verdict pour Mathieu Gallet

  • PubliĂ© le 31 janvier 2018 Ă  09:51
  • ActualisĂ© le 31 janvier 2018 Ă  10:14
Le PDG de Radio France Mathieu Gallet à son arrivée au tribunal de Créteil le 16 novembre 2017

L'heure du verdict a sonné pour Mathieu Gallet : le CSA va décider ce mercredi de maintenir ou de révoquer le patron de Radio France, condamné pour favoritisme à l'INA et poussé vers la sortie par le gouvernement.


Le plus grand suspense rÚgne avant l'annonce de cette décision sans précédent pour le Conseil supérieur de l'audiovisuel. Ses sept membres, aprÚs avoir longuement auditionné lundi le PDG de Radio France, doivent se retrouver à partir de 9H00 au siÚge parisien de l'autorité de régulation. Leur délibération pourrait durer plusieurs heures.
La question à laquelle doivent répondre les "sages": Mathieu Gallet est-il en capacité de continuer à diriger pleinement Radio France, premier groupe français de radio, aprÚs sa condamnation le 15 janvier à un an de prison avec sursis et 20.000 euros d'amende pour avoir favorisé deux sociétés de conseil lorsqu'il présidait l'Institut national de l'audiovisuel (2010-2014) ?
Si le gouvernement, par la voix de la ministre de la Culture Françoise Nyssen, a jugĂ© son maintien Ă  la prĂ©sidence de Radio France "inacceptable", au nom d'un devoir d'exemplaritĂ© des dirigeants d'entreprises publiques, l'intĂ©ressĂ© a refusĂ© de dĂ©missionner -- avant mĂȘme sa condamnation -- et a fait appel du jugement.
C'est donc au CSA, qui détient actuellement le pouvoir de nommer et révoquer les patrons de l'audiovisuel public, qu'il revient maintenant de statuer sur son sort à Radio France. Et ce en vertu d'une procédure totalement inédite lancée la semaine derniÚre par l'autorité de régulation.

- Choix cornélien -

Mathieu Gallet a déjà été confronté à des épreuves au début de son mandat à Radio France, notamment une polémique sur le coût de rénovation de son bureau et sur ses dépenses en communication, ainsi qu'une grÚve historique d'un mois contre des suppressions de poste. Mais il peut se prévaloir d'un bilan solide, avec des finances qui devraient revenir à l'équilibre cette année et des audiences record, comme il a eu l'occasion de l'expliquer lors de sa longue audition lundi au siÚge du CSA.
Le CSA ne dispose d'aucune jurisprudence pour guider sa décision, et devra donc porter une "appréciation d'ensemble", a expliqué la semaine derniÚre son président Olivier Schrameck. "Ma responsabilité, c'est l'indépendance du CSA", avait-il également lancé, sans dévoiler pour autant ses intentions concernant Mathieu Gallet.
Un choix cornĂ©lien, alors mĂȘme que l'exĂ©cutif prĂ©pare une rĂ©forme en profondeur de l'audiovisuel public. En Ă©cartant Mathieu Gallet, le CSA courrait le risque de paraĂźtre cĂ©der Ă  une injonction du gouvernement, et s'exposerait Ă  un probable recours judiciaire de l'intĂ©ressĂ© devant le Conseil d'Etat. A l'inverse, en le maintenant Ă  son poste, il pourrait se voir reprocher de chercher Ă  dĂ©fendre Ă  tout prix son indĂ©pendance.
C'est le CSA lui-mĂȘme qui avait nommĂ© Mathieu Gallet Ă  la tĂȘte de Radio France en 2014, Ă  la surprise gĂ©nĂ©rale, faisant du fringuant dirigeant de l'INA (qui vient d'avoir 41 ans) le plus jeune patron de la radio publique.
En cas de dĂ©part du dirigeant, c'est le doyen des administrateurs de Radio France nommĂ©s par le CSA qui assurera l'intĂ©rim Ă  la tĂȘte du groupe public, comme le prĂ©voient les statuts du groupe, avant que le Conseil supĂ©rieur de l'audiovisuel ne dĂ©signe officiellement un successeur, un processus qui prendrait plusieurs mois.
C'est la premiÚre et la derniÚre fois, a priori, que le CSA pourrait exercer son pouvoir de révocation des dirigeants de l'audiovisuel public, puisque le gouvernement veut donner aux conseils d'administration des groupes concernés le droit de nommer et démettre leurs présidents. La mesure devrait figurer dans un projet de loi qui sera présenté d'ici la fin de l'année.

Par Anuj CHOPRA - © 2018 AFP

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