Répression

L'opposant russe Navalny reconnu coupable d'escroquerie, lourde peine attendue

  • PubliĂ© le 22 mars 2022 Ă  13:32
  • ActualisĂ© le 22 mars 2022 Ă  13:52
L'opposant russe Alexeï Navalny s'entretient avec son avocate Olga Mikhailova lors de l'énoncé de son jugement le 22 mars 2022 dans la colonie pénitentiaire de Pokrov prÚs de Moscou

Une juge russe a reconnu mardi Alexeï Navalny coupable "d'escroquerie" et "d'outrage à magistrat", ouvrant grand la voie à une sévÚre prolongation de la peine de prison du principal opposant au Kremlin, en pleine répression accrue par l'offensive en Ukraine.

Le parquet avait requis la semaine passée que la peine de deux ans et demi de détention, qu'Alexeï Navalny purge depuis un peu plus d'un an, soit portée à 13 années d'emprisonnement.

Le charismatique militant anticorruption et ancien avocat, ùgé de 45 ans, est jugé depuis mi-février derriÚre les murs de sa colonie pénitentiaire, à 100 km à l'Est de Moscou, dans un tribunal improvisé.

Il est apparu mardi Ă  l'audience vĂȘtu de son uniforme de bagnard, le visage amaigri, Ă©coutant l'Ă©noncĂ© du verdict les mains dans les poches, entre deux rires et discussions avec ses avocats, selon une journaliste de l'AFP sur place.

La juge Margarita Kotova, sans surprise, l'a reconnu coupable dÚs le début de la lecture du jugement qui pourrait durer plusieurs heures jusqu'à l'annonce de la peine. "Navalny a commis une escroquerie, soit le vol de biens d'autrui par un groupe organisé", a déclaré Mme Kotova, d'une voix rapide et mécanique. "Navalny a fait preuve d'irrespect au tribunal, en insultant une juge", a-t-elle ajouté, quelques minutes plus tard.

A l'issue du verdict, AlexeĂŻ Navalny pourrait ĂȘtre transfĂ©rĂ©, Ă  la demande du Parquet, dans une prison dite Ă  "rĂ©gime sĂ©vĂšre" bien plus Ă©loignĂ©e de Moscou et oĂč les conditions de dĂ©tention sont beaucoup plus dures.
Environ une centaine de journalistes assistent à une retransmission vidéo de l'audience dans une salle de presse aménagée dans la colonie pénitentiaire.
Aucun soutien de l'opposant n'était présent, si ce n'est ses deux avocats, en pleine vague d'intimidation contre les voix critiques du Kremlin.

- Répression décomplexée -

Dans l'affaire jugĂ©e mardi, les enquĂȘteurs accusent AlexeĂŻ Navalny d'avoir dĂ©tournĂ© des millions de roubles de dons versĂ©s Ă  ses organisations de lutte contre la corruption et d'"outrage au tribunal" au cours d'un prĂ©cĂšdent procĂšs.

Lui dénonce ces accusations comme fictives et commandées par le Kremlin pour le maintenir en prison le plus longtemps possible.
Militant rĂ©putĂ© pour ses enquĂȘtes cinglantes sur la corruption et le train de vie des Ă©lites en Russie, AlexeĂŻ Navalny subit depuis plus de deux ans une rĂ©pression dĂ©complexĂ©e du pouvoir.

En aoĂ»t 2020, il Ă©tait tombĂ© gravement malade en SibĂ©rie, victime d'un empoisonnement Ă  un agent neurotoxique commanditĂ©, selon lui, par le prĂ©sident russe en personne. Le Kremlin dĂ©ment, mais les autoritĂ©s russes n'ont jamais enquĂȘtĂ© sur cette tentative d'assassinat prĂ©sumĂ©e. DĂšs son retour en Russie en janvier 2021, aprĂšs cinq mois de convalescence, il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© puis condamnĂ© Ă  deux ans et demi de prison pour une affaire de "fraudes" remontant Ă  2014 et impliquant l'entreprise française Yves Rocher.

En juin 2021, ses organisations, qui militaient depuis des annĂ©es dans toute la Russie, sont dĂ©signĂ©es "extrĂ©mistes" et interdites sur le champ, poussant Ă  l'exil de nombreux militants pour Ă©viter des poursuites. D'autres ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s et risquent de lourdes peines de prison.
Cette répression inlassable, qui s'est accompagnée de l'interdiction des derniers médias et ONG critiques du Kremlin, a suscité un tollé en Occident et des sanctions contre Moscou.

- Non au conflit en Ukraine -

MĂȘme depuis sa colonie pĂ©nitentiaire, AlexeĂŻ Navalny continue de transmettre des messages fustigeant le pouvoir de Vladimir Poutine. Depuis l'offensive en Ukraine, il s'est fermement prononcĂ© contre les combats.

Il n'a cessé d'appeler à manifester contre le conflit malgré les risques encourus, les autorités ayant encore renforcé leur arsenal juridique, avec de lourdes peines de prison à la clé, pour étouffer toute critique de l'armée russe.

Malgré tout, plus de 15.000 personnes ont été interpellées en Russie en prÚs d'un mois pour avoir manifesté contre l'offensive, selon l'ONG spécialisée OVD-Info.
ParallÚlement, le pouvoir a aussi renforcé son emprise sur la diffusion d'informations sur le conflit, en bloquant en Russie l'accÚs à des dizaines de médias locaux et étrangers.

Lundi, la justice russe a par ailleurs interdit les populaires réseaux sociaux américains Instagram et Facebook, accusés, comme Navalny, "d'extrémisme". Ceux-ci sont déjà bloqués en Russie, tout comme Twitter et TikTok.

AFP

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