Affrontements

Liban: six morts dans une manifestation contre l'enquĂȘte sur l'explosion au port de Beyrouth

  • PubliĂ© le 14 octobre 2021 Ă  15:28
  • ActualisĂ© le 14 octobre 2021 Ă  17:18
Des blessés sont évacués aprÚs des heurts mortels lors d'une manifestation à Beyrouth, au Liban, le 14 octobre 2021

Une manifestation organisĂ©e par le Hezbollah et ses alliĂ©s contre le juge chargĂ© de l'enquĂȘte sur l'explosion au port de Beyrouth a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© jeudi, faisant six morts et 30 blessĂ©s transformant des quartiers de la capitale libanaise en zone de guerre.

Des tirs nourris et des explosions rĂ©sonnaient non loin du Palais de justice, devant lequel s'Ă©taient massĂ©s des centaines de manifestants vĂȘtus de noir, alors que des correspondants de l'AFP ont vu des hommes portant des armes lĂ©gĂšres ou moyennes.

Des ambulances, sirÚnes hurlantes, affluaient pour évacuer les victimes dans les rues désertées, les habitants s'étant réfugiés dans leurs appartements et revivant des scÚnes de guerre qu'ils pensaient oubliées.

Sur les réseaux sociaux, des images montraient des écoliers d'un établissement du secteur se cachant sous leurs bureaux ou rassemblés par terre devant les salles de classe.

"Je me suis cachée avec mon cousin et ma tante dans un espace de deux mÚtres carrés entre les chambres, parce que nous avons peur des balles perdues", a déclaré à l'AFP Bissan al Fakih, une habitante du secteur. "Nous ne savons pas s'il y a un moyen de sortir" du quartier.

Les chars de l'armée se sont déployés dans le quartier, en bouclant les accÚs, et la troupe a prévenu qu'elle tirerait à bout portant sur toute personne qui ouvrirait le feu.

Le Hezbollah et le mouvement Amal avaient appelé à la manifestation pour exiger le remplacement du juge Tareq Bitar, qui est déterminé à interroger de hauts responsables dont deux ex-ministres d'Amal.

Dans un communiqué commun, les deux mouvements chiites ont accusé des "francs-tireurs postés sur les toits des immeubles" du secteur d'avoir tiré sur les manifestants. La séquence des événements qui a mené à l'embrasement reste cependant confuse.

Le ministre de l'IntĂ©rieur Bassam Mawlawi a fait Ă©tat de six morts. Parmi les victimes figurent un homme tuĂ© par une balle Ă  la tĂȘte, un deuxiĂšme atteint Ă  la poitrine et une femme de 24 ans a Ă©tĂ© tuĂ©e par une balle perdue alors qu'elle se trouvait chez elle, selon des sources mĂ©dicales.

Selon la Croix-Rouge libanaise, 30 personnes ont Ă©tĂ© blessĂ©es. Le ministre a lancĂ© un appel Ă  "prĂ©server la paix civile", soulignant que "des francs-tireurs" Ă©taient Ă  l'origine des tirs puisque des victimes ont Ă©tĂ© atteintes Ă  la tĂȘte selon lui.

Le Premier ministre Nagib Mikati a appelé au retour au calme et mis en garde contre les tentatives d'entraßner le Liban dans un cycle de violence.

- Destabilisation du pays -

"Le fait que le Hezbollah descende dans la rue et jette tout son poids dans cette bataille (..) pourrait mener à d'importants affrontements et à la déstabilisation du pays tout entier", a déclaré à l'AFP l'analyste politique Karim Bitar.

La manifestation s'est dĂ©roulĂ©e Ă  l'endroit mĂȘme oĂč se regroupent rĂ©guliĂšrement les proches des victimes de l'explosion pour demander que l'enquĂȘte aboutisse.

Les manifestants ont brûlé des portraits du juge Bitar mais également de l'ambassadrice américaine au Liban Dorothy Shea, dans une allusion à la collusion selon eux entre le magistrats et les Occidentaux.

Les violences sont intervenues alors que la numĂ©ro trois du DĂ©partement d'Etat amĂ©ricain, Victoria Nuland, Ă©tait en visite au Liban. La manifestation s'est produite juste aprĂšs que la Cour de cassation a rejetĂ© des plaintes d'anciens ministres Ă  l’encontre de M. Bitar, lui permettant de reprendre ses investigations.

Mardi, M. Bitar avait Ă©mis un mandat d'arrĂȘt contre le dĂ©putĂ© et ex-ministre des Finances Ali Hassan Khalil, membre du mouvement chiite Amal, alliĂ© du Hezbollah.

Mais il a Ă©tĂ© aussitĂŽt contraint de suspendre son enquĂȘte aprĂšs de nouvelles plaintes dĂ©posĂ©es par M. Khalil et un autre dĂ©putĂ© et ex-ministre d'Amal, Ghazi Zaayter, qu'il souhaitait interroger.

L'affaire a failli faire imploser mardi une réunion houleuse du gouvernement de Nagib Mikati, formé en septembre aprÚs un blocage politique de prÚs d'un an, les ministres relevant du Hezbollah et d'Amal ayant demandé que le juge soit remplacé, ce à quoi ce sont opposés d'autres membres du cabinet.

L'explosion survenue le 4 août 2020 et causée par le stockage sans mesures de précaution d'énormes quantités de nitrate d'ammonium a fait au moins 214 morts, plus de 6.500 blessés et dévasté plusieurs quartiers de la capitale.

PointĂ©es du doigt pour nĂ©gligence criminelle, les autoritĂ©s refusent toute investigation internationale et sont accusĂ©es par les familles des victimes et des ONG de torpiller l'enquĂȘte locale.

AFP

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