Pression migratoire

L'Italie s'en prend Ă  l'Autriche, l'UE propose un plan

  • PubliĂ© le 4 juillet 2017 Ă  21:46
Des policiers déployés au col du Brenner, à la frontiÚre entre l'Autriche et l'Italie, au cours de manifestations contre les frontiÚres, le 24 avril 2016 en Autriche

Le gouvernement italien a convoqué l'ambassadeur d'Autriche aprÚs la menace de ce pays d'envoyer l'armée contrÎler la frontiÚre avec l'Italie, soumise à une pression migratoire qui a poussé l'Union européenne à annoncer un nouveau plan d'action.


Selon le dernier bilan diffusé mardi par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 100.000 migrants sont arrivés cette année sur les cÎtes du sud de l'Europe, dont plus de 85.000 en Italie, tandis qu'au moins 2.247 sont morts ou ont disparu en mer.
La situation est Ă©galement difficile en Espagne, oĂč les gardes-cĂŽtes redoutaient mardi qu'il y ait eu une cinquantaine de disparus aprĂšs avoir retrouvĂ© trois survivants Ă©puisĂ©s sur un canot.

En Italie, la derniÚre vague de 10.000 arrivées en quelques jours, couplée avec un net revers du Parti démocrate (PD, centre gauche, au pouvoir) aux municipales partielles, en particulier dans les communes accueillant des migrants, a provoqué un électrochoc au sein du gouvernement.

AprÚs avoir menacé de fermer ses ports aux navires de secours étrangers, le gouvernement a trÚs vivement réagi mardi à l'annonce lundi soir d'un projet autrichien d'envoyer des soldats contrÎler le col frontalier du Brenner. Le ministÚre italien des Affaires étrangÚres a convoqué l'ambassadeur d'Autriche à Rome et le ministre de l'Intérieur, Marco Minniti, s'est fendu d'une déclaration sévÚre, assurant qu'il n'y avait "aucune situation d'urgence" à la frontiÚre.

"Il s'agit d'une initiative injustifiĂ©e et sans prĂ©cĂ©dent qui, si elle n'est pas immĂ©diatement corrigĂ©e, aura inĂ©vitablement des rĂ©percussions sur la coopĂ©ration des deux pays en matiĂšre de sĂ©curitĂ©", a-t-il menacĂ©. L'Autriche a rĂ©tabli fin 2015 les contrĂŽles Ă  sa frontiĂšre avec la Hongrie et s'Ă©tait dite prĂȘte l'annĂ©e derniĂšre Ă  faire de mĂȘme avec l'Italie, mĂȘme si en raison des contrĂŽles effectuĂ©s en amont, la pression Ă  cette frontiĂšre est bien moins forte qu'Ă  Vintimille (vers la France) et Ă  CĂŽme (vers la Suisse).

Selon Helmut Tomac, le chef de la police de la région autrichienne du Tyrol, frontaliÚre du territoire italien, de 15 à 25 migrants sont interceptés chaque jour et environ 40 le week-end.

- 'Chacun pour soi' -

Mais l'Autriche est en campagne Ă©lectorale en vue de lĂ©gislatives anticipĂ©es du 15 octobre, pendant lesquelles la politique migratoire et les questions d'intĂ©gration devraient ĂȘtre des thĂšmes importants. En Italie aussi, des Ă©lections lĂ©gislatives sont prĂ©vues au plus tard pour le printemps 2018, et mĂȘme si les rĂ©centes arrivĂ©es n'ont rien d'exceptionnel, la fermeture des frontiĂšres au nord bloque de plus en plus de migrants dans la pĂ©ninsule : l'Italie a enregistrĂ© 60.000 demandes d'asile de janvier Ă  mai, 50% de plus que sur la mĂȘme pĂ©riode en 2016.
"Maintenant, ça suffit", s'est exclamé mardi sur Facebook Luigi di Maio, l'un des responsables du Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste), qui fait jeu égal dans les sondages avec le PD.

"Sur la question des migrants, aujourd'hui l'Europe est définitivement morte : la France et l'Espagne menacent de fermer les ports, l'Autriche de déployer l'armée au Brenner. L'Europe +prix Nobel de la paix+ montre son vrai visage : en cas de besoin, chacun pour soi", a-t-il dénoncé.

La Commission européenne a pourtant présenté mardi un nouveau plan d'action pour voler au secours de Rome, avec 46 millions d'euros pour renforcer les autorités libyennes et une enveloppe supplémentaire de 35 millions d'euros d'aide à l'Italie.

Ce plan sera discuté jeudi à Tallinn au cours d'une réunion informelle des ministres de l'Intérieur des pays de l'UE, tout comme celui en six points préparé dimanche par les ministres français, allemand et italien.

En tĂȘte des six points, un projet de code de conduite pour les ONG de secours en mer a provoquĂ© de vives rĂ©actions de ces organisations humanitaires. "De la poudre aux yeux" pour masquer l'impuissance de l'UE Ă  assumer ses responsabilitĂ©s, a dĂ©noncĂ© MĂ©decins sans frontiĂšres.

A Rome, le pape François est de nouveau intervenu sur cette question dans un message adressé à "infomigrants.net", un site internet destiné aux migrants inauguré fin mars par des médias européens. Il a salué "tous ceux qui, institutions, associations et individus, s'ouvrent avec sagesse au complexe phénomÚne migratoire avec des interventions de soutien adéquates, témoignant des valeurs humaines et chrétiennes qui sont à la base de la civilisation européenne".


AFP

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