France

Mobilisation dans les Ehpad: paroles de personnels et de familles

  • PubliĂ© le 30 janvier 2018 Ă  21:46
  • ActualisĂ© le 30 janvier 2018 Ă  21:53
Une femme ùgée entourée d'employées d'un EHPAD, défile à Quimper, le 30 janvier 2018

Toilettes Ă  la chaĂźne, douches restreintes ... Les personnels des maisons de retraite mĂ©dicalisĂ©es, mobilisĂ©s mardi, ont tĂ©moignĂ© de conditions de travail les empĂȘchant de traiter avec "bienveillance" les personnes ĂągĂ©es dĂ©pendantes, soutenus par des familles en dĂ©sarroi.


- Nadine, aide-soignante (rassemblement de Rennes)

"A l'école on apprend la bientraitance, la bienveillance. Une toilette doit prendre 45 minutes, mais dans les faits on passe 10-15 minutes maximum. Vu la cadence, on les bouscule, on fait tout à leur place et ça les rend de moins en moins autonomes. On les fait manger en 30 minutes. Heureusement que des familles viennent nous aider".

- Une jeune aide-soignante prĂšs de Dinan

"Chaque jour, on fait la VMC, visage, mains, cul. Mais laver les pieds ou les cheveux, c?est tous les 15 jours (?) Le samedi et le dimanche, on est deux aide-soignantes pour 59 résidents. Certains, les plus dépendants, on les couche dÚs 15H00. Le repas du soir est à 17H00. Ils sont tous au lit à 17H30 (...) On les accompagne au maximum deux fois par jour aux toilettes. Ce n?est pas assez. Du coup, ça les amÚne à l?incontinence et on est obligés de leur mettre des protections"

- Éliane PĂ©tra, infirmiĂšre de jour, prĂšs de Dinan

"C'est trÚs lourd en termes de troubles physiques et cognitifs. Sur nos résidents (plus de 120), il y en a seulement trois ou quatre avec qui on peut parler. Tout se fait par le regard, le toucher. C?est un investissement énorme de la part du personnel. Si on passe du temps avec l?un, ce sont les autres qui en pùtissent".

- Frédéric Gauckler, aide-soignant (rassemblement de Strasbourg)

"Quand on me demande de faire dix toilettes dans la journĂ©e, comment voulez-vous que je discute avec les rĂ©sidents ? Comment voulez-vous ĂȘtes satisfaits de votre travail? On arrive Ă  se sentir maltraitant".

- Sabrina Palagonia, 29 ans, aide-soignante (rassemblement de Nice)

"Nous étions il y a six ans cinq aides-soignantes et aujourd?hui on est deux ou trois, plus un infirmier, pour s'occuper d'une quarantaine de personnes. La conséquence, c'est qu'on ne fait plus que les soins de base (...) Normalement c?est une douche par semaine, mais là encore par manque de personnel certains pensionnaires sont parfois sans prendre de douche pendant deux à trois semaines".

- Françoise Gobled, présidente de l'Association des Familles des aßnés résidents (rassemblement à Lille)

"Il n'y a pas de kiné, pas d'ergothérapeute, du coup les personnes ùgées ne marchent plus. On ne respecte plus leur rythme de vie, par exemple mon pÚre restait dans son lit toute la journée, mais il ne faisait plus la sieste. On défend pour nos parents le droit à une fin de vie douce, sensée, et pour cela nous défendons à fond le personnel, d'un dévouement extraordinaire".

- Christian Cabanes et sa s?ur Josette, enfants d'une résidente de 98 ans (rassemblement à Nice)

"Notre maman, elle en souffre, de ces conditions de travail, elle nous le dit, car malheureusement elle a toute sa tĂȘte et elle le voit bien, ce qui se passe. Alors que c?est une femme honnĂȘte, qui a Ă©levĂ© cinq enfants, si notre pauvre pĂšre qui a fait la guerre voyait ça ? Et on paye quand mĂȘme 2.000 euros par mois".

- Serge Dalorso, dont la mÚre ùgée de 86 ans réside dans un Ehpad (rassemblement de Marseille)

"Je suis là par solidarité avec le personnel. Ils n'ont pas le temps de la faire manger, de s'occuper d'elle, ils courent dans tous les sens, ils n'ont pas le temps d'aller au bout des choses, de s'occuper d'elle avec décence, avec humanité".
- Adeline, aide-soignante de 30 ans (rassemblement de Nantes)
"On doit faire manger les résidents en 5-10 minutes. On est obligé de mixer le fromage pour que ça aille plus vite (...) Le week-end, il n'y a qu'une aide-soignante pour 12 résidents en unité Alzheimer, pour faire la toilette, pour donner le petit déjeuner et pour donner leurs médicaments. Certains à 11H00 n'ont toujours pas pris le petit déjeuner".
AFP

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