Exécutif sous pression

Macron s'adresse de nouveau aux Français pour intensifier la lutte contre le coronavirus

  • PubliĂ© le 16 mars 2020 Ă  14:51
  • ActualisĂ© le 16 mars 2020 Ă  14:56
Emmanuel Macron le 15 mars 2020 au Touquet

Face à l'accélération de l'épidémie de coronavirus, qui alimente les rumeurs de confinement total du pays, Emmanuel Macron s'adresse de nouveau aux Français lundi à 20H00, aprÚs un conseil de défense à la mi-journée autour d'un exécutif placé sous haute pression.

Au lendemain d'un premier tour des municipales ignorĂ© par une majoritĂ© d'Ă©lecteurs inquiets, la question d'un report du second tour, prĂ©vu dimanche 22 mars, est Ă©galement sur la table, rĂ©clamĂ© par de nombreux responsables politiques. A Paris, la candidate LREM AgnĂšs Buzyn a d'ores et dĂ©jĂ  annoncĂ© qu'elle arrĂȘtait sa campagne.

Un confinement total des Français rÚglerait de toute façons la question. Est-il imminent? L'Elysée a démenti lundi matin, et la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a qualifié de "fake news" la rumeur qui courait dimanche soir d'un confinement immédiat à l'issue du scrutin. Mais, a-t-elle aussi dit, alors que la situation sur le front de l'épidémie "se dégrade", le gouvernement prendra "toutes les mesures" qui permettront de "modifier en profondeur les comportements" des Français face au coronavirus. Car leur "prise de conscience" n'est pour l'heure "pas au rendez-vous", a-t-elle jugé, alors que les images de promeneurs dimanche sous un soleil radieux ont suscité de nombreuses critiques.

La situation "est trÚs inquiétante" et "se détériore trÚs vite", a confirmé le directeur général de la Santé JérÎme Salomon, s'inquiétant d'une éventuelle "saturation" des hÎpitaux. Le dernier bilan dimanche soir fait état de 127 morts et 5.423 cas confirmés.

Emmanuel Macron réunit lundi un déjeuner de travail "en format Conseil de défense" pour décider de nouvelles mesures à prendre pour lutter contre l'épidémie, aprÚs la fermeture des crÚches, établissements scolaires et universités, et celle de tous les "lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays". Le chef de l'Etat avait déjà pris la parole jeudi soir dans une allocution suivie par plus de vingt millions de Français pour annoncer la fermeture des établissements scolaires et expliquer aux Français la gravité de la crise sanitaire.

Face Ă  l'Ă©pidĂ©mie mondiale du Covid-19, plusieurs pays voisins de la France ont pris de mesures de confinement total, Ă  l'image de l'Italie et de l'Espagne, les deux Etats europĂ©ens les plus touchĂ©s. Le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l'hĂŽpital parisien Georges-Pompidou, recommande un confinement aussi en France. "On voit la vague arriver", a-t-il alertĂ© lundi, Ă©voquant le Haut-Rhin, oĂč les "les capacitĂ©s de rĂ©animation sont dĂ©passĂ©es" Ă  Mulhouse, et la rĂ©gion parisienne oĂč "on a assistĂ© Ă  un doublement du nombre de patients hospitalisĂ©s en rĂ©animation (...) en trois jours".

- "Changer la loi électorale" -

Alors que Bruxelles attend désormais une récession pour 2020, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a annoncé lundi que la réforme de l'indemnisation du chÎmage, qui devait entrer en vigueur le 1er avril, serait reportée au 1er septembre. Le coronavirus a également imprimé sa marque sur le premier tour des élections municipales dimanche. Parmi les quelque 47,7 millions d'électeurs appelés à élire leur maire, moins de la moitié se sont effectivement déplacés. Un chiffre historiquement bas pour un scrutin généralement mobilisateur chez les Français.

Dans ces circonstances, les appels à un report du second tour, prévu dimanche 22 mars, ont immédiatement fusé, de la part de Damien Abad et Bruno Retailleau (Les Républicains), de la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, de François Ruffin (LFI) et des écologistes d'EELV. L'eurodéputé EELV Yannick Jadot a réitéré son appel lundi matin: "puisqu'il y a eu ce premier tour dans des conditions absolument uniques, il faut maintenir ce premier tour et changer la loi électorale pour repousser le second".

Le Premier ministre Edouard Philippe a annoncĂ© dimanche qu'il rĂ©unirait "Ă  nouveau en dĂ©but de semaine" les experts scientifiques et "les reprĂ©sentants des forces politiques" afin de prendre une dĂ©cision. M. Philippe est soumis Ă  une intense pression aprĂšs le choix de l'exĂ©cutif de maintenir, malgrĂ© le contexte sanitaire, ce premier tour, sous la pression de nombreux Ă©lus, notamment de droite. A Paris, oĂč la maire PS sortante Anne Hidalgo Ă  Paris compte une large avance Ă  l'issue du premier tour, les partenaires traditionnels Ă©cologistes et l'Ă©quipe de CĂ©dric Villani retardent les discussions, a appris l'AFP de sources concordantes.

Ailleurs en France, les écologistes ont effectué une belle percée. Si un 2e tour se tenait, ils pourraient nourrir des espoirs sérieux à Strasbourg, Bordeaux, Lyon, Besançon et Grenoble notamment. Le RN de Marine Le Pen a confirmé, par plusieurs victoires dÚs le premier tour, ses positions acquises en 2014 à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), Fréjus (Var), Hayange (Moselle) ou Beaucaire (Gard). Il s'est aussi placé en situation de conquérir Perpignan.

Le ballottage favorable au Havre du Premier ministre Edouard Philippe et la victoire à Tourcoing du ministre des Comptes publics Gérald Darmanin n'ont pas occulté le fait que l'implantation locale de LREM n'était pas en marche. Et LR, qui avait triomphé aux municipales de 2014 avant de s'effondrer à partir de 2017, s'est à peu prÚs maintenu.

AFP

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