Justice

Meurtre de Mireille Knoll en 2018: le procĂšs s'ouvre devant les assises de Paris

  • PubliĂ© le 26 octobre 2021 Ă  06:11
  • ActualisĂ© le 26 octobre 2021 Ă  09:51
Une photo de  Mireille Knoll accrochĂ©e en sa mĂ©moire sur le portail de l'immeuble oĂč elle habitait, Ă  Paris le 28 mars 2018

L'affaire avait provoqué indignation et émoi en France et à l'étranger. Le procÚs de deux hommes, accusés du meurtre à caractÚre antisémite de Mireille Knoll, une vieille dame juive tuée chez elle en 2018, s'ouvre mardi à Paris.

Le procÚs de Yacine Mihoub, 31 ans, et Alex Carrimbacus, 25 ans, doit débuter à 9H30 devant la cour d'assises de Paris. Il est prévu jusqu'au 10 novembre. Les deux hommes, qui s'étaient rencontrés en prison, se rejettent la responsabilité du meurtre.

Le 23 mars 2018, les pompiers sont appelés pour un incendie dans un immeuble modeste de l'est parisien. Au deuxiÚme étage, ils découvrent le corps en partie carbonisé de Mireille Knoll, en travers de son lit médicalisé, les jambes ballantes.

Le corps de cette femme de 85 ans, atteinte de la maladie de Parkinson et qui ne peut se déplacer seule, est lardé de 11 coups de couteau, notamment à la gorge.

L'enquĂȘte a trĂšs vite permis de dĂ©couvrir que Yacine Mihoub et Alex Carrimbacus Ă©taient sur place. Mais ce qui s'est passĂ© dans le petit appartement reste flou, tant les versions des deux hommes sont opposĂ©es.

Alex Carrimbacus, un marginal sans domicile fixe aux antécédents psychiatriques, soutient que Yacine Mihoub lui a proposé de le rejoindre pour un "plan thunes". Yacine Mihoub, fils de la voisine qui connaissait Mireille Knoll depuis l'enfance et enchaßnait les verres de Porto chez la vieille dame, assure lui qu'il avait simplement proposé de venir passer "un bon moment".

Sur place, selon Alex Carrimbacus, la discussion s'envenime quand Yacine Mihoub accuse Mireille Knoll de l'avoir "balancé" et envoyé en prison. Il la porte dans sa chambre, "l'égorge" aux cris de "Allah Akbar".

Yacine Mihoub soutient lui qu'Alex Carrimbacus a tout de suite cherché à voler Mireille Knoll, demandant à son arrivée si elle était "blindée". Il empile fourrures et bibelots - il n'y avait pas d'objets de valeurs dans l'appartement. Puis Yacine

Mihoub entend un cri dans la chambre, il voit Alex Carrimbacus poignarder la vieille dame. Chacun accuse l'autre d'avoir décidé de mettre le feu.

Deux versions "peu crĂ©dibles", estimeront les enquĂȘteurs, dont la tĂąche est compliquĂ©e par la propension particuliĂšrement dĂ©veloppĂ©e de Yacine Mihoub et Alex Carrimbacus Ă  "mentir" et "manipuler", selon leurs proches et les experts.

Les deux hommes avaient été condamnés plusieurs fois pour des vols et violences - et plusieurs fausses alertes à la bombe dans le cas de Yacine Mihoub. Sa mÚre, accusée d'avoir nettoyé le couteau du crime, sera jugée à leurs cÎtés.

- "Ambivalence" -

Les juges d'instruction ont choisi de retenir le caractÚre antisémite sur la base d'une discussion rapportée par Alex Carrimbacus et jugée "plausible". Il a affirmé qu'avant la dispute, il a "cru entendre" Yacine Mihoub "parler des moyens financiers des Juifs, de leur bonne situation", et Mireille Knoll intervenir "pour expliquer que tous les Juifs n'avaient pas de bonne situation".

L'enquĂȘte a par ailleurs montrĂ© "l'ambivalence de Yacine Mihoub vis-Ă -vis du terrorisme islamiste qui prĂŽne notamment l'antisĂ©mitisme", ont notĂ© les juges, en prĂ©cisant toutefois que personne ne l'avait jamais entendu profĂ©rer de propos antisĂ©mites.

Le drame, survenu un an aprÚs le meurtre à Paris de Sarah Halimi, une sexagénaire juive jetée de son balcon, avait entraßné une grande "marche blanche" dans Paris et relancé le débat sur un "nouvel antisémitisme" lié à l'islamisation de certains quartiers.

Mireille Knoll a été tuée "parce que juive" avait clamé le président Emmanuel Macron, une indignation partagée notamment aux Etats-Unis et en Israël, face au sort de cette femme qui avait fui Paris en 1942 pour échapper aux rafles antisémites.

La défense de Yacine Mihoub, qui avait estimé que les juges d'instruction avaient cédé "à la pression de l'opinion publique", n'a pas souhaité s'exprimer avant le procÚs. "Contrairement à Yacine Mihoub", Alex Carrimbacus "n'avait aucune raison d'en vouloir à Mireille Knoll", estime son avocat Karim Laouafi. L'avocat des fils de Mireille Knoll, Me Gilles-William Goldnadel a lui souhaité un "chùtiment sévÚre" pour cet "horrible crime".

AFP

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