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Loi Travail: 49.3 en vue, ambiance de rĂšglement de comptes entre socialistes

  • PubliĂ© le 10 mai 2016 Ă  16:40
Manuel Valls Ă  Paris le 9 mai 2016

Face au risque de voir le projet de loi Travail rejeté à l'Assemblée nationale, le gouvernement va, sauf ultime rebondissement à gauche, dégainer dÚs mardi aprÚs-midi l'arme constitutionnelle du 49-3, dans une ambiance de rÚglement de comptes entre socialistes.


"Est-ce qu'il y a, oui ou non (...) la possibilité d'un accord de l'ensemble de la majorité", sur la base "du compromis" proposé par le rapporteur, Christophe Sirugue ?, a encore demandé Manuel Valls aux députés socialistes.
Peu aprÚs, plusieurs ministres ont annoncé à l'AFP que le gouvernement était convoqué pour un conseil des ministres extraordinaire à 14H30 pour autoriser l'exécutif à recourir à l'article de la Constitution permettant de faire adopter un texte sans vote. L'exécutif s'en est déjà servi trois fois pour la loi Macron en 2015.
Ce feu vert permettrait au Premier ministre d'engager la responsabilitĂ© gouvernementale, peut-ĂȘtre dĂšs la reprise des dĂ©bats sur le texte Ă  16H00, aprĂšs les questions au gouvernement. Dans ce scĂ©nario, le projet de loi sera considĂ©rĂ© comme adoptĂ©, sauf si une motion de censure est votĂ©e par l'AssemblĂ©e et oblige le gouvernement Ă  dĂ©missionner.
Donnant le sentiment d'un bras de fer jusqu'au bout, le chef de file des députés PS, Bruno Le Roux, a cependant affirmé à la presse que, "d'ici 16H00, (il va) vérifier si le compromis voté par la trÚs grande majorité du groupe est accepté par la petite minorité opposée".
"Je ne souhaite pas que l'on se serve du 49-3", a assuré ce proche de François Hollande, aprÚs une réunion décrite comme "tendue".
A huis clos, 84 élus PS se sont déclarés pour le texte, 14 contre et 11 abstentionnistes, selon des sources concordantes. Mais il manquait beaucoup des 285 députés socialistes. "On sera fixés à 16H00, aprÚs recomptage des voix", selon un élu.
Dans l'intervalle, les "frondeurs", visiblement pas tous sur la mĂȘme ligne, vont se rĂ©unir pour dĂ©cider "collectivement" de leur position, voire d'une Ă©ventuelle motion de censure de gauche.
- L'article 2, principale pomme de discorde -
Espérant réunir à gauche le minimum requis de 58 députés contre le gouvernement, le Front de gauche (10 députés) envisage, sinon, de voter une motion de censure de droite, comme déjà pour la loi Macron.
La droite est dĂ©jĂ  prĂȘte Ă  rĂ©pliquer Ă  un 49-3 par une motion LR-UDI, dont "les signatures ont Ă©tĂ© recueillies" chez les centristes. Le chef de file des dĂ©putĂ©s LR Christian Jacob a souhaitĂ© un dĂ©bat mardi prochain, jour initialement programmĂ© pour le vote solennel sur l'ensemble du projet de loi.
Ces derniÚres heures, responsables PS et "frondeurs" se sont renvoyé crescendo la responsabilité du blocage sur le texte, vanté comme "de progrÚs" par François Hollande, mais qualifié "de régression" par une partie de la gauche, jugé affaibli par la droite, et contesté depuis deux mois dans la rue.
Manuel Valls "n'a visiblement pas l'envie d'aller vers un compromis" en "refusant" de modifier son article le plus polémique (renforcement des accords d'entreprise par rapport aux accords de branche), a dénoncé le chef de file des socialistes contestataires Christian Paul, aprÚs le rendez-vous matinal à Matignon d'une quinzaine de députés.
Le Premier ministre a rĂ©pliquĂ© dans le huis clos du groupe: "Il faut ĂȘtre honnĂȘte intellectuellement ! On ne peut pas dire que le gouvernement n'a pas cherchĂ© le compromis", notamment via un "accord avec la CFDT".
Considérant avoir obtenu "plus d'avancées qu'il n'espérait", le rapporteur s'est, lui, énervé, dénonçant "jeu des postures" et "leçons de gauche" de certains de ses camarades. "Exaspération" partagée par d'autres élus.
Sur la principale pomme de discorde, l'article 2, qui donne la primautĂ© Ă  l'accord d'entreprise en matiĂšre de temps de travail, sa proposition de "compromis" n'a pas suffi aux "frondeurs", qui rĂ©clament noir sur blanc qu'un accord d'entreprise ne puisse pas ĂȘtre moins avantageux pour le salariĂ© qu'un accord de branche.
Cet article, qui concentrait plus d'un tiers des quelque 5.000 amendements et n'a pas encore été débattu, est au "c?ur" du texte, selon Manuel Valls.
Au-delà du contenu du texte, certains socialistes légitimistes épinglent ceux qui "considÚrent déjà 2017 comme perdu et jouent la suite, une illusion". "La rue de Solférino et les investitures" aux législatives pÚsent aussi, selon une source parlementaire.
Benoßt Hamon (aile gauche) appelle ainsi à "tenir compte de l'avis des électeurs". Et Patrick Mennucci, habituellement légitimiste, n'entend "pas beaucoup de soutien au texte dans le centre de Marseille".

Par Fran BLANDY, Francois BECKER - © 2016 AFP
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