Politique

Macron annonce les grandes lignes de sa "révolution" de la protection sociale

  • PubliĂ© le 13 juin 2018 Ă  17:51
  • ActualisĂ© le 13 juin 2018 Ă  18:30
Le président Emmanuel Macron prononçant un discours devant le 42e congrÚs de la Mutualité française, à Montpellier le 13 juin 2018.

Emmanuel Macron a annoncé mercredi les grandes lignes d'"une révolution" de la protection sociale car "la solution n'est pas de dépenser toujours plus d'argent", lors d'un discours devant le 42e congrÚs de la Mutualité française à Montpellier.


AprĂšs avoir fustigĂ© mardi soir le "pognon de dingue" que coĂ»tent les aides sociales sans endiguer la pauvretĂ©, le prĂ©sident de la RĂ©publique a estimĂ© qu'il ne fallait pas se "contenter de la redistribution monĂ©taire" et a mis en avant des solutions "plus efficaces que de l'argent mis sur la table". "Nous vivons dans un pays oĂč la promesse rĂ©publicaine est souvent déçue car nous avons maintenu les droits formels qui souvent n'existent que sur le papier, c'est ça l'indignation française contemporaine. Pourtant nous consacrons toujours davantage de notre richesse Ă  la protection sociale", a-t-il critiquĂ© dans un discours de plus d'une heure, parfois interrompu de quelques sifflets.

Pour dĂ©noncer un systĂšme "trop complexe" et "peu humain", il a pris l'exemple du RSA, soutenant de maniĂšre assez brutale que s'il avait augmentĂ© ces dix derniĂšres annĂ©es de 80%, l'accompagnement de ses bĂ©nĂ©ficiaires avait baissĂ© dans le mĂȘme temps de 40% "en termes de dĂ©pense". Or, a-t-il argumentĂ©, il faut au contraire renforcer l'"accompagnement vers le travail". Donc "contrĂŽler" et "responsabiliser" ceux qui ont eu le rĂ©flexe de "s'installer dans une forme d'exclusion". AccompagnĂ©s, "ils aideront la collectivitĂ© a dĂ©penser son argent vers les plus vulnĂ©rables".

Dans ce "discours stratĂ©gique" dont l'objectif affichĂ© Ă©tait de "redonner de la cohĂ©rence" Ă  son approche sociale, le chef de l'État n'a pas donnĂ© d'indications prĂ©cises de sa politique Ă  venir. A l'exception d'une loi, votĂ©e avant fin 2019, sur la dĂ©pendance dans un pays qui comptera 5 millions de personnes ĂągĂ©es de plus de 85 ans d'ici Ă  2050.

Il a immĂ©diatement prĂ©cisĂ© qu'elle ne se traduirait pas "simplement" par "un engagement financier", mĂȘme si celui-ci "sera au rendez-vous car il nous faut investir sur ce sujet". Mais qu'on verrait Ă©galement la construction d'"un nouveau risque: rĂ©pondre Ă  une nouvelle vulnĂ©rabilitĂ© sociale". La sĂ©curitĂ© sociale comporte aujourd'hui quatre branches: maladie, accidents du travail, retraite, famille.

- "Un pognon dingue" -

"Il ne faut pas considérer qu'il y aurait d'un cÎté ceux qui croient dans la transformation sociale et qui aligneraient les lignes de crédit et ceux qui n'y croient pas et qui seraient forcément pour réduire les dépenses. Mauvaise nouvelle : les dépenses sociales, vous les payez, nous les payons", a lancé M. Macron, en écho à la récente cacophonie gouvernementale autour d'une possible réduction des aides sociales.

Il s'est Ă©galement fĂ©licitĂ© de l'aboutissement d'une promesse de campagne: le remboursement intĂ©gral d'ici 2021 de certaines lunettes, prothĂšses dentaires et audioprothĂšses, Ă©voquant "une conquĂȘte sociale essentielle".

Une centaine de manifestants, majoritairement des cheminots, se sont rassemblĂ©s Ă  l'appel de la CGT sur la place de la ComĂ©die, Ă  Montpellier, aussi prĂšs que possible du centre de CongrĂšs du Corum oĂč s'exprimait M. Macron. Dans la nuit de mardi Ă  mercredi, une vidĂ©o tweetĂ©e par sa directrice de communication, le montre Ă©voquant le discours de mercredi avec ses collaborateurs. "On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux et les gens ne s'en sortent pas. Les gens pauvres restent pauvres, ceux qui tombent pauvres restent pauvres. On doit avoir un truc qui permet aux gens de s'en sortir. Par l'Ă©ducation...", s'enflamme-t-il.

Il y a quelques semaines, le ministre des Finances, Bruno Le Maire, avait estimé "légitime de réduire la politique sociale sur l'emploi", rejoint rapidement par son collÚgue aux comptes publics, Gérald Darmanin, pour qui il y avait "trop" d'aides sociales, créant des "trappes à inactivité".
"Pas question de faire des économies sur le dos des pauvres", avait répliqué la ministre des Solidarités et de la Santé, AgnÚs Buzyn, présente à Montpellier mercredi.

Rien n'est encore tranchĂ©: beaucoup d'arbitrages doivent encore ĂȘtre rendus, en vue notamment du plan pauvretĂ© qui doit ĂȘtre prĂ©sentĂ© en juillet.
L'exécutif sait qu'il dispose de "marges de man?uvre" budgétaires pour les années à venir, grùce au retour à l'équilibre plus rapide que prévu des comptes de la Sécurité sociale.
AFP

guest
0 Commentaires