Médiapart publie des messages antisémites attribués à Bardella, le président du RN porte plainte en diffamation

  • Publié le 29 septembre 2026 à 04:06
  • Actualisé le 29 septembre 2026 à 06:48
Le président du RN Jordan Bardella, lors d'un meeting pour les élections sénatoriales à La Seyne-sur-Mer, le 27 septembre 2026 dans le Var ( AFP / Thibaud MORITZ )

Mediapart a publié lundi des messages antisémites datant de 2013 attribués à Jordan Bardella, alors jeune militant du Front national. Le président du RN a annoncé une plainte en diffamation et dénoncé une tentative pour "déstabiliser" la campagne du RN, en tête dans les sondages, Marine Le Pen évoquant "une barbouzerie".

Cette enquête de plusieurs mois s’appuie sur des conversations privées, que Mediapart affirme avoir pu authentifier, qui auraient été écrites par Jordan Bardella à l’été 2013, alors qu’il avait entre 17 et 18 ans.

Ces échanges, dont le journal ne précise pas le ou les destinataires, retranscrivent plusieurs propos antisémites.

"Les banques sont toutes détenues par des Juifs" ; "Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur", aurait écrit le futur président du RN.

Le militant, qui a rejoint le parti d’extrême droite un an et demi plus tôt, aurait ajouté: "Et c’est ce qu’ils veulent, un Nouvel Ordre Mondial dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale".

Dans d’autres messages, il ciblerait directement des personnalités, comme Pierre Moscovici, alors ministre de l’Economie de François Hollande, qui voudrait "sauver les entreprises" pour "venger Moïse".

Il afficherait également son soutien à Dieudonné, l’humoriste déjà condamné à l’époque pour provocation à la haine, qui "mène un vrai combat d’idée", selon les propos retranscrits dans Mediapart.

Jordan Bardella, appelé à devenir Premier ministre de Marine Le Pen en cas de victoire du RN à la présidentielle, a annoncé sur CNews que son avocat "a déposé une plainte en diffamation".

"Tout sera fait (...) pour déstabiliser la campagne" du Rassemblement national et m’"abattre politiquement", a-t-il ajouté, estimant que "soit Mediapart est à la tête de cette opération, soit Mediapart se fait lui-même manipuler par des gens qui y ont intérêt".

Pour son avocat David Dassa-Le Deist, interrogé sur LCI, "on ne peut pas exclure que des personnes qui ont été évincées de ce parti (le RN, ndlr) il y a quelques années soient animées d’une très forte volonté vengeresse".

Un peu plus tôt, Jordan Bardella avait dénoncé "des faux grossiers". "Le fait que je n’étais pas militant actif au sein du Front national durant l’été 2013, et encore mineur, devrait vous alerter sur le caractère mensonger de ces "sources"".

- "Barbouzerie" -

Marine Le Pen a pour sa part dénoncé "une barbouzerie dont Mediapart a le secret".

Le Rassemblement national mène une stratégie de "dédiabolisation" depuis qu’elle a repris en 2011 les rênes du parti à son père, Jean-Marie Le Pen, connu pour ses propos négationnistes qui lui ont valu d’être condamné à plusieurs reprises.

Quant à Jordan Bardella, il avait été en mars 2025 le premier dirigeant de ce parti officiellement invité par le gouvernement israélien à venir en Israël pour une conférence contre l’antisémitisme.

"C’est une illustration des limites de la dédiabolisation du Rassemblement national", a dénoncé à l’AFP Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Ce parti "n’a jamais fait partie de l’arc républicain et n’en fera jamais partie", a commenté la Licra.

La ministre chargée de la lutte contre les discriminations Aurore Bergé a estimé que "ces écrits, s’ils sont avérés, sont d’une immense gravité". "Leur nature antisémite et complotiste rappelle, à ceux qui voudraient l’oublier, la nature profonde de l’extrême droite".

- Tondelier appelle à la démission -

A gauche, plusieurs candidats à l’Elysée ont réagi.

"Il doit démissionner de toutes ses fonctions", a estimé la patronne des Ecologistes Marine Tondelier. Des députés écologistes ont annoncé saisir la justice -- via un signalement au titre de l’article 40 du code de procédure pénale-- de faits susceptibles, s’ils sont avérés, de constituer une infraction à caractère antisémite.

Le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon, lui-même accusé d’ambiguïté sur la question antisémite, a condamné "formellement" ces déclarations qui "relèvent du complotisme et de l’antisémitisme le plus absurde si c’est bien (Jordan Bardella, ndlr) qui les a prononcées".

Jordan Bardella, a pris sa carte au Front national (FN) en 2012 au lendemain d’un débat entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Responsable de la fédération 93 du FN à 18 ans, il a ensuite connu une ascension fulgurante jusqu’à la tête du parti - devenu Rassemblement national.

L’enquête de Mediapart développe également une "fascination" pour Alain Soral, l’idéologue antisémite qui a rompu ses liens avec le FN en 2009. Quatre ans plus tard, Jordan Bardella aurait écrit au sujet de l’essayiste, déjà condamné pour diffamation raciale et incitation à la haine : "ses analyses sont justes car tout se vérifie dans les faits".

AFP

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