Il n'y a désormais plus aucun migrant sur l'aire de l'ancienne "Jungle" de Calais: les tout derniers, au nombre de 291, ont quitté l'annexe Jules-Ferry jeudi à la mi-journée, mettant un point final à l'évacuation totale de cette zone commencée le 24 octobre.
C'est dĂ©sormais sur un autre camp que se tournent les regards: celui de Stalingrad, dans le nord de Paris, dont la population a subitement enflĂ© et compterait "plusieurs milliers" de personnes selon la prĂ©fecture de rĂ©gion. NĂ©e dans l'improvisation comme celle de Calais (Pas-de-Calais), cette autre "Jungle" doit ĂȘtre Ă©vacuĂ©e d'ici la fin de la semaine.
TantĂŽt souriants, tantĂŽt en pleurs, des femmes ou des couples avec enfants et 103 mineures isolĂ©es, hĂ©bergĂ©s au centre Jules-Ferry, un ancien centre aĂ©rĂ© oĂč furent distribuĂ©s chaque jour 7.000 repas au plus fort de l'occupation de la "Jungle" mi-aoĂ»t, ont imitĂ© les quelque 6.000 autres migrants Ă©vacuĂ©s depuis le 24 octobre.
Ils sont montés à bord de dix cars, avec leurs valises, quand les mineurs partis la veille n'avaient le plus souvent pour seul bagage qu'un petit sac à dos. Destination: des centres d'accueil et d'orientation (CAO, il en existe 450) disséminés un peu partout en France.
"Ce matin nous avons terminĂ© la mise Ă l'abri des migrants", s'est rĂ©joui sur place le sous-prĂ©fet de Calais, Vincent Berton, pour qui "tout s'est bien passĂ©". Venue sur les lieux, la maire de la ville n'a pas, cette fois, cachĂ© sa satisfaction, tenant "Ă fĂ©liciter les organismes de l'Ătat". "C'est un soulagement pour la population calaisienne qui a dĂ» supporter la prĂ©sence d'un nombre trop important de migrants", a affirmĂ© Natacha Bouchart.
L'Ă©motion Ă©tait visible : dans cet espace clos jouxtant l'aire des tentes et oĂč seules familles et personnes vulnĂ©rables pouvaient dormir, des liens forts s'Ă©taient tissĂ©s entre les pensionnaires, parfois lĂ depuis de longs mois, et le personnel de l'association gestionnaire, La Vie Active.
Comme la plupart des 1.616 migrants mineurs Ă©vacuĂ©s la veille, beaucoup, dans ce dernier contingent, continuent de n'avoir qu'un seul but en tĂȘte.
AccompagnĂ© de sa femme et de ses deux enfants de cinq et six ans, Amid, un Kurde irakien d'une quarantaine d'annĂ©es, s'est dit toujours dĂ©terminĂ© "Ă rejoindre l'Angleterre", sans nĂ©anmoins revenir Ă Calais. "Je ne sais pas oĂč on va, mais je suis en contact avec un avocat et j'ai bon espoir qu'on rejoigne le Royaume-Uni", a-t-il confiĂ©.
- Des poupées dans le sable -
Pour preuve de leur bonne foi, les autorités françaises et britanniques avaient fait monter à bord de chaque car deux agents du Home Office (ministÚre de l'Intérieur britannique). Les candidats sauront individuellement dans les prochaines semaines si leur transfert vers le Royaume-Uni est accepté par Londres.
Ces derniĂšres semaines, 300 mineurs environ ont franchi la Manche avec un feu vert britannique. Mais les discussions sur ce sujet sont "souvent tendues avec nos amis britanniques", selon Manuel Valls
Les recalés pourront demander l'asile dans l'Hexagone. "80% de ceux qui étaient à Calais, venant de Syrie ou de la corne d'Afrique, auront droit à cet asile", a promis le Premier ministre, jeudi au Sénat. Les dossiers des mineurs, prioritaires, seront instruits dans des délais trÚs courts - un maximum de trois semaines, selon la préfÚte du Pas-de-Calais Fabienne Buccio.
Dans les dunes retournées par les engins mécaniques de l'ex-"Jungle", seuls quelques stigmates indiquent une présence humaine encore récente: une chaussure, des poupées, des oignons... Invisibles auparavant, les mouettes ont fait leur retour, signe que la mer, et ses cÎtes anglaises, sont tout proches.
Dans la partie sud, les derniers édifices restés debout, école, église et mosquée, ont été démolis dans la journée. "Il n'y aura pas de réinstallation sur la lande (...) Plus personne ne pourra la rejoindre", avait martelé François Hollande mardi.
Par Jean-François GUYOT - © 2016 AFP
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