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Liberia: plus d'Ebola dans le dernier pays d'Afrique de l'Ouest encore touché

  • PubliĂ© le 9 juin 2016 Ă  09:50
Une femme patiente pour une consultation dans un dispensaire de Monrovia le 29 avril 2016

La derniĂšre rĂ©surgence d'Ebola au Liberia, ultime pays encore touchĂ© par l'Ă©pidĂ©mie qui a ravagĂ© une partie de l'Afrique de l'Ouest, la plus grave depuis l'identification du virus il y a 40 ans, doit ĂȘtre officiellement dĂ©clarĂ©e terminĂ©e jeudi.


La prudence s'imposait néanmoins, les précédentes déclarations de ce type par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ayant systématiquement été accompagnées de la découverte de nouveaux épisodes localisés dans un des trois pays voisins les plus touchés.
Le 17 mars, l'OMS avait proclamĂ© l'arrĂȘt prĂ©sumĂ© de "toutes les chaĂźnes de transmission initiales" aprĂšs la fin du dernier Ă©pisode de l'Ă©pidĂ©mie en Sierra Leone, avant que les autoritĂ©s guinĂ©ennes annoncent le jour mĂȘme une rĂ©surgence dans le sud du pays.
Cette rĂ©surgence s'Ă©tait propagĂ©e au Liberia, avec trois cas confirmĂ©s: la femme d'un des malades morts en GuinĂ©e - elle-mĂȘme dĂ©cĂ©dĂ©e le 31 mars Ă  Monrovia - et ses deux fils de 5 et 2 ans, guĂ©ris depuis.
Le Liberia aura passé jeudi le seuil retenu par l'OMS de 42 jours - deux fois la durée maximale d'incubation du virus - depuis le second test négatif sur le dernier patient guéri, le plus jeune des deux enfants.
L'origine exacte de ce dernier épisode d'Ebola n'a pas été déterminée mais, d'aprÚs l'OMS, comme pour les précédents, le virus a "vraisemblablement" été transmis par un survivant.
Le risque de contamination persiste bien au-delĂ  des 42 jours car le virus subsiste dans certains liquides corporels de survivants, notamment le sperme oĂč il peut rester jusqu'Ă  un an, selon des Ă©tudes.
Le 29 mars, l'OMS a annoncé officiellement que cette épidémie ne constituait plus une "urgence de santé publique de portée internationale", mettant ainsi fin à cette procédure décrétée en août 2014.
Partie en décembre 2013 de Guinée forestiÚre (sud), l'épidémie a gagné le Liberia et la Sierra Leone, puis le Nigeria et le Mali.
- 10 pays touchés sur 3 continents -
En tout, elle aura atteint dix pays, dont l'Espagne et les Etats-Unis, provoquant plus de 11.300 morts - dont plus de 4.800 pour le seul Liberia - pour quelque 28.600 cas recensés, à plus de 99% en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.
Ce bilan, sous-Ă©valuĂ© de l'aveu mĂȘme de l'OMS, est sept fois supĂ©rieur en nombre de morts Ă  celui cumulĂ© de toutes les Ă©pidĂ©mies d'Ebola depuis l'identification du virus en Afrique centrale en 1976.
Au paroxysme de l'épidémie, les pays touchés ont craint l'effondrement, notamment le Liberia, "menacé dans son existence", selon l'expression du ministre de la Défense Brownie Samukai devant l'ONU.
Ouvert en août 2014 avec 120 lits, le centre anti-Ebola de Médecins sans frontiÚres (MSF) à Monrovia a plus que doublé sa capacité, devenant le plus grand jamais construit, aprÚs avoir dû aux pires moments renvoyer des patients, faute de place.
A la mĂȘme Ă©poque, Ă  Ballajah, prĂšs de la frontiĂšre sierra-lĂ©onaise, Fatu Sherrif, 12 ans, et sa mĂšre, atteintes d'Ebola, Ă©taient emmurĂ©es chez elles sur dĂ©cision des autoritĂ©s. Elles ont appelĂ© Ă  l'aide jusqu'Ă  ce que leurs voix s'Ă©teignent, d'abord celle de la mĂšre, puis la fille, entendue par un correspondant de l'AFP. TerrorisĂ©s, les habitants n'ont pas osĂ© approcher pour leur porter assistance.
En septembre 2014, prÚs de Monrovia, une équipe de la Croix-Rouge, en combinaison de protection biologique, chargée de collecter les cadavres, tançait les habitants qui lui avaient signalé une vieille femme encore vivante.
"Oui, Monsieur", répondait avec déférence le chef de quartier à l'équipe de la Croix-Rouge. "Nous vous rappellerons quand ils seront morts".
La maladie a bouleversé le mode de vie des sociétés, par la recommandation d'éviter tout contact entre vivants, mais aussi avec les morts - une interdiction mal acceptée par des populations attachées aux rites funéraires impliquant le lavage des corps.
En octobre 2014, les autoritĂ©s libĂ©riennes avaient mĂȘme Ă©dictĂ© une consigne unique pour les cadavres, quelle que soit la cause du dĂ©cĂšs: "BrĂ»lez-les tous".
Dépassés, les Etats aux services de santé sinistrés ont multiplié les mesures d'exception, comme la quarantaine imposée à des régions entiÚres. La Sierra Leone a ainsi confiné tous ses habitants pendant trois jours, en septembre 2014 puis en mars 2015.
Face à des décisions jugées autoritaires et à des messages de prévention initiaux mal formulés, promettant une mort quasi inéluctable, les populations ont souvent regimbé, parfois avec violence.

- © 2016 AFP
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