Avec Neil Young, le rock ne peut pas mourir: la légende canadienne, flanquée de son groupe de jeunots les Promise of the Real, a fait sonner le tonnerre sur les Plaines d'Abraham, vendredi, pour son tout premier concert en terre québecoise.
Le "Loner", qui demeure depuis la disparition de Leonard Cohen le plus grand musicien canadien en activité, est né à huit heures de route de là , à Toronto exactement. Et il aura attendu d'avoir 72 ans pour enfin jouer dans la province francophone de son pays.
"C'est ma premiÚre fois ici, je n'en reviens pas !", soufflera-t-il en fin de concert. Il fut pourtant trÚs difficile à convaincre pour venir jouer au FEQ. "Il a fallu lui raconter ce qu'étaient les Plaines d'Abraham, notre philosophie, notre modÚle économique", avait récemment expliqué à l'AFP, le directeur de la programmation Louis Bellavance.
Au lendemain de la soirĂ©e inaugurale, qui avait Ă©tĂ© caniculaire pour les spectateurs venus en masse assister au show son et lumiĂšre d'un autre rĂ©gional de l'Ă©tape, The Weeknd, la chute brutale des tempĂ©ratures (une douzaine de degrĂ©s encore un peu plus rafraichis par le vent) n'a pas du tout empĂȘchĂ© Neil Young d'embraser l'immense site du festival une fois encore trĂšs rempli.
VĂȘtu d'un petit chapeau qui laissait apparaĂźtre ses rouflaquettes fournies, d'un t-shirt noir sous une chemise Ă carreau Ă©paisse et d'un jean noir dĂ©lavĂ©, il a dĂ©butĂ© fort avec "Like an Inca", un titre datant de 1982 dont il a fait cingler les guitares 10 minutes durant.
Le ton était donné. Neil Young, comme à son habitude ferait peu de concession. Sinon à Lukas et Micah Nelson, les fils de son ami Willie. Les deux membres des Promise of the Real, qui l'accompagnent depuis 2015, eurent droit à deux chansons. Dommage, cela en fit deux de moins à entendre de la part de la star.
Cordes rompues
L'énergie est encore montée d'un cran sur "Fuckin' Up", issu de l'album "Ragged Glory" qui fit de son auteur une sorte de parrain du grunge à l'orée des années 1990, puis d'un deuxiÚme sur "Rockin in the Free world".
Sorti en 1989, ce titre consistait en une critique acerbe de la politique de George Bush pĂšre. Et quand Donald Trump l'utilisa en 2016 pour lancer sa campagne prĂ©sidentielle, Young, qui soutenait plutĂŽt le dĂ©mocrate Bernie Sanders, l'en empĂȘcha jusqu'Ă ce que le futur prĂ©sident amĂ©ricain ne demande sa permission.
Triturant et maltraitant les cordes de ses guitares jusqu'Ă les rompre, l'ancien Buffalo Springfield offrit ensuite une version dantesque de "Down by the River, avant d'enchaĂźner avec un autre grand classique "Like a Hurricane" sur lequel son mini piano de 1976 accrochĂ© trĂšs au-dessus de la scĂšne a fini par ĂȘtre descendu. Il avait Ă©crit ce titre aprĂšs son opĂ©ration des cordes vocales un an plus tĂŽt.
Le sommet de ces presque deux heures de concert a été atteint avec "Hey Hey My My", inouïe d'intensité, avant un rappel de deux chansons parmi lesquelles la superbe "Harvest Moon" et pour finir "Roll another number (for the road)"
Plus tÎt en début de soirée, Kurt Vile, un des héritiers de Young dans le registre folk électrique n'a pas vraiment fait de l'ombre à son héros. Mais avec son allure débonnaire qui en ferait un jumeau d'Adam Granduciel, certes moins habité que le leader des War on Drugs dont il fit un temps partie, l'Américain a déroulé ses ballades électriques parfaites pour accompagner le coucher de soleil.
Accompagné de ses Violators, Vile a enchaßné ses meilleures compositions issues de son dernier effort "B'lieve I'm Ging Down" ("Wheelhouse", "I'm an Outlaw", "Pretty Pimpin"), mais également des plus anciens comme "Wakin on the Pretty Day".
- © 2018 AFP
