La justice a jugé irrecevable jeudi la demande des parents de Théo Grataloup, 18 ans, de lier ses malformations congénitales à l'exposition de sa mÚre, enceinte, au glyphosate, un herbicide produit phare du géant allemand de la chimie Bayer-Monsanto.
"C'est bien sûr une déception", a réagi dans un communiqué la famille Grataloup, qui avait lancé en 2018 une action au civil contre Bayer, pour faire reconnaßtre le "lien de causalité" entre le glyphosate et le handicap de Théo.
Mais le jeune homme a retenu aussi "tout le travail de lanceur d'alerte qu'il y a eu à travers les médias, tout au long des différentes étapes du procÚs", a-t-il confié jeudi à l'AFP. "C'est ce qui symbolise cette action pour moi".
Les avocats de la famille ont indiqué leur intention de faire appel du jugement rendu par le tribunal judiciaire de Vienne (IsÚre).
NĂ© avec l'Ćsophage et la trachĂ©e qui ne se sont pas sĂ©parĂ©s correctement, ThĂ©o a subi 55 opĂ©rations qui lui permettent de manger normalement, de respirer et parler par un trou dans la gorge.
Sa mÚre, Sabine Grataloup, est convaincue que le handicap de son fils trouve sa source en août 2006 quand elle était enceinte et avait utilisé du Glyper, un générique à base de glyphosate de l'herbicide Roundup de Monsanto, distribué par la société Novajardin, pour désherber une carriÚre d'équitation.
- Pas de facture -
Le tribunal a jugé "irrecevables les demandes" des Grataloup "sur le fondement de la responsabilité civile délictuelle à l'encontre de la société" Bayer-Monsanto, selon le jugement consulté par l'AFP.
Il estime que la famille de ThĂ©o n'a pas apportĂ© la preuve suffisante que le glyphosate de Bayer-Monsanto a bien Ă©tĂ© utilisĂ© par Mme Grataloup, en l'absence de "facture, ou autres piĂšces propres Ă Ă©tablir l'achat d'un bidon de Glyper au cours de l'Ă©tĂ© 2005 qui aurait pu ĂȘtre utilisĂ© au cours de l'Ă©tĂ© 2006".
Si les éléments avancés par les parents de Théo permettent au tribunal de retenir que sa mÚre "s'est servie d'un désherbant total au glyphosate", l'été 2006 pour sa carriÚre, ils "ne permettent de retenir avec la certitude requise que ce désherbant était du Glyper", a conclu le tribunal.
Ce dernier reconnait nĂ©anmoins que Bayer/Monsanto "pouvait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme Ă©tant le producteur" du produit incriminĂ©, "un premier point marquĂ©" pour Me Bertrand Repolt, l'un des avocats des Grataloup.
"Ce qui a manqué, ce sont des détails. Le fait de ne pas avoir la facture du produit que j'ai passé il y a 19 ans. Quelle famille garde toutes les factures de tous les produits qu'elle passe en permanence et se prend en photo en train de passer chaque produit de façon à hypothétiquement pouvoir aller attaquer en justice s'il arrivait quelque chose?", a regretté Sabine Grataloup auprÚs de l'AFP.
- "Alertez le législateur !" -
"N'attaquez pas les juges (qui) prennent leurs dĂ©cisions en fonction du droit", mais "alertez le lĂ©gislateur pour lui dire que le droit français doit Ă©voluer", a-t-elle demandĂ©, soulignant que le niveau de preuve demandĂ© "empĂȘche les victimes des pesticides d'obtenir justice".
Bayer, qui a racheté l'Américain Monsanto en 2018, "prend acte du jugement (...) qui n'a retenu aucune responsabilité à l'encontre du groupe", a-t-il indiqué dans un communiqué. "Cette décision intervient aprÚs plus de 7 ans de procédure, dans un contexte humain douloureux, que l'entreprise n'a jamais ignoré", ajoute-t-il.
Il affirme encore que le glyphosate "fait l'objet d'un consensus scientifique validĂ© par les autoritĂ©s sanitaires europĂ©ennes et françaises" et que le produit "n'est notamment pas classĂ© comme substance tĂ©ratogĂšne, c'est-Ă -dire susceptible de provoquer des malformations congĂ©nitales, ni mĂȘme toxique pour la reproduction ou le dĂ©veloppement".
Herbicide le plus vendu au monde (800.000 tonnes en 2014), le glyphosate a été classé néanmoins en 2015 comme un "cancérogÚne probable" par le Centre international de recherche sur le cancer de l'Organisation mondiale de la santé. Il est interdit en France depuis fin 2018 pour un usage domestique.
Depuis le rachat de Monsanto, les soucis judiciaires et financiers pour Bayer se sont multipliĂ©s Ă travers le monde et notamment aux Ătats-Unis. Il a dĂ» verser plus de 10 milliards de dollars en dommages et intĂ©rĂȘts dans plus de 100.000 dossiers Ă cause du glyphosate, accusĂ© d'avoir causĂ© des cancers, ce que le groupe nie.
 AFP


