Union européenne

L'Italie refuse de plier face Ă  Bruxelles et maintient son budget

  • PubliĂ© le 13 novembre 2018 Ă  15:08
  • ActualisĂ© le 13 novembre 2018 Ă  15:23
Le Premier ministre Giuseppe Conte au centre entouré de ses deux vice-Premiers ministres, Luigi Di Maio (à gauche) et Matteo Salvini (le 15 octobre 2018 à Rome)

La coalition populiste en Italie refuse de plier face à la Commission européenne et ne devrait présenter mardi aucune modification de son budget pour 2019, prenant le risque de sanctions financiÚres dont la mise en oeuvre reste néanmoins assez hypothétique.

Pour la coalition formĂ©e de la Ligue (extrĂȘme droite) et du Mouvement 5 Ă©toiles (M5S, antisystĂšme), le budget anti-austĂ©ritĂ© va relancer la croissance exsangue qui va elle-mĂȘme permettre de rĂ©duire le dĂ©ficit public et la dette. L'Italie a jusqu'Ă  mardi soir pour revoir sa copie mais le ministĂšre de l'Economie et des Finances n'a pas prĂ©vu de communiquer dans la journĂ©e, attendant un conseil des ministres prĂ©vu Ă  20H00 (19H00 GMT), qui devrait ĂȘtre prĂ©cĂ©dĂ© d'une rĂ©union entre le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, et ses deux vice-Premiers ministres, Matteo Salvini (Ligue) et Luigi Di Maio (M5S).

Les autorités européennes, soutenues par l'ensemble de la zone euro, restent sourdes aux arguments italiens et fustigent ce budget annonçant un déficit à 2,4% du Produit intérieur brut (PIB) en 2019 et à 2,1% en 2020. Le 23 octobre, elles ont rejeté ce projet, une premiÚre dans l'histoire de l'Union européenne. La Commission ne croit pas que Rome respectera ce seuil. Selon elle, les mesures prévues dans le budget risquent de pousser le déficit à 2,9% l'an prochain et à 3,1% en 2020. Elle table en effet sur une croissance de 1,2%, alors que Rome prévoit 1,5%.

- "Défaillance technique" -

Ces derniers jours, le ministre italien de l'Economie, Giovanni Tria, a accusĂ© Bruxelles de "dĂ©faillance technique" dans ses calculs et expliquĂ© que le gouvernement entendait confirmer les "piliers" de son projet de budget, tout en maintenant le dialogue. Il a en outre rĂ©pĂ©tĂ© que le gouvernement Ă©tait prĂȘt Ă  prendre les mesures nĂ©cessaires pour s'assurer que le dĂ©ficit ne dĂ©passe pas le seuil de 2,4%.

Pour M. Conte, les prévisions de la Commission "sous-évaluent l'impact positif" du budget et des réformes: "le déficit diminuera avec la croissance et ceci permettra de baisser le ratio dette/PIB à 130% l'an prochain et jusqu'à 126,7% en 2021". En refusant de changer son budget, Rome s'expose à l'ouverture d'une "procédure pour déficit excessif", susceptible d'aboutir à des sanctions financiÚres correspondant à 0,2% de son PIB (soit quelque 3,4 milliards d'euros).

L'UE et les marchés s'inquiÚtent car l'Italie ploie déjà sous une immense dette publique de 2.300 milliards d'euros, qui représente quelque 131% de son PIB, le deuxiÚme ratio de la zone euro derriÚre la GrÚce.

- "Laissez-nous travailler" -

Le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a cependant multiplié les appels au dialogue, espérant arriver à "un compromis".
Mais M. Salvini, patron de la Ligue, n'en a cure: il a appelé à manifester le 8 décembre à Rome pour dire "pacifiquement" aux "messieurs de Bruxelles: laissez-nous travailler, vivre et respirer".

Selon Lorenzo Codogno, fondateur du cabinet LC Macro Advisors, "la Commission fera un premier pas pour mener l'Italie vers la procédure de déficit excessif (PDE) avec la publication d'une mise à jour du rapport sur la dette attendue le 21 novembre".

"D'ici fin janvier, l'Italie sera en PDE mais le délai prévu pour préparer des plan de correction (environ trois à six mois) permettra à l'Italie d'atteindre les élections européennes sans obstacle", a précisé l'ancien économiste en chef du Trésor italien. Et "rien ne se passera avant que la nouvelle Commission soit en place" à l'automne 2019.

D'aprÚs M. Codogno, faute d'action rapide au niveau européen, les marchés financiers seront, "comme d'habitude, les vrais gardiens de la discipline budgétaire".
Depuis mi-mai, date du dĂ©but des discussions pour la formation de la coalition populiste, le spread, l'Ă©cart trĂšs surveillĂ© entre les taux d'emprunt italien et allemand, a doublĂ©, oscillant dĂ©sormais autour de 300 points. Selon la Banque d'Italie, cela reprĂ©sente un coĂ»t supplĂ©mentaire de 1,5 milliard d'euros en intĂ©rĂȘts sur six mois.

Lundi, le président de la conférence épiscopale, Mgr Gualtiero Bassetti, a mis en garde contre une tonalité "barbare et arrogante" du discours politique. Et "s'ils se trompent dans les comptes, il n'y a pas de banque de réserve pour nous sauver", a-t-il prévenu.

AFP

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