Personnage clef de Madagascar sous le président déchu Andry Rajoelina, l’ex-président du Sénat Richard Ravalomanana a été condamné mardi à dix ans de travaux forcés pour la répression des manifestations de septembre et octobre 2025, ont rapporté des médias malgaches.
L’ONU avait recensé "au moins 22 personnes tuées et plus d’une centaine d’autres blessées" après la manifestation contre les coupures incessantes d’eau et d’électricité menée par le collectif "Gen Z" le 25 septembre 2025, date ayant enclenché le compte à rebours de fin de l’ère Rajoelina.
"Les faits reconnus contre mon client sont complicité de meurtre et complicité de coups et blessures volontaires", a réagi son avocat Lazatiana Razafimamonjy devant les caméras à l’extérieur du palais de justice d’Anosy de la capitale malgache.
Il a aussi annoncé sa volonté de faire appel de cette condamnation décidée à l’issue d’une unique journée d’audience: "La loi prévoit des voies de recours, que nous allons utiliser".
Le ralliement de militaires au mouvement de mécontentement seize jours plus tard avait entraîné la fuite d’Andry Rajoelina dans un vol affrété par la France et la prise de pouvoir du colonel Michaël Randrianirina, devenu le nouvel homme fort de l’île de l’océan Indien.
Ancien général de gendarmerie, surnommé "Bomba" pour son recours aux gaz lacrymogènes lors de la crise de 2009, Richard Ravalomanana était lui resté sur la "Grande Île", où il était en détention préventive depuis le 18 janvier 2026. Auparavant, il avait été démis de ses fonctions de sénateur en décembre.
- "Balles réelles" -
Dans la foulée des manifestations de septembre 2025, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme Volker Türk s’était dit "choqué" par la "réponse violente des forces de sécurité", relevant que "certains officiers ont également utilisé des balles réelles".
L’AFP avait rencontré à Antananarivo une étudiante alors âgée de 19 ans, Mirana, dont le bas du dos a été arraché par une grenade lacrymogène tirée par des gendarmes.
Ces derniers l’avaient visé depuis l’arrière d’un pick-up dévalant une rue de la capitale vallonnée, selon plusieurs photos et vidéos largement diffusées.
A propos du rôle de "Bomba" au moment des manifestations, Richard Ravalomanana "continue finalement à gérer la gendarmerie même s’il est à la retraite", estimait un chercheur en sciences politiques malgache auprès de l’AFP, sous couvert d’anonymat.
Lors d’un bref échange de tirs entre militaires et gendarmes le jour de la mutinerie, un soldat était aussi mort dans les affrontements.
Le nouveau chef de l’Etat Michaël Randrianirina s’est engagé à tenir des élections dans les deux ans suivant son investiture comme "président de la Refondation" le 17 octobre 2025.
La galaxie de la Gen Z est passée d’un optimisme contenu à l’inquiétude depuis la transition politique.
Six de leurs membres ont été arrêtés après un appel à manifester le 10 avril, pour protester contre la lenteur des réformes institutionnelles et la lutte insuffisante contre la corruption.
Plusieurs d’entre eux sont demeurés en garde à vue plus de dix jours, le motif de leur arrestation, "atteinte à la sûreté de l’Etat", permettant de les maintenir en détention jusqu’à quinze jours.
L’ONG Amnesty International a dénoncé des "arrestations arbitraires" et un "climat de peur".
Le colonel Michaël Randrianirina avait accusé ces manifestants de recevoir "de l’argent de certains politiciens" ainsi que des "financements de l’étranger".
AFP
