Migrants

Madrid fustige Rome et propose d'accueillir l'Open Arms

  • PubliĂ© le 18 aoĂ»t 2019 Ă  16:56
  • ActualisĂ© le 18 aoĂ»t 2019 Ă  17:37
Le navire de l'ONG Proactiva Open Arms au large de Lampedusa en Italie le 17 août 2019

Le gouvernement espagnol a proposĂ© dimanche d'accueillir dans le port d'Algesiras (extrĂȘme sud) le bateau de l'ONG Proactiva Open Arms transportant une centaine de migrants, face Ă  "l'inconcevable" refus de l'Italie d'offrir un port d'accueil.

Le chef du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, "a ordonné aujourd'hui (dimanche) l'habilitation du port d'Algesiras pour recevoir le bateau Open Arms", qui se trouve actuellement face à l'ßle italienne de Lampedusa, en raison de "la situation d'urgence" à bord et face à "l'inconcevable décision des autorités italiennes de fermer tous leurs ports", a annoncé le gouvernement dans un communiqué.

Madrid a pris cette décision "en raison de la situation d'urgence à bord, aprÚs deux semaines de navigation", et alors que le navire transporte encore 105 adultes et deux enfants dans des conditions "intenables", a estimé Open Arms.

"Les ports espagnols ne sont ni les plus prÚs ni les plus sûrs pour l'Open Arms", a cependant reconnu Madrid, soulignant que si son offre était acceptée, le navire en aurait pour plusieurs jours de navigation avant d'atteindre Algesiras. "Mais pour l'instant l'Espagne est le seul pays disposé à l'accueillir, dans le cadre d'une solution européenne", a ajouté Madrid.

Le ministÚre espagnol des Affaires étrangÚres a toutefois lancé parallÚlement, dans un communiqué, un dernier appel "aux autorités italiennes pour qu'elles autorisent le débarquement" des migrants.

"Le gouvernement italien peut ĂȘtre assurĂ© que, dĂšs que les migrants auront dĂ©barquĂ©, ils seront immĂ©diatement rĂ©partis" entre les pays qui ont proposĂ© de les accueillir : France, Allemagne, Luxembourg, Portugal, Roumanie et Espagne, ajoute le texte.

Par ailleurs, le gouvernement espagnol a indiqué "étudier la possibilité de se pourvoir devant l'Union européenne ou devant les institutions garantes du respect des droits humains et du droit maritime international" pour contester l'attitude de l'Italie.

- Situation explosive -

Vendredi, Marc Reig, le commandant du navire, avait décrit une situation "explosive" à bord, soulignant que certains migrants pourraient "se jeter à l'eau" pour rejoindre la terre ferme "à la nage".

"Tout le monde est cassé psychologiquement, cette situation est devenue insoutenable", avait-il affirmé à la chaßne de télévision espagnole TVE. Dans un tweet, l'ONG évoquait, elle, des menaces de suicide et exigeait un débarquement général pour "urgence humanitaire".

Le ministre de l'IntĂ©rieur italien, le leader d'extrĂȘme droite Matteo Salvini, avait alors acceptĂ© Ă  contrecoeur samedi de laisser dĂ©barquer 27 migrants mineurs non accompagnĂ©s. Mais il continue Ă  refuser le dĂ©barquement du reste des passagers, en dĂ©pit des engagements d'autres pays.

"La Commission a eu des contacts intensifs au cours de la semaine écoulée et nous sommes trÚs reconnaissants de la coopération de la France, de l'Allemagne, du Luxembourg, du Portugal, de la Roumanie et de l'Espagne", a commenté vendredi une porte-parole de la Commission, Vanessa Rock.

Mais "aucun pays européen n'a fait de pas formels pour accueillir les migrants se trouvant à bord", déplorent des sources au ministÚre de l'Intérieur italien, qui réclament des engagements concrets.

- Crise politique -

Cette éniÚme confrontation entre un navire de secours et le ministre de l'Intérieur italien s'est déroulée cette fois-ci dans le contexte de la crise politique qui secoue Rome.

M. Salvini a fait voler en Ă©clats le 8 aoĂ»t la coalition gouvernementale formĂ©e par sa formation politique, la Ligue (extrĂȘme droite), avec le Mouvement cinq Ă©toiles (M5S, antisystĂšme). Il a rĂ©clamĂ© l'organisation rapide d'Ă©lections, alors qu'il est crĂ©ditĂ© de 36 Ă  38% des intentions de vote dans les sondages.

Mais un front politique semble en train de se former contre lui, par le biais inattendu d'une alliance entre son ex-partenaire du M5S et le Parti démocrate (centre-gauche).

La politique migratoire a pris une place centrale dans cette crise, dans l'attente d'un éventuel vote de censure contre le gouvernement au Sénat mardi.

De son cÎté l'Espagnol Pedro Sanchez, également en crise politique, était ces derniers mois revenu sur la politique migratoire accueillante de ses débuts en juin. AprÚs avoir recueilli l'Aquarius et ses plus de 600 migrants, puis trois fois l'Open Arms, il avait brusquement en août refusé de recevoir à nouveau l'Aquarius, et n'avait depuis permis aucune arrivé de bateau humanitaire.

ParallÚlement, le navire Ocean Viking, des ONG SOS Mediterranée et Médecins sans FrontiÚres (MSF), cherchait également un port, avec 350 migrants à bord.

AFP

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