La journaliste a été assassinée

Malte: le travail de Daphne Caruana Galizia repris par 45 de ses collĂšgues

  • PubliĂ© le 19 avril 2018 Ă  17:44
  • ActualisĂ© le 19 avril 2018 Ă  18:55
Des militants ont salué la mémoire de la blogueuse maltaise Daphne Caruana Galizia, six mois aprÚs son assassinat. Le 16 avril 2018 à La Valette

Six mois aprĂšs l'assassinat de la journaliste et blogueuse maltaise Daphne Caruana Galizia, 45 journalistes du monde entier ayant repris son travail d'enquĂȘte sur la corruption dans le plus petit pays de l'Union europĂ©enne publient cette semaine leurs conclusions accablantes.


"Vous pouvez tuer le messager, mais pas le message", rĂ©sume Laurent Richard, un journaliste français qui a lancĂ© il y a trois ans le projet "Forbidden stories" (histoires interdites), pour poursuivre les enquĂȘtes de journalistes assassinĂ©s ou emprisonnĂ©s. "Le projet Daphne" est le premier-nĂ© de cette initiative. Pendant six mois, 45 journalistes provenant de 18 mĂ©dias de par le monde ont travaillĂ© ensemble en reprenant l'Ă©norme masse de documents laissĂ©e par Mme Caruana Galizia, tuĂ©e le 16 octobre 2017, Ă  53 ans, dans l'explosion de sa voiture piĂ©gĂ©e.

Redoutée par presque tous, détestée par beaucoup et admirée par certains dans le petit monde de la politique et de l'économie maltaises, Daphne Caruana Galizia a consacré une bonne partie de sa vie à faire la lumiÚre sur la corruption dans l'ßle. Souvent qualifiée de "Wikileaks à elle toute seule", elle avait révélé certains des pans les plus sombres de la politique maltaise, s'en prenant avec virulence au Premier ministre Joseph Muscat (travailliste), mais aussi au chef de l'opposition.

Ses attaques, souvent rudes et parfois personnelles, lui ont valu beaucoup d'inimitiés. Mais, comme le rappelle Envoyé spécial sur France 2, son blog avait 300.000 lecteurs, alors que Malte compte moins de 450.000 habitants.

- Soupçons confirmés -

Les journalistes du "Projet Daphne" ont travaillĂ© en toute discrĂ©tion Ă  partir de milliers de documents mais aussi de multiples tĂ©moignages recueillis dans la petite Ăźle mĂ©diterranĂ©enne et dans d'autres pays europĂ©ens. Et leurs conclusions sont trĂšs sĂ©vĂšres. Le Monde, partie prenante de cette vaste enquĂȘte, a commencĂ© mercredi Ă  publier deux articles: l'un sur les liens suspects de Malte et du pouvoir en AzerbaĂŻdjan et l'autre sur la politique maltaise des "passeports en or".

Ce deuxiĂšme volet de l'enquĂȘte du quotidien français rĂ©vĂšle ainsi les dessous du "business" de la vente de passeports maltais, qui serait parfaitement lĂ©gal si les conditions posĂ©es par la Commission europĂ©enne Ă©taient respectĂ©es. Mme Caruana Galizia "avait dĂ©noncĂ© la mise en place par le gouvernement travailliste maltais, en 2013, d'un programme de vente de passeports calquĂ© sur un modĂšle en vogue dans les CaraĂŻbes, Ă  Saint-Kitts-et-Nevis ou Ă  Antigua-et-Barbuda", Ă©crit Le Monde.

Le "Projet Daphne" confirme que "sa critique Ă©tait largement fondĂ©e", affirme le quotidien. Contre la somme d'un million d'euros, il est possible d'obtenir un passeport maltais, Ă  condition d'avoir rĂ©sidĂ© dans l'Ăźle pendant au moins un an. Or, selon les enquĂȘteurs de "Forbidden stories", cette condition n'est pas respectĂ©e, loin s'en faut.

Ainsi le milliardaire Arkady Yurievich Volozh, patron de Yandex, le Google russe, "a acheté en 2016 des passeports pour toute sa famille, parents et enfants compris" mais reste "invisible sur l'ßle", relÚve Le Monde, qui ajoute que les adresses des acheteurs de passeports correspondent souvent à des logements inoccupés.

Ces acheteurs sont prĂȘts Ă  mettre la main au portefeuille pour bĂ©nĂ©ficier de la fiscalitĂ© maltaise mais aussi l'accĂšs, en tant que citoyen de l'UE, aux 27 autres pays membres.
"Fiscalité attractive, contournement des sanctions... Malte joue avec le feu", insiste le journal français.

Un des autres volets de l'enquĂȘte confirme les soupçons de Mme Caruana Galizia sur les liens entre le rĂ©gime azerbaĂŻdjanais et le gouvernement maltais. "AprĂšs cinq mois d'enquĂȘte en commun en Europe, aux Etats-Unis et Ă  Malte, nous avons pu confirmer une partie de ses soupçons: la Pilatus Bank Ă©tait bien, Ă  Malte, la banque du rĂ©gime azĂ©ri" et servait de "tĂȘte de pont" en Europe aux deux familles les plus puissantes de ce pays pĂ©trolier, Ă©crit ainsi le journal.

AFP

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