Syrie

Moscou ordonne une trĂȘve quotidienne de quelques heures dans la Ghouta

  • PubliĂ© le 26 fĂ©vrier 2018 Ă  19:31
  • ActualisĂ© le 26 fĂ©vrier 2018 Ă  20:11
Des immeubles détruits par les bombardements du régime syrien à Arbine, dans la Ghouta orientale, le 25 février 2018

La Russie, alliĂ© indĂ©fectible du rĂ©gime syrien, a ordonnĂ© l'instauration, Ă  partir de mardi, d'une "trĂȘve humanitaire" quotidienne dans la Ghouta orientale, oĂč de nouveaux bombardements meurtriers ont eu lieu lundi malgrĂ© le rĂ©cent appel de l'ONU Ă  un cessez-le-feu en Syrie.


Outre cette trĂȘve -de cinq heures par jour seulement-, des "couloirs humanitaires" seront dĂ©finis pour l'Ă©vacuation des civils, a annoncĂ© Moscou. Si le pilonnage du rĂ©gime syrien a baissĂ© en intensitĂ© ces derniĂšres 48 heures, cette campagne aĂ©rienne, d'une rare violence, a tuĂ© plus de 550 civils depuis le 18 fĂ©vrier.

L'annonce russe intervient alors que l'ONU et plusieurs puissances occidentales ont demandĂ© l'application immĂ©diate d'une rĂ©solution du Conseil de sĂ©curitĂ© rĂ©clamant une trĂȘve "sans dĂ©lai" de 30 jours dans toute la Syrie. AdoptĂ©e samedi, elle est jusque-lĂ  restĂ©e lettre morte. "Sur ordre" du prĂ©sident Vladimir Poutine, et pour "Ă©viter les pertes parmi les civils de la Ghouta orientale, une trĂȘve humanitaire quotidienne sera instaurĂ©e Ă  partir du 27 fĂ©vrier de 09H00 Ă  14H00", a indiquĂ© le ministre russe de la DĂ©fense, SergueĂŻ ChoĂŻgou, citĂ© par les agences russes.

Selon M. ChoĂŻgou, des "couloirs humanitaires" seront mis en place pour permettre l'Ă©vacuation des civils. "Leurs coordonnĂ©es sont prĂȘtes et seront rendues publiques bientĂŽt", a-t-il prĂ©cisĂ©. Lundi, le rĂ©gime de Bachar al-Assad a menĂ© raids aĂ©riens et tirs d'artillerie sur l'enclave assiĂ©gĂ©e situĂ©e Ă  l'est de Damas, tuant 22 civils dont sept enfants, principalement des habitants de Douma, la grande ville de la Ghouta, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Parmi les victimes figurent neuf personnes d'une mĂȘme famille: ils ont pĂ©ri sous les dĂ©combres de leur maison, touchĂ©e par des frappes nocturnes, selon l'ONG. D'aprĂšs un correspondant de l'AFP, les civils de Douma sont restĂ©s terrĂ©s dans des sous-sols, craignant le dĂ©luge de feu, et seuls de rares habitants se sont aventurĂ©s dans des rues dĂ©sertes pour tenter de s'approvisionner en nourriture.

- 'Enfer sur terre' -

Peu avant l'annonce de Moscou, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'ONU Antonio Guterres avait appelĂ© Ă  ce que la trĂȘve rĂ©clamĂ©e aux Nations unies soit "immĂ©diatement appliquĂ©e", rappelant que la Ghouta orientale Ă©tait un "enfer sur Terre". AppuyĂ© par son alliĂ© russe, le pouvoir de Damas a recours aux bombes, barils d'explosifs et obus dans cette rĂ©gion rebelle. Son opĂ©ration est d'une rare intensitĂ©, mĂȘme pour un pays dĂ©chirĂ© depuis 2011 par un conflit qui a fait 340.000 morts et provoquĂ© une grave crise humanitaire.

AssiĂ©gĂ©e depuis 2013, la rĂ©gion et ses quelques 400.000 habitants subissent pĂ©nuries de nourritures et de mĂ©dicaments. La reprĂ©sentante de la diplomatie europĂ©enne, Federica Mogherini, avait Ă©galement rĂ©clamĂ© une application immĂ©diate de la trĂȘve, jugeant que "la situation sur le terrain se dĂ©tĂ©riore de façon dramatique".

Dans la Ghouta orientale, les mĂȘmes scĂšnes tragiques se rĂ©pĂštent au quotidien. Des enfants au visage piquetĂ© de blessures, des hommes Ă  la tĂȘte et aux jambes bandĂ©es, allongĂ©s sur des lits d'hĂŽpitaux bondĂ©s. Des immeubles Ă  la façade Ă©ventrĂ©e et des rues jonchĂ©es de dĂ©combres. Depuis l'adoption de la rĂ©solution du Conseil de sĂ©curitĂ© de l'ONU, le prĂ©sident de l'OSDH Rami Abdel Rahmane assure nĂ©anmoins que "les bombardements ont baissĂ© en intensitĂ© par rapport au pic de violence de la semaine derniĂšre".

"Les frappes visent moins de zones civiles et se concentrent plus sur les fronts", a-t-il précisé, ajoutant que des combats au sol dans le sud de la région "se poursuivent avec une intensité irréguliÚre" depuis dimanche.

- 'Gaz de chlore' -

Par le passĂ©, plusieurs cessez-le-feu temporaires ont Ă©tĂ© adoptĂ©s pour imposer des trĂȘves en Syrie. Leur entrĂ©e en vigueur peut parfois prendre du temps, et souvent ils finissent par voler en Ă©clats. Le scĂ©nario dans la Ghouta pourrait rappeler celui d'Alep (nord) en 2016: Moscou avait instaurĂ© une trĂȘve unilatĂ©rale pour permettre l'Ă©vacuation des civils et le retrait des combattants, avant que le rĂ©gime ne reprenne entiĂšrement le contrĂŽle de la ville.
Lundi, le président français Emmanuel Macron a de son cÎté exprimé ses "vives préoccupations" face à la poursuite des bombardements dans la Ghouta orientale.

Paris doit dĂ©pĂȘcher mardi en Russie son ministre des Affaires Ă©trangĂšres, Jean-Yves Le Drian, alors que la France et l'Allemagne avaient appelĂ© Moscou Ă  exercer une "pression maximale" sur la Syrie en vue d'une application "immĂ©diate" de la trĂȘve. Dimanche soir, 14 cas de suffocation, dont celui d'un enfant, qui est dĂ©cĂ©dĂ©, ont Ă©tĂ© rapportĂ©s par l'OSDH, aprĂšs un bombardement du rĂ©gime.

Un médecin ayant soigné les patients, le Dr Yaacoub, a évoqué des "soupçons d'utilisation d'armes chimiques, probablement une attaque au gaz de chlore". Un responsable du puissant groupe rebelle islamiste Jaich al-Islam, Mohamed Allouche, avait alors accusé le régime sur son compte Twitter.
Moscou a dénoncé lundi de "fausses informations". La veille, le ministÚre de la Défense avait pointé du doigt les insurgés, assurant qu'ils prévoyaient "un recours à des substances toxiques afin d'accuser les forces gouvernementales d'utiliser des armes chimiques contre la population civile".
Entre-temps, les patients d'un hÎpital de la Ghouta ont reçu dimanche soir les premiers soins. Parmi eux, des enfants respirant les yeux fermés dans un masque à oxygÚne et des bébés en pleurs.
AFP

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