Allemagne

Merkel joue son avenir dans des pourparlers gouvernementaux interminables

  • PubliĂ© le 17 novembre 2017 Ă  14:52
  • ActualisĂ© le 17 novembre 2017 Ă  14:57
Angela Merkel arrive Ă  des pourparlers sur la formation d'un gouvernement de coalition le 17 novembre 2017 Ă  Berlin

Faute d'accord nocturne et devant le risque d'élections anticipées, conservateurs, libéraux et écologistes allemands reprennent vendredi leurs pourparlers marathon pour former un gouvernement, un pari risqué pour Angela Merkel qui y joue son avenir.


AprÚs un mois de négociations laborieuses, les quatre partis politiques (CDU, CSU, FDP, Verts) qui tentent de mettre sur pied une coalition ont finalement décidé dans la nuit de jeudi à vendredi de prolonger leurs discussions au delà du 16 novembre, date-butoir fixée jusqu'ici par la chanceliÚre.

Si nécessaire, ces négociations, qui se tiennent à huis-clos et dans une atmosphÚre tendue, se poursuivront "durant tout le week-end", a avancé l'une des figures des conservateurs bavarois (CSU), Alexander Dobrindt. Peu avant la reprise des travaux vendredi midi, Angela Merkel a admis que les prochaines séances seraient "certainement dures" mais "malgré les difficultés (...) cela vaut la peine d'aller dans un second tour" de discussions, notamment sur la question brûlante de l'immigration sur laquelle bataillent conservateurs et écologistes.

- Merkel au pied du mur -

Angela Merkel se retrouve plus que jamais au pied du mur. Si la dirigeante des conservateurs ne parvient pas à élaborer une feuille de route pour gouverner avec le parti libéral (FDP) et les Verts, les Allemands devront sans nul doute retourner aux urnes. Un scrutin qui pourrait signer le clap de fin pour la chanceliÚre.

Mais la perspective d'une Ă©lection n'allĂšche personne notamment parce qu'elle risquerait de donner des ailes Ă  l'extrĂȘme droite. L'Alternative pour l'Allemagne (AfD), avec son discours anti-immigration, anti-islam et anti-Merkel, a fait une entrĂ©e fracassante Ă  la chambre des dĂ©putĂ©s, raflant 92 siĂšges.

C'est justement sur l'immigration, sujet phare en Allemagne depuis l'afflux de réfugiés de 2015, que les négociations pourraient échouer en raison de positions idéologiques aux antipodes. "Nous avons tenté de bùtir des ponts mais jusqu'ici nous avons malheureusement échoué", a reconnu Wolfgang Kubicki, chef du groupe parlementaire libéral.

Face à l'émergence de l'AfD et à la pression des plus conservateurs de son parti, Angela Merkel a promis de donner un sérieux tour de vis en matiÚre d'accueil des demandeurs d'asile aprÚs avoir décidé d'ouvrir les portes de son pays à plus d'un million d'entre eux en 2015-2016.

Sa famille politique veut limiter le nombre de nouveaux demandeurs d'asile Ă  quelque 200.000 par an. Face Ă  l'Ă©pouvantail AfD qui leur a dĂ©robĂ© de nombreuses voix lors du scrutin du 24 septembre, les conservateurs en font mĂȘme une question de principe. ParticuliĂšrement Ă©pineuse, la question du regroupement familial fait l'objet d'une Ăąpre bataille. Les Ă©cologistes exigent une reprise l'an prochain des regroupements familiaux pour les rĂ©fugiĂ©s n'ayant obtenu qu'un titre de sĂ©jour d'un an renouvelable (la protection subsidiaire). Les camps conservateur et libĂ©ral refusent catĂ©goriquement.

Or les Verts refusent de bouger d'un iota, considérant avoir fait suffisamment de compromis dans d'autres dossiers, notamment sur la sortie du charbon et des moteurs à combustion. La politique fiscale et notamment l'éventuelle suppression d'un impÎt créé en soutien aux régions déshéritées de l'ex-RDA, demeure également une pomme de discorde. Rien n'a filtré sur d'éventuelles avancées concrÚtes, mais les négociateurs se disputent aussi sur les dossiers Europe et environnement.

- 'Championne de la mise en scĂšne -

Vendredi peu aprĂšs 4 heures du matin, Ă  l'issue de 15 heures de nĂ©gociations sans relĂąche, les responsables politiques affichaient en tout cas des mines fermĂ©es. "Les fronts se sont durcis", a mĂȘme affirmĂ© Wolfgang Kubicki. "AprĂšs quatre semaines (de discussions), nous n'avons pas avancĂ© sur des points essentiels", selon lui.

De son cÎté, le Parti social-démocrate (SPD), qui a choisi de faire une cure d'opposition aprÚs un échec retentissant lors des législatives de septembre, n'a pas mùché ses mots concernant Mme Merkel qui refuse selon lui de trancher. "La chanceliÚre de l'à-peu-prÚs (...) fait ce qu'elle a toujours fait: elle regarde", a critiqué le dirigeant du SPD, Martin Schulz. Pour lui, "la championne de la mise en scÚne (...) fait monter la pression pour que la plus petite des réussites nous soit vendue comme un grand succÚs".

Comme M. Schulz, de nombreux observateurs estiment que la chanceliÚre use de l'avantage fourni par une endurance éprouvée à maintes reprises lors de sommets européens.

AFP

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