Actualités du monde

Ligue 1: une baisse de fréquentation des stades inexorable?

  • PubliĂ© le 4 octobre 2016 Ă  16:17
Des tribunes désertées, le 5 mars 2016 au Parc des Princes avant le match PSG-Montpellier

Stades qui sonnent creux en L1, tribunes dĂ©sertĂ©es mĂȘme face aux camĂ©ras.

.. L'état d'urgence ou la situation sportive de Marseille sont les facteurs conjoncturels invoqués pour expliquer cette situation. Mais d'autres, comme l'absence de "culture supporter", sont structurels.
. L'effet Marseille
C'était le 5 avril 2015. Un tifo monumental dans toutes les tribunes du Vélodrome, 65.000 spectateurs chauffés à blanc pour la réception du Paris SG, dans un match crucial dans la course au titre. André-Pierre Gignac est immortalisé par les caméras de Canal+ à son arrivée sur la pelouse, contemplant le stade avec un sourire tout à la fois incrédule et admiratif.
Depuis, l'international français et la quasi totalité de ses équipiers ce soir-là ont quitté l'OM, comme l'entraßneur iconique Marcelo Bielsa. Et le nouveau Vélodrome est devenu le symbole de la désaffection des supporters français pour le championnat de France. Cette saison, la fréquentation moyenne du stade aprÚs huit journées plafonne à 30.290 spectateurs, contre 42.015 sur l'ensemble de la saison précédente, déjà trÚs décevante sportivement, et 53.130 en 2014-15.
Les affluences globales de la L1 "à l'issue de la 7e journée sont à -9% par rapport à l'année derniÚre, ce qui fait 140.000 personnes de moins", dont les deux tiers sont liés à la fréquentation du Vélodrome, a expliqué vendredi dernier le directeur général de la Ligue de football professionnel (LFP), Didier Quillot. AprÚs la 8e journée, avec un derby Lyon-ASSE attractif et un OM en déplacement, la différence n'était plus que de -5,2% par rapport à la saison derniÚre.
. Le poids des résultats
"L'affluence est trĂšs liĂ©e aux rĂ©sultats sportifs, on voit que l'affluence est en baisse dans les clubs plutĂŽt en-dessous de la 15e place." Marseille est actuellement 14e. A contrario, il y a des stades "qui sont en progression" en terme de frĂ©quentation, comme Toulouse (+30% selon M. Quillot) ou Nice (+40%), oĂč les Ă©quipes rĂ©ussissent un beau dĂ©but de saison.
La LFP avait lancé une campagne publicitaire mi-août pour "surfer sur l'engouement généré par l'Euro-2016" et augmenter le taux de remplissage des stades. Mais l'objectif fixé -- 1 ou 2% d'augmentation par an -- restait trÚs modeste. "L'état d'urgence s'impose à nous", avançait M. Quillot avant le premier week-end d'octobre. "Le secteur des loisirs en général est en baisse".
. Interdictions de déplacements
Le slogan de la campagne, "j'aime mon club, je vais au stade", avait été parodié par les South Winners marseillais lors de la réception de Lyon, mi-septembre: "J'aime mon club et comme je suis un ultra, on m'interdit d'aller au stade".
La saison derniĂšre, l'Ă©tat d'urgence et la mobilisation des forces de sĂ©curitĂ© ont Ă©tĂ© mis en avant pour expliquer les interdictions de dĂ©placement de supporters. En tout, 218 rencontres ont fait l'objet d'arrĂȘtĂ©s de restriction ou d'interdiction de dĂ©placement, selon un dĂ©compte effectuĂ© par l'Association nationale des supporters (ANS).
Or, "on va aussi au stade pour l'ambiance, pour le spectacle en tribunes", affirme le prĂ©sident de l'ANS, Pierre RĂ©villon. "Actuellement on a l'exemple de la Beaujoire oĂč on sait qu'il va y avoir une bonne ambiance, parce que la tribune Loire est toujours remplie."
La volontĂ© du Paris SG de renouer avec certains Ultras pour "ambiancer" le Parc des Princes participe du mĂȘme constat: les supporters font partie du spectacle, comme les fans gallois ou irlandais l'ont montrĂ© pendant l'Euro-2016.
. Culture supporter en jachĂšre
Cette volontĂ© d'accorder aux supporters un statut d'acteur Ă  part entiĂšre de "l'Ă©cosystĂšme football", selon l'expression de M. Quillot, commence Ă  ĂȘtre prise en compte, avec l'influence positive en la matiĂšre de la loi LarrivĂ©, qui créé un rĂ©fĂ©rent chargĂ©, dans chaque club professionnel, d'assurer les Ă©changes avec les associations de fans.
Reste les particularitĂ©s d'une "culture française", comme le dit Pierre RĂ©villon, oĂč le foot "reste le sport principal" mais sans gĂ©nĂ©rer l'engouement qu'il suscite en Angleterre ou en Allemagne par exemple.
"Il y a énormément de critÚres qui font qu'on ne se déplace plus: le tarif des places, des matches bien retransmis, des abonnements TV pas forcément chers, le spectacle parfois ennuyeux", égrÚne-t-il encore. En terme de stars sur la pelouse, PSG excepté, la L1 tient mal la comparaison avec la Liga ou la Premier League.
"Dans les études qu'on a faites, le facteur prix n'intervient pas parmi les raisons qui font que les gens ne vont pas au stade", conclut Didier Quillot. "Ce qui vient en premier, c'est le problÚme de sécurité, et les performances de l'équipe". Les clubs savent au moins sur quoi ils doivent travailler.

Par Corentin DAUTREPPE - © 2016 AFP
guest
0 Commentaires