L'Angleterre, revenue de loin, défie pour un deuxiÚme sacre l'Afrique du Sud, moribonde il y a encore deux ans et titrée à deux reprises, samedi à Yokohama (09h00 GMT) en finale de la premiÚre Coupe du monde disputée en Asie, réédition de l'affiche de 2007.
Les Springboks l'avaient alors emporté (15-6) en France face au XV de la Rose, tenant du titre, dans une finale cadenassée à double tour. Douze ans plus tard, le rugby défriche de nouveaux territoires, avec ce premier Mondial organisé en dehors du cercle des puissances historiques, mais le trophée Webb-Ellis devrait de nouveau choisir son camp à l'issue d'un bras de fer intense, à la force des avants, entre les deux équipes les plus puissantes et rugueuses du plateau international.
Sous la houlette d'Eddie Jones, appelĂ© au chevet aprĂšs le fiasco du Mondial-2015, oĂč elle a Ă©tĂ© Ă©liminĂ©e, Ă domicile, pour la premiĂšre fois de son histoire dĂšs la phase de poules, l'Angleterre a retrouvĂ© tout son mordant.
Le technicien australien en a fait une machine rodée, sûre de son jeu et de ses forces: un paquet d'avants féroce et des arriÚres cliniques, parfaitement menés tactiquement.
Depuis le premier jour de sa prise de fonctions, Jones clame vouloir apporter, à Yokohama (banlieue de Tokyo), une deuxiÚme couronne mondiale à l'Angleterre, seule équipe de l'hémisphÚre Nord titrée en huit éditions.
- L'Angleterre vise le Grand Chelem sudiste -
Pour cela, il a minutieusement balisé le chemin, conçu comme une patiente progression, avec ses succÚs fondateurs, dont le Grand Chelem dans le Tournoi des six nations en 2016, quelques mois aprÚs son arrivée, et ses coups de mou, prévus selon lui, à l'instar de la série de cinq défaites en 2018.
"Jugez-moi sur la Coupe du monde", lançait-il alors. L'heure du jugement est arrivée, et pour aller au paradis, Jones et les Anglais devront réaliser un inédit et incroyable "Grand Chelem" des nations du Sud.
Ils ont balayé l'Australie en quarts de finale (40-16) puis étouffé la Nouvelle-Zélande (19-7), double tenante du titre battue pour la premiÚre fois depuis 2007 dans la compétition, et désormais se dresse en effet devant eux l'ogre sud-africain.
Son redressement est encore plus spectaculaire: il y a moins de deux ans, les Springboks achevaient deux années catastrophiques, marquées par des défaites historiques, dont la plus lourde de leur histoire (57-0 en Nouvelle-Zélande en septembre 2017) et leur premiÚre en Italie (20-18 en novembre 2016).
Pour nettoyer la maison verte, les dirigeants ont rapatrié Rassie Erasmus et lui ont donné les pleins pouvoirs, avec une double casquette de sélectionneur et de directeur du rugby de la fédération.
Face au peu de temps imparti, il est allĂ© Ă l'essentiel, remettant de l'ordre dans les rangs et dans le jeu, en recentrant les Sud-Africains sur leurs points forts traditionnels, une conquĂȘte d'airain, un paquet d'avants fĂ©roce et un jeu au pied d'occupation prĂ©cis.
- Les Boks pour égaler les Blacks -
Ces atouts, non nĂ©gligeables dans un sport oĂč la dimension physique est primordiale, leur ont permis de ramener Ă la raison le Japon en quarts de finale (26-3) puis de forcer le verrou gallois (19-16).
Avec leurs six avants massifs sur le banc, les Boks compteront de nouveau dessus Ă Yokohama, oĂč leur deuxiĂšme ligne Lood De Jager a prĂ©vu de "combattre, par le feu, le feu" anglais.
Pour décrocher un troisiÚme titre aprÚs 1995, au sortir de l'Apartheid, et 2007, donc, et rejoindre ainsi la Nouvelle-Zélande (1987, 2011 et 2015) au panthéon. Un titre sud-africain tous les douze ans, un signe ?
Ils l'espĂšrent, et ainsi briser une autre statistique, selon laquelle aucun champion du monde n'a perdu en poules -- ils se sont eux inclinĂ©s face aux All Blacks lors de leur premier match. Et ainsi aussi, dans un pays oĂč le rugby est un catalyseur d'unitĂ©, "faire oublier aux gens les tracas de la vie pour quelques minutes, heures, jours ou mois", selon Erasmus. GuidĂ©s par Siya Kolisi, qui pourrait devenir le premier capitaine noir de l'Afrique du Sud Ă soulever le trophĂ©e Webb-Ellis.
AFP



