Le garde des Sceaux François Bayrou prĂ©sente mercredi en Conseil des ministres le premier grand chantier lĂ©gislatif du quinquennat, destinĂ© Ă moraliser la vie publique, alors que son parti, le MoDem, est visĂ© par une enquĂȘte judiciaire.
Cette enquĂȘte prĂ©liminaire, ouverte vendredi par le parquet de Paris, vise Ă savoir si le MoDem a salariĂ© des employĂ©s en les faisant passer pour des assistants parlementaires europĂ©ens. Le Premier ministre Edouard Philippe avait estimĂ© vendredi que François Bayrou Ă©tait "crĂ©dible" pour dĂ©fendre ce texte au Parlement, malgrĂ© cette affaire rĂ©vĂ©lĂ©e par Radio France.
Mardi, il a toutefois rappelĂ© M. Bayrou, accusĂ© de pression sur Radio France, Ă son devoir d'"exemplaritĂ©", estimant que "quand on est ministre, on ne peut plus rĂ©agir comme quand on est un simple citoyen". Le ministre de la Justice, restĂ© prĂ©sident du MoDem, a lui-mĂȘme contactĂ© l'un des directeurs de Radio France pour Ă©voquer le traitement mĂ©diatique de cette affaire, dĂ©clarant que des collaboratrices "ressentaient comme du harcĂšlement" des appels de journalistes. Une indignation de "citoyen" et "pas une pression", avait fait valoir le ministre Ă l'AFP.
"Aucune enquĂȘte n'est embarrassante pour nous", a assurĂ© François Bayrou mardi sur la chaĂźne Cnews. Il a Ă©galement affirmĂ© s'ĂȘtre prĂ©muni de tout conflit d'intĂ©rĂȘt en ayant "demandĂ© par instruction Ă©crite, dĂ©jĂ il y a plusieurs jours, de ne pas ĂȘtre informĂ© des Ă©volutions de cette enquĂȘte". Le garde des Sceaux avait dĂ©voilĂ© le 1er juin lors d'une confĂ©rence de presse l'essentiel des mesures censĂ©es rĂ©tablir la "confiance" des citoyens, une prĂ©sentation faite en pleine controverse autour du ministre de la CohĂ©sion des Territoires Richard Ferrand impliquĂ© dans une affaire immobiliĂšre sur laquelle enquĂȘte le parquet de Brest.
Il lui fallait encore obtenir l'avis du Conseil d'Etat avant de lancer formellement, en Conseil des ministres, des réformes qui s'articuleront en trois textes: une loi ordinaire, une loi "organique", c'est-à -dire modifiant l'organisation des pouvoirs publics, et une loi constitutionnelle. François Bayrou avait fait de ce projet de moralisation une condition de son ralliement à Emmanuel Macron.
- Trois lois -
Si le scandale Cahuzac avait dĂ©bouchĂ© sur plusieurs importantes mesures en matiĂšre de transparence durant le quinquennat Hollande, le nouvel exĂ©cutif, aprĂšs une campagne marquĂ©e notamment par les soupçons d'emploi fictif de l'Ă©pouse de François Fillon, veut aller plus loin. Il est par exemple prĂ©vu d'interdire l'emploi par des parlementaires de membres de leur famille, et de supprimer la "rĂ©serve" parlementaire, enveloppe dont disposent les dĂ©putĂ©s pour distribuer des subventions, au profit d'un "fonds d'action pour les territoires et les projets d'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral".
L'exĂ©cutif va aussi encadrer les activitĂ©s de conseil des dĂ©putĂ©s et sĂ©nateurs, tandis qu'une peine d'inĂ©ligibilitĂ© pouvant aller jusqu'Ă dix ans sera créée en cas de condamnation pĂ©nale dans des affaires de fraude ou de corruption. Le ministre de la Justice a aussi promis une "refonte" du financement public de la vie politique, avec la crĂ©ation d'une "banque de la dĂ©mocratie" qui pourra prĂȘter de l'argent aux partis.
Sur le plan institutionnel, il entend supprimer la Cour de justice de la République, juridiction d'exception des membres du gouvernement, et interdire le cumul de plus de trois mandats successifs dans le temps, sauf dans les petites communes. Par ailleurs, les anciens présidents de la République ne devraient plus siéger automatiquement au Conseil constitutionnel.
Ces réformes institutionnelles devront toutefois attendre une réforme constitutionnelle plus vaste, prévue à la rentrée, et qui portera aussi sur l'indépendance des magistrats. L'exécutif devrait disposer à l'Assemblée nationale d'une majorité écrasante pour faire passer ses lois, mais réformer la Constitution reste politiquement plus délicat, puisqu'il faut obtenir une majorité des deux tiers de l'ensemble du Parlement, réuni en congrÚs à Versailles. A moins de passer par un référendum, ce que François Bayrou n'a d'ailleurs pas exclu.
Ces divers projets ont Ă©tĂ© dans l'ensemble bien accueillis, mĂȘme si les ONG anticorruption ont regrettĂ© quelques carences, en matiĂšre par exemple de lobbying ou de rĂ©pression de la fraude fiscale.
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AFP
