Cinéma

Mostra sous Covid: du tapis rouge aux projections, chacun reste dans sa bulle

  • PubliĂ© le 4 septembre 2020 Ă  10:13
  • ActualisĂ© le 4 septembre 2020 Ă  10:56
Les invités s'assoient loin les uns des autres pour respecter les consignes dues à la crise sanitaire lors de la cérémonie d'ouverture de la Mostra de Venise, le 2 septembre 2020

Entre distanciation sociale et masque obligatoire, la Mostra de Venise a mis en oeuvre des rÚgles drastiques de sécurité condamnant les festivaliers à rester dans leur bulle pour éviter toute contagion.

Gloria Garbisa, une Vénitienne qui suit le festival depuis 24 ans, fait sagement la queue à l'un des check-points d'accÚs prÚs du Palais du Cinéma: des policiers mesurent la température, contrÎlent le port du masque et vérifient les accréditations.

"Je sais que c'est pour notre bien, mais ça me rend triste de voir notre libertĂ© se rĂ©duire comme peau de chagrin... Avant on allait oĂč on voulait, sans contrĂŽle, sans police. Voir des uniformes Ă  un festival, ce n'est pas normal", se lamente Gloria en rĂ©ajustant son masque sous d'Ă©normes lunettes de soleil.

"Relevez votre masque, y compris sur le nez", lance d'ailleurs un agent agacé à un dandy septuagénaire. "Mais on est dehors", s'exclame le récalcitrant. "Le masque, c'est tout le temps, dedans ET dehors!" lui rétorque-t-on.

Entre la distance d'au moins un mÚtre dans les files d'attente, le masque dissimulant la bouche et un fauteuil sur deux condamné d'office dans les salles de projection, difficile pour les participants d'engager la conversation.

Sauf peut-ĂȘtre pour morigĂ©ner un malheureux qui vous frĂŽle de trop prĂšs ou un petit malin qui ĂŽte son masque dĂšs que l'obscuritĂ© tombe dans la salle. Le tapis rouge, dĂ©roulĂ© devant le Palais face Ă  la mer, n'est plus que l'ombre de lui-mĂȘme, dissimulĂ© par un mur gris pour empĂȘcher les attroupements de curieux.

"Le public cette année n'est pas là, tout a été mis à distance, désinfecté", confirme Alberto Pizzoli, un photographe qui couvre depuis des années pour l'AFP la Mostra, mais aussi son rival Cannes.

"Il n'y a pas de public, donc il nous manque toute une série de photos que nous avions dans le passé, quand les acteurs s'approchaient du public pour signer des autographes", explique-t-il.

- Masque noir sur tapis rouge -

"Et c'Ă©tait un moment important: les grands acteurs passaient 10-15 minutes Ă  signer des autographes, de mĂȘme qu'ils posaient au moment de leur arrivĂ©e pour quelques selfies", se souvient-il. En plus, "quand les acteurs se promĂšnent dans la rue, ils portent un masque, donc on ne les reconnaĂźt pas tout de suite".

Arrivé jeudi sur le Lido, le réalisateur espagnol Pedro "Almodovar a été le premier que j'ai vu signer un autographe: il marchait de son hÎtel jusqu'au Palais", raconte Alberto, qui confie avoir dû acheter un masque noir, une couleur imposée par la direction du festival en plus de l'habituelle tenue de soirée de rigueur sur le tapis rouge.

L'ambiance générale sur le Lido s'en ressent : "Les disputes avec les attachés de presse, qui interviennent d'habitude au bout d'une semaine à cause de la fatigue, ont commencé dÚs le premier jour", observe Alberto.

La situation n'est pas plus fluide du cĂŽtĂ© des journalistes et critiques, qui doivent obligatoirement rĂ©server sur un site dĂ©diĂ© leurs places, toutes numĂ©rotĂ©es, aux projections et aux confĂ©rences de presse. Impossible de s'asseoir oĂč l'on veut pour retrouver confrĂšres et consoeurs: de toute façon, on se retrouve toujours encadrĂ© par deux siĂšges vides.

MĂȘme dans l'intimitĂ© rassurante des salles obscures, des vigiles courtois mais fermes ramĂšnent illico Ă  leur place les brebis Ă©garĂ©es, ce qui ne va sans quelques algarades ponctuĂ©e de jurons bien sentis.

Pas de trĂȘve non plus en soirĂ©e dans le pĂ©rimĂštre du festival, comme en tĂ©moigne cette scĂšne mercredi soir dans une rue Ă  deux pas du Palais: un policier hĂšle deux jeunes femmes marchant un cĂŽne de glace Ă  la main, "Mesdames, le masque s'il vous plaĂźt?" RĂ©ponse: "Mais on mange une glace!" Conclusion sans appel: "Il fallait la manger sur place chez le glacier!"

Au pays du "gelato", ce serait presque un crime dans des circonstances normales, mais le Covid est passé par là et a tout changé.

AFP

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